Mercredi 28 avril 2010 3 28 /04 /Avr /2010 14:02

Salut les amis!

France Soir organise un concours intitulé "le meilleur CDD du monde"... En gros, un tour du monde organisé en 80 jours, avec en ce qui me concerne une toute nouvelle façon de voyager: palaces, 1ère classe etc. Ça me changera des halls de gare et des 46 heures de bus, et me fera sans doute découvrir certains endroits sous un jour nouveau. Pour participer, il faut poster sa photo, quelques lignes de motivation, et une vidéo (falcultative, mais je l'ai fait)...

Parmi les participants, il y a des mecs qui ont un réseau monstrueux (un type est déjà à 7000 votes ou presque), ou bien qui se font aider par des sites internet très lus, genre Minutebuzz. Moi, je n'ai pas un tel réseau, je n'ai pas des amis bien placés, mais je vous ai vous, qui avez suivi mes péripéties et vous comptez tout autant.

Ça vous dirait, de pouvoir lire de nouveau mes aventures? De voir des images encore plus belles que celles que vous connaissez déjà (moyens aidant)? Moi, je ne demande qu'à recommencer! Si vous voulez m'aider, voici la marche à suivre.

- Il faut aller voter pour moi ici: http://reportour.francesoir.fr/audesecheret UNE FOIS PAR JOUR (je sais, c'est fastidieux, mais encore une fois, vous êtes mes seuls alliés)

- Il faut regarder la vidéo ici: http://www.dailymotion.com/video/xd3jmd_les-voyages-d-aude-secheret-en-tres_travel et poster des commentaires en bas de la vidéo (pas sur ce texte, hein!), où (si c'est le cas) vous dites que vous avez pris plaisir à lire mes aventures, regarder mes images, et aimeriez pouvoir réitérer l'expérience.

Je sais que je vous en demande beaucoup... Je vous serais vraiment très reconnaissante de me donner un petit coup de pouce sur ce projet...

A bientôt j'espère!

Aude

Par Aude
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Mercredi 12 novembre 2008 3 12 /11 /Nov /2008 23:36

Nous en etions restes a La Paz il me semble. Me voila donc a devoir vous raconter ce qui s'est passe apres. C'est-a-dire il y a longtemps. Je n'ai qu'a m'en prendre qu'a moi-meme me direz vous. Ne le dites pas, soyez gentils. Je dis au revoir a la famille Poupeau, saute dans un taxi, puis dans un bus pour Copacabana. Les paysages vus du bus sont exceptionnels, encore une fois visiter la Bolivie c'est un peu comme visiter la lune. Je n'ai pas encore viste la lune, me direz-vous. Ne le dites pas, soyez gentils. Vous voyez ce que je veux dire, non? Bien. Arrivee la-bas, je me retrouve dans un hotel a quatre dollard la nuit, sans eau chaude. Ma prochaine douche chaude sera un bain, dans la chambre d'hotel dix-huit mille etoiles du Dingue, a Mexico. Dans longtemps, donc. Et je ne le sais pas encore, heureusement! Le lendemain, je descends une petite rue, et la, la mer. Non. Un lac. Un tres grand lac. Et le premier qui fait une blague, il sort. Le lac Titicaca, donc, le plus haut des grands lacs du monde! Le lac Titicaca donne des couchers de soleil dignes de son nom: etonnants. Et Copacabana me rappelle San Pedro de Atacama, qui elle-meme me rappelait Luang Prabang... voila. Pour les etourdis: une petite ville au charme indescriptible, pourrie par le tourisme et les touristes. Mais de bons cotes tout de meme. La truite, par exemple, la grande truite du lac Titicaca, qui se laisse manger, la bougresse. Et encore une fois, les jolis couchers de soleil, la lumiere venue d'ailleurs. Bon. Je reserve un voyage pour l'ile du Soleil, au milieu du lac, et me retrouve evidemment avec pleins de backpackers "ultra cool, man". L'un d'entre eux ressemble a s'y meprendre au cretin de francais qui etait avec moi dans le voyage entre San Pedro et Uyuni, je l'evite autant que possible. A la fin de la journee, il enlevera ses lunettes, ce n'etait pas lui! Encore un qui m'aura donc trouvee detestable. Bien. C'est toujours ca de gagne!

Quand nous posons le pied sur l'ile, je cours aux toilettes, et paye les quelques centimes a la dame. Elle est en train de cuisiner des trucs bizarres, alors je lui demande ce que c'est, je capte rien a sa reponse (c'est surement son accent, hem hem), a part qu'elle me dit de m'asseoir et de gouter. Elle s'appelle Marcellina. Je goute. Et je goute encore. Et encore un peu. Je la remercie autant que je peux, lui offre une cigarette qu'elle garde pour son mari, et vais m'acheter une empanada pour le dessert. Je m'en vais la manger de l'autre cote de la petite peninsule, sur une plage ou paissent... des cochons. Et alors que je me delecte de ce truc caoutchouteux, ils passent a cote de moi, motives comme des coureurs de marathon, equipes comme des coureurs de cent metres, surs d'eux comme les joggeurs du Luxembourg, et athletiques comme moi il y a sept ans. Les autres touristes. Ceux qui sont dans le meme bateau que moi. Je me dis que je vais finir mon empanada tranquille, pas du tout envie qu'ils me voient soufflante comme une vache. La marche est censee durer trois quarts d'heure, par ce petit chemin la bas, oui, celui qui est escarpe. Bien. Je rappelle a la compagnie qu'on est a environ quatre mille metres et que les moindre effort prend des allures de "douze traveaux d'Hercule". J'avale un peu d'eau et me lance. Allez, c'est parti. Je me fais depasser immediatement par quatre retardataires, identiques a ceux que j'ai laisses passer devant moi. Tant pis. Je prends mon temps. C'est epuisant. Je marche extremement lentement, et puisque meme comme ca c'est fatigant, je prends le temps de faire de jolies photos. Je finis la promenade a deux a l'heure et sur les cent derniers metres je depasse une dizaine de ptits jeunes, dont les quatres qui m'avaient depassee au debut. Le lievre et la tortue, j'vous l'dis! J'etais pas peu fiere, d'autant plus que j'etais parmi les plus vieilles de la promanade. Bon, j'ai tout de meme pas fait la marche de trois heures au milieu de l'ile, parce que j'aurais pas tenu le coup. Je suis donc revenue au bateau, pour tomber sur trois autres touristes-feignasses.

On commence a papoter. Evidemment au bout d'un moment j'en suis a lister les pays que j'ai parcourus. Et alors les gens se divisent en deux categories: ceux qui veulent en savoir plus sur un pays qu'ils ne connaissent pas et ceux qui vont te faire parler d'un pays qu'ils connaissent pour pouvoir en parler a leur tour. La j'etais avec la categorie 2. Alors quand on m'a demande de parler du Laos, je me suis fait plaisir: Luang Prabang gachee par les touristes pleins comme des barriques, vomissant sur le pas de la porte des gens biens et tranquilles... Et la, la petite putre d'Irlandaise qui dit "ouais, mais la beer Lao elle est tellement bonne, ha ha ha". Comme elle a fait marrer les deux autres en me faisant passer pour une pisse froid, j'ai repondu "Ah! C'etait toi la meuf couchee dans son vomi sur le bord de la route? Ah oui je te reconnais! T'as reussi a ravoir ta robe blanche j'espere!" Ca a fait marrer les deux autres, mais j'ai plus rien dit du voyage. J'ai refait quelques jolies photos du coucher de soleil.

Il a fallu que je retire du cash pour acheter mon billet de bus pour Cusco. Je vais dans une premiere banque, et la un vigil me fait asseoir pour que j'attende cinq minutes alors qu'il n'y avait personne dans la banque. Un guichetier me siffle. Je me casse en levant vers son visage de fils de pute un majeur sur de lui et decide. Un guichetier, putain! Evidemment, les pires insultes me passent par la tete. Or il n'y a que deux guichets a Copacabana. Je me dis que l'autre a interet a fonctionner, parce que j'ai pas du tout envie de retourner dans l'autre banque. Je decide de mettre toutes les chances de mon cote en racontant ma mesaventure au mec, comme ca je suis sure qu'il ne fera pas pareil. Et ca marche.

Je suis a la fois contente et agacee d'aller au Perou. Agacee parce que je vais me retrouver avec dix huit tonnes de touristes en chaleur, agacee parce que c'est surement la Thailande de l'Amerique du Sud, mais contente parce qu'on m'emmerdera sans doute moins dans un pays ou on a l'habitude de voir des "gringettas".

Voila. Bon c'est un peu faible pour un retour mais il faut que je me remette en jambes, non? Tiens une histoire drole: Vous savez comment on appelle quelqu'un qui parle trois langues? Oui, un trilingue. Quelqu'un qui parle deux langues? Bilingue, exactement... Quelqu'un qui ne sait parler qu'une langue... non, pas monolingue. Americain.

Et quelqu'un qui parle quatre langues: un Dingue!

Ah oui, donc comme c'est a peu pres a ce moment-la que la fin de mon voyage s'est decidee, voici le programme: de Cusco, je m'envole pour Carthagene, en Colombie! Eh oui, je peux le dire maintenant! Ils font une belle promo sur ce vol, moins cher que Lima/Bogota... Allez comprendre... En Colombie, j'irai faire un tour a Santa Marta (la ville ou est ne Carlos Valderrama) et a Taganga, un petit village de pecheurs juste sur la mer des Caraibes. Apres trois mois d'hiver, j'ai tres envie de cuire un peu dans mon jus! Puis je m'envole pour Panama City, parce qu'il n'y a pas vraiment de route, parait-il, entre la Colombie et le Panama, et a partir de la, je traverse l'Amerique centrale a cent a l'heure pour aller rejoindre mes amis surnommes au Mexique: Le Dingue a Mexico City et Sylvain Reloux et Pauline Voldemort (celui-la je viens de le trouver) a Veracruz. Puis de Mexico, je m'envolerai pour Los Angeles, puis San Francisco, puis Las Vegas et le Grand Canyon, puis la Nouvelle Orleans d'ou je vous ecris, la, tout de suite. Dans quatre jours je m'envole pour Miami, puis Santo Domingo ou je devrais retrouver ma cousine preferee et sa fille, puis je retourne au pays des demeures pour aller voir a Pittsburgh mes potes de Berlin (la boucle est bouclee), et pour aller visiter New York, et voir mon cousin prefere et ma cops Marie en mode Maman. Et puis Belfast, pour la chanson, et puis Paris, pour savoir, au nombre de larmes de joie dans vos yeux combien je vous ai manque.

Par Aude
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Vendredi 3 octobre 2008 5 03 /10 /Oct /2008 18:50
Non, pour la suite Bolivienne, point d'exclamation. Le clavier est un peu récalcitrant. Donc on essaiera de faire sans. Le bus qui m'amènera à La Paz a l'air bien: les sacs sont sous les sieges du bus et non pas sur le toit, tout a l'air hermetique... Je suis contente de ne pas avoir payé trois fois le prix pour le bus de luxe (entre guillemets), celui avec des chiottes à bord et la bonne odeur qui va avec. Je me retrouve assise dans le fond du bus, sur un siège plus ou moins cassé avec un écart de dix centimètres entre l'assise et le dossier. C'est pas hyper confortable, d'autant plus qu'evidemment, comme d'habitude, il n'y a pas de place pour les jambes. Enfin j'ai fait pire en Asie. Le bus entre Vinh et Vientiane était sans dessus dessous, on dormait sur les tas de sacs et bouts de dossiers. Mais au moins, il y avait de la place. Les routes sont mauvaises, très mauvaises. Et le bus va vite. Ça ne me dérange pas d'être bringueballée dans tous les sens. Ce qui me tourmente, c'est que j'ai l'impression qu'au premier caillou mal placé le bus va faire un triple boucle piqué combiné avec un back flip comme Emeric de Menias avec ses rollers, sauf qu'avec quarante cinq personnes dans le bus, c'est plus difficile à réussir. Je me dis, tout bêtement, comme si c'etait normal et que ça faisait partie du voyage: "ça y est, je vais mourir, là". "Le bus va bondir et mal retomber, et on va tous crever". Le bus a bondi, en effet, puis est retombé moyen bien avec un gros BANG point d'exclamation. On s'arrête, on change le pneu, et on repart, sur les mêmes chapeaux de roue, avec des cahots de pire en pire, mais contre toute attente, point d'accident, point de décès, point d'exclamation.

J'arrive donc à la gare routière de La Paz, je vais passer un coup de fil dans un locutorio pour prevenir les caupains que je suis arrivée, et puis je vais m'asseoir toute puante sur un banc au soleil en attendant. Et là, dans le soleil, je le vois arriver. Une veste de costard négligemment portée sur une chemise blanche entrouverte, des lunettes de soleil discrètes et classes, des cheuveux bouclés (point d'exclamation fois trois, je savais pas qu'il en avait autant), et la demarche de mon ami l'éminent sociologue Franck P... Mais c'est lui, point d'exclamation. J'obtiens confirmation quand il s'approche de moi et me dit avec sa voix caractéristique de boîte à meuh penchée sur le côté: "salut la grande, ca va?" Francky con pelo, point d'exclamation. Ça c'est la meilleure. Nous prenons donc un taxi, qui nous emmene chez lui, on ne fait pas de bruit parce que le bébé dort, et Franck insiste pour me montrer vite, très vite la salle de bain au cas où l'envie me prendrait de prendre une douche, mais enfin moi j'dis ca, j'dis rien, hein tu fais comme tu veux...

Mon programme à La Paz est assez simple: grasses matinées, et gras déjeuners et dîners aussi, balades par tranches de dix minutes de marche ultra lente (parce que l'altitude, c'est épuisant et que La Paz, c'est raide), et geek attitude (mise à jour du blog et dactylographication de ma troisième nouvelle). Et evidemment, sourires idiots, petit-bébé-qui-vole, bruits bizarres, yeux qui louchent, et manipulation de peluches dans un but humoristique du point de vue des moins de douze mois. Parce que Calista le vaut bien. Et je jure qu'à aucun moment les parents, Monica et Franck, donc, ne m'ont obligée à essyuer le caca du bébé. Point de maltraitance des squatteurs, à La Paz. Après ma douche, Franck était beaucoup plus détendu, et du coup, il m'a même présentée aux femmes de sa vie: Monica, Calista, et Benita, la dame qui sait où sont rangés les produits d'entretien, et comment on s'en sert. Et puis on a pris la poussette et la Poupeaumobile et hop, nous voilà en route pour le restaurant des familles du dimanche. J'ai énormément de mal à ne pas faire les remarques agaçantes du genre "je pensais pas voir ca un jour"... parce que c'est vrai que Franck P. avec une poussette, en ce qui me concerne, c'est inédit. On engouffre des plats énormes, et puis, tiens, on irait bien faire une sieste. Après ma non-nuit dans le bus, je m'écroule enfin dans un graaand lit. Et j'ecrase jusqu'au soir.

Alors dans le genre inattendu, il y a aussi le concert d'Erik Truffaz. Si un jour j'ai envie de me la péter, je pourrai toujours dire avec un accent snob que "je suis allée à lâ Pâz en deuh milhuit poûr voar cet exxxcellent concert d'Erik Truffââz, lors du festivâl de djââzz". Mais ce serait mentir: je ne suis pas allée à La Paz pour ca, c'est juste une heureuse coïncidence, et surtout, le concert n'était pas excellent. En première partie, des musiciens boliviens qui s'essayent au jazz, avec beaucoup trop d'instrumebnts différents pour que ce ne soit pas cacophonique, et surtout, le big boss du big band joue en grande majorité de la clarinette ou de la flûte traversière (fausse, en plus)... Et les instruments aigus, pète tympans même sans beaucoup de décibels, moi ca m'agace. Je prends mon mal en patience, je ronge mon frein quand le public demande un rappel, et enfin Erik et son groupe (amputé d'un musicien, remplacé au pied levé par un pianiste qui se trouvait là par hasard) entrent en scène, et vraiment, vraiment, le concert est bien. Mais court. Un instit entre en scène à la fin avec une guitare et toute une classe d'enfants qui jouent de la flûte de pan et Truffaz est censé les accompagner à la trompette en improvisant. Mais l'air qu'ils jouent ne s'y prête pas des masses. Je me console en me disant qu'à bien des égards, le prof qui joue de la guitare me fait penser au prêtre qui s'éclate sur "Jesus revient" dans "la vie est un long fleuve tranquille". Je rigolerai vachement moins quand Franck me dira qu'il n'a que deux invites pour le concert privé du lendemain. Mais enfin, en écrivant ce texte, je me rends tout juste compte que je me suis laissée inviter par mes hôtes au premier concert sans même leur rembourser ma place. Donc je la ferme, et je suis ravie de m'être occupée de Calista pendant qu'ils se pochtronnaient avec Erik Truffaz au bistro du coin. Ravie, point d'exclamation.

Et quid du temps qu'il fait? La Paz est une ville épuisante, je l'ai déjà dit, et ce n'est pas seulement parce qu'il y a plein de côtes ultra raides partout. L'altitude a aussi une influence sur le mercure, mais selon que l'on soit à l'ombre ou au soleil, l'influence n'est pas la même. En gros, au soleil, il crève de chaud et à l'ombre il pèle. Plus on grimpe, plus la différence de température entre l'ombre et la lumière est importante. Je ne pense pas exagérer en disant qu'à La Paz, la différence est de sept degrés, à peu près. Et les changements de température, c'est fatigant.

Un matin, je me réveille avec l'envie de comprendre ce qui se passe dans ce pays. Mais mon Espagnol n'est pas assez bon pour aller sur le web castillan, donc je me contente des pages en Français. Eh bien je ne comprends rien. Et j'ai bien l'impression que les média frenchies n'y comprennent rien non plus. Ils font tout pour être aussi allusifs que possibles, et décrivent des états de fait sans le moindre début d'analyse. Ce que j'apprends par le web Français, c'est qu'on a tué des paysans dans le Pando, que le Pando se trouve à l'ouest, et que l'ambassadeur des Etats-Unis a été renvoyé chez lui. Mais sur le pourquoi de tout ça, rien. Je demande donc à ceux qui me tombent sous la main ce qui se passe. Et comme je sais que ça vous intéresse, voilà ce qu'on m'a raconté, en ultra résumé, ultra simplifié, ultra allusif aussi mais au moins cohérent. La situation en Bolivie pour les nuls, donc. Evo Morales, le président, est plutôt bien à gauche. Il a rendu des terres aux paysans, par exemple, et il a sans doute fait plein d'autres trucs bien que j'ignore, et apparemment, il a le peuple derrière lui (les résultats du dernier référendum étaient largement en sa faveur). La Paz est pleine des graffitis "Evo Si!", et d'affiches "Evo, le peuple ne t'abandonnera pas parce que tu n'as jamais abandonné le peuple". Les villes des régions de l'Orient Bolivien ont de la thune (en particulier Santa Cruz) et exploitent le sous-sol, riche de ressources, avec leurs amis Américains, qui sont, bizarrement, toujours là où il y a un sous-sol riche. Comme ils ont des sous, et qu'ils voudraient le partager le moins possible, ils réclament de l'autonomie à donf. Pour faire pression, ça zigouille des paysans, qui de toute façon gênent. J'étais à Uyuni quand une dame m'a dit qu'elle avait peur, qu'elle trouvait tout ça bien violent, et qu'elle pensait qu'on était au bord du coup d'état. Parce que apparemment l'armée trouve que Morales n'a pas été assez dur en représailles avec les meurtriers de droite. Chavez vient mettre son grain de sel là dedans, dit qu'il est prêt à envoyer son armée pour aider Morales en cas de coup d'état, (ça s'appelle mettre de l'huile sur le feu) et Morales calme le jeu: non, je ne veux pas de ton armée, non, il n'y aura pas de coup d'état, on va discuter calmement. Et depuis apparemment ça discute. Je n'ai pas vraiment de nouvelles fraîches, au risque de décevoir. Pour ce qui est de l'ambassadeur américain, les média Français racontent qu'il a été "renvoyé du pays" parce qu'il "était soupçonné de soutenir les séparatistes". On dit aussi que Chavez a fait pareil, pour bien ranger Morales dans le camps des maboules, et puis que par règle de réciprocité, les Etats-Unis ont "déclaré persona non grata" les ambassadeurs de ces deux pays. On notera ici la différence de vocabulaire employé. Bref. Ce qu'on oublie de dire, c'est que le fameux ambassadeur des Etats Unis, que l'on soupçonne (horreur) d'aider les séparatistes, n'est autre que l'ancien - et dernier - ambassadeur de Yougoslavie, qui aurait, nous dit la rumeur, aidé à son explosion. Point de scrupule du côté américain, donc. Eeeh oui. Ya pas de fumée sans feu, dirait Lulu. Voila, j'espère que tout ça vous parait plus clair. Si vous avez des questions, ne me les posez pas, il y a de fortes chances que je ne sache pas les réponses.

L'avantage d'avoir une cuisine, c'est qu'on peut cuisiner. Et plus ca va, plus ce blog s'envole vers les hautes sphères de la métaphysique. Mais point d'ustensiles de cuisine chez mes amis, qui mènent la vie de pacha de tous les expatriés du monde (et donc bouffent au restau ou se font livrer). Je m'en vais donc dans La Paz en quête d'une poële à crêpes, bêtement, car c'est le seul ustensile de cuisine qu'ils ont. Je me rends donc là où Franck m'avait dit qu'il y a des marchés où l'on trouve tout. C'est pas des blagues... Toute une colline est un genre de supermarché géant (ha ha), avec le quartier des produits d'entretien, le quartier des fringues, le quartier des condiments, le quartier de la viandasse... âmes sensibles, s'abstenir. Je n'ai pas pris de photo parce que je ne le sentais pas, mais apparemment les Boliviens ont une dent contre les moutons. Je suis passée devant un étal avec plein de pieds de moutons, et quelques mètres plus loin, un autre étal avec sept ou huit têtes de moutons. Hum, point d'exclamation. Je vous passe la description des femmes avec leurs dix-huit jupons chacune, leurs longues nattes et leur chapeau melon, je vais plutôt parler des autres femmes, celles qui se font lipossucer et complètement transformer, des pieds à la tête en passant par le menton. Monica m'explique qu'ici, en Bolivie, ca ne coûte rien, qu'il y a des tours organises pour que les etrangers viennent se faire raboter les fesses, et que pour tout plein de femmes, le budget bistouri est bien plus important que le budget fringues. Par exemple, si je voulais qu'on me débarrasse enfin de mes immondes poignées d'amour, ca me couterait six-cent dollars. Mais ils n'ont encore rien trouvé pour me faire perdre les quelques centimètres que j'ai en trop. Damnède.

Bref, qu'est-ce que je disais? Ah oui la cuisine. Ben oui, donc je me lance dans la confection de gâteaux à l'orange, de crêpes, de gâteaux aux pommes caramélisées, et même d'une salade de pâtes et d'un filet mignon aux poires. Tout ca bien entendu en me renseignant à l'avance sur l'emploi du temps de Benita, parce qu'elle finit tous les "restes". Si sur un poulet roti quelqu'un a juste mangé une aile, les "restes" c'est l'autre aile, les pilons, les bas de soie, le croupion, le cou, le foie et la carcasse. Aaaaalouetteuh gentillalouetteuh. Pour les crêpes, j'ai trouvé un truc imparable: les faire au fur et à mesure, et quand on a plus faim, ranger la pâte au frigo et s'en servir au repas suivant. Un matin que je faisais des crêpes, Benita est venue me voir, si elle avait été un mec, j'aurai dit qu'elle me draguait lourdement. "Qu'est-ce que tu fais?" "Et ca s'appelle comment?" "Ah..." "Ca a l'air bon..." Elle a squatté comme ça collée à moi et à l'assiette de crêpes toutes chaudes pendant dix grosses minutes, attendant que je lui propose d'en prendre une sans doute. Evidemment elle y a eu droit, après, quand on s'est mis à table. Mais c'était marrant de la voir "draguer" pour des crêpes.

Je vous parle des mecs ou vous en avez assez? Non, parce que les mecs de La Paz, en tous cas de ce que j'en ai vu, c'est des beaux specimens de cons. Un jour, un mec zarbi mettait des mains au cul à toutes les filles sur la grande avenue. Moi y compris. Je le suis cinq minutes, pleine de rage, et le vois faire son petit manège: il marche les bras le long du corps et tourne juste ses mains tendues au moment où les filles, qui n'ont pas le choix parce que le trottoir est bondé, se rapprochent de lui. Ce mec me fout la gerbe. Certaines filles se retournent, outrées, mais la plupart n'y voient que du feu. Je vais voir un flic, lui montre le mec en question et lui raconte l'histoire, le flic ne prend même pas la peine de regarder le mec et me dit "et alors? tu le cherches?" Je réponds, incrédule, "non, c'est lui qui cherche le cul des filles avec ses mains, et il est là, regarde." Mais le flic s'en branle la molle. Je rentre a la maison pas contente du tout, je raconte à Monica qui me dit que les flics sont des cons et que dans son pays, quand une fille se fait violer, pour la plupart des mecs c'est de la faute de la fille, sans doute encore une aguicheuse. Monde de merde. J'ai une autre vague histoire de mecs (qui s'asseoit à côté de moi alors qu'il y a de la place partout dans le minibus) mais je vous passe les details, hein? Les mecs, on s'en fout, apparemment tout le monde est d'accord pour dire que c'est de la merde. J'en parlais l'autre jour avec ma Maman. Nous on est toujours prêtes à rendre service et contentes de la faire, alors que les mecs, quand ils te rendent service, ils te font bien bien sentir que ca les fait chier, et ils te le rappellent longtemps après. Et puis quand ils ont le rhume. Ah au secours desespoir et navrement, appelez le samu mon dieu mais c'est horrible... va, prends le telephone et previens mon pauvre pere, lui aussi mourant (il a un bleu au genou) que je m'en vais le précéder dans le trépas, point d'exclamation. On s'est bien marrées, avec ma mère, sur Skype (j'ai une cyber maman), à se foutre de la gueule de la moitié faible de la population.

Un rituel s'est très vite instauré avec Monica: tous les jours, à midi moins une, on se demandait l'une à l'autre ce qu'on allait manger. Et on ne trouvait jamais... "On commande des pizzas?" "On se fait des burgers?" "On commande du poulet?" Et toujours, le sempiternel Coca pour accompagner nos repas diététiques souvent ponctués d'une glace. Même rituel tous les soirs à sept heures moins cinq. Un jour, l'extraordinaire sociologue Franck P. a pris les choses en main: il a fourgué un valium à Calista et nous a invitées toutes les deux dans un restau chicos de La Paz. Monica avait honte de moi parce que vraiment, mes fringues ressemblent à rien, mais en arrivant au restau, moissonneuse batteuse, "ben alors qu'est-ce que tu m'chantes? Ya pas besoin d'être bien habillé, ils sont tous sapés comme des sacs, point d'exclamation". Déjà, ils avaient honte de moi. J'ai commandé un verre de vin blanc, grande première depuis... pfiouuu... Et avec Franck, on s'est remémorés cette carte de l'Europe vue par les Francais qui circulait sur nos boîtes mails, il y a quelque temps. Les plaisanteries étaient basses, mais tellement bonnes, de cet acabit, en gros: France = Maison; Irlande = Roux; Suisse = Lents; Grèce = PD; Belgique = Cons; Portugal = Poilues; Norvège etc = Bonnasses; Europe de l'Est au nord = Putes, au milieu = Mafia, Putes, au Sud = Accordéonistes; Russie = Putes Vodka Mafia, Islande (mon prefere) = On s'en fout, etc. Monica nous regardait consternée, avec de moins en moins l'envie de venir habiter dans ce pays. Mais le clou du spectacle, c'est tout de même quand Franck a demandé à la serveuse "un poulpo, por favor, señorita". Je me suis fait pipi dessus de rire.

N'empêche, je rigole, mais j'étais toute chose en partant. C'est qu'on s'y attache, à la famille Poulpo. J'ai dit au revoir à Calista, elle en avait rien à foutre: le piano c'est vachement plus drôle. Franck m'a appelé son chauffeur de taxi préféré pour m'emmener jusqu'aux bus pour Copacabana. J'étais pas au top dans le bus pour Copacabana. Je me disais que vraiment Copacabana, ça avait intérêt à être bien. Ça faisait longtemps que j'avais pas vu des caupains. Alors si La Dingue me fait le coup de me poser un lapin au Mexique, je vais mal le vivre!
Par Aude
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Lundi 29 septembre 2008 1 29 /09 /Sep /2008 01:43

Marrant, non, comme titre, dans un blog dont l'auteur a l'air d'en vouloir au monde entier?

Je suis très contente d'avoir bossé dans des bars pour gagner ma croûte. Maintenant, je sais que je ne veux pas en faire ma vie. Et maintenant, je sais qu'il est hors de question que mes enfants/neveux/nièces/amis fassent la même chose. Un jour j'expliquerai pourquoi, mais pas maintenant, ça prendrait trop de temps. Reformulation: un jour, si on veut bien de moi chez un éditeur, j'écrirai un bouquin pour expliquer pourquoi. J'expliquerai aussi qu'on ne se dit jamais à soi-même "je vaux mieux que ça". Ce n'est pas une assertion à laquelle on croit tant qu'on ne se l'est pas entendue dire. Voilà pour ceux qui voyaient dans mon dernier texte un jugement dédaigneux de ma part envers le métier de barmaid.

Le lendemain du grand tour dans le désert d'Atacama, où notre guide, j'ai oublié de le dire, était un véritable puits de science, l'altitude me fait mal. Je me suis couchée à dix-neuf heures et j'ai dormi comme une pierre, avec la tête qui tourne. Je décide donc de laisser Luciana aller toute seule au tour que l'on avait réservé pour le lendemain et de passer la journée à me reposer. Je cherche une cantine locale pour essayer de trouver des plats du coin et me sortir enfin de la sempiternelle pizzeria, qui pullule dans les villes et villages à backpackers au point d'éradiquer tout autre type de restaurant et d'asseoir définitivement la pizza comme nourriture par excellence. Je ne trouve rien qui ressemble à ce que je cherche. Dans aucun restau je ne vois manger quelqu'un qui a l'air d'ici. A croire que les gens de San Pedro de Atacama mangent chez eux tout le temps. Je me rabats sur un restau excentré qui fait un menu du midi pas cher du tout. Et en entrée: une salade!!! Wahou!!! Avec des avocats, et d'autres légumes non identifiés mais bons!  La serveuse m'enlève mon assiette pour m'amener un plat de spaghettis à la bolognese (burp). Et pour une obscure raison, elle allume sa chaîne hi-fi et monte le volume. Dans toutes les gringocities du monde (les villes à backpackers), c'est pareil: des restaus à pizza avec musique à fond, et même les cafés ouverts l'après midi se sentent obligés de donner dans le décibel, peu importe la qualité de la musique qui passe. En plus du Bob Marley, de la musique de drogué, d'apathique, exactement ce qu'il ne me fallait pas! Comme je suis la seule cliente et que la serveuse a l'air de s'ennuyer, je demande si elle n'a pas autre chose comme musique, un truc un peu moins lent. Elle a l'air content que je réclame autre chose, peut-être que son patron l'oblige à passer du Bob Marley, certain que ça plaira à tous ces voyageurs fumeurs de joints.

Et là, elle double clique sur Barry White. Je n'ose pas lui demander de changer une deuxième fois. Je dis merci et je souris. Mais s'il y a un "musicien" qui vraiment me rend malade, c'est Barry White. Même James Blunt ne m'énerve pas autant. Ou plutôt c'est différent. James Blunt me donne envie de tout casser. Barry White me donne envie de tout casser ET de vomir. Vraiment, c'est pas des blagues. Je me dis que ça va aller, que je finis mes spaghetti et que je me casse. Mais son espèce de voix monocorde immonde, dans laquelle on entend la résonnance de son double menton, son espèce de voix comme un le cri sourd d'une vache constipée,  me fait me sentir mal. Je me souviens aussi que des statistiques disent que c'est en écoutant Barry White plus que toute autre musique que les gens baisent, et ça finit de me donner la nausée, pour de vrai. Ah! Et puis ses paroles de merde! De Merde! Comment des gens sensés, qui écoutent des musiciens de talent comme Maceo Parker peuvent-ils trouver le moindre plaisir à écouter cette merde auditive? Il reste à peu près les trois quarts de mon assiette de spaghetti quand je demande l'addition, et je sens déjà une goutte de sueur glaciale me couler dans le dos, et j'ai les paumes humides. Je fais un grand sourire à la jeune fille pour surtout qu'elle ne se sente pas coupable, je dis que je n'ai plus faim, et je m'en vais. Je marche jusqu'au prochain croisement et vite je tourne dans une autre rue pour enfin ne plus entendre la complainte de ce bisounours du rhythm'n'blues.

Luciana revient ravie de son tour, mais elle a eu très froid, dit-elle. Moi, je me suis reposée, j'ai glandé et lu au soleil. Parfois pour se sentir en vacances il faut prendre le parti des fainéants. Katia, une amie de Luciana, nous rejoint pour dîner. Luciana est gentille, mais elle ne jure que par son pays. Je veux bien la croire, qu'elle a les plus belles plages du monde. Eventuellement, je conçois qu'elle trouve que les filles de son pays sont les plus belles du monde, ça ne me dérange pas. Je ne me sens absolument pas en concurrence à ce niveau-là. Mais quand elle dit que Sao Paulo est la capitale culinaire du monde, je ne peux pas m'empêcher de ticquer (tiquer?) un peu... "Pardon? Sao Paulo, hein? Ben oui, évidemment, c'est bien connu." Là elle s'attaque à ma fierté nationale. S'il y a une chose que l'on fait bien en France, c'est la bouffe. On est plein de défauts, et j'attends avec impatience le moment d'écrire le troisième volet de ma saga sur les cons, mais pour la mangeaille, personne ne nous arrive à la cheville. Je sais, j'ai essayé. Et puis merde, ça se saurait, non? Le problème, c'est que ce qui m'était apparu comme un amour de son pays charmant et bon-enfant m'apparaît désormais comme un genre de nationalisme dégoulinant de mauvaise foi. Et le pire, c'est qu'elle argumente. À la fin, comme elles sont deux contre moi, je préfère ne pas m'énerver, donc je renonce et dis que j'ai hâte de voir ça.

Le lendemain, nous voilà avec plein de gens pour un voyage de trois jours jusqu'à la ville d'Uyuni, en Bolivie. Deux jeep. Dans la notre, le conducteur, Saturnino, Luciana, donc, et deux Américains: Matt et Kyle. Dans l'autre jeep, l'autre conducteur, dont j'ignore le prénom, deux irlandais (Andy et David), un Français, Alex, et un couple de néerlandais, Myriam et Martin. Les paysages que nous voyons sont fabuleux. Venus d'ailleurs. Une lagune blanche, une lagune verte, et une lagune rose, qu'ils appellent la laguna colorada, qui doit sa couleur à des algues, nous dit Saturnino. Sur ces lagunes, des flamants roses. Entre ces lagunes, des lamas. A un moment donné, dans le ciel, je vois tournoyer un oiseau immense. Je demande si c'est un condor, "non", répond Saturnino, "les condors, on les voit en Janvier et en Février. Là ce doit être un aigle". Je mettrai les images en ligne bientôt. Le soir, nous voilà dans un petit village de Bolivie. A peine de l'eau courante et trois, quatre rues tout au plus. Les maisons sont en torchis et en pierre. A côté de l'auberge, un terrain vague avec des poteaux de foot sans filet, on joue quelques instants avec les Irlandais. Mais avec l'altitude, au bout de dix minutes, on est complètement épuisés. Je fais ensuite quelques passes avec le petit garçon de l'auberge, on fait un concours de jonglages et évidemment il gagne! Je vais me balader dans les rues au coucher du soleil, et un enfant me demande un caramel. Je réponds que je n'en ai pas. Une petite épicerie est encore ouverte. J'achète une grosse poignée de caramels, au cas où je croiserais d'autres enfants. J'arrive dans une autre rue où des gens avec une dizaine d'enfants bloquent le passage. Quand ils me voient, ils se donnent des coups de coude et se poussent du passage, en me regardant comme si j'étais quelqu'un d'important, et ça me fiche la honte, si vous saviez! Alors je regarde les enfants et je demande s'ils veulent des caramels. Ils disent tous oui et tendent leurs petites mains sales. Une fois qu'ils ont leur caramel, ils vont chercher d'autres enfants pour que je leur en donne à eux aussi. Ils sont tous un peu sales, ils ont tous l'air un peu chétifs, ils ont tous le nez qui coule ou qui a coulé. Je me sens un peu comme un Père Noël, mais complètement impuissant. A la fin, ils ont l'air content, et les adultes rient, ravis sans doute de voir tous les gosses du village contents et excités comme des puces. Le papier doré des caramels en ajoute au bruit de fond des rires, je suis à deux doigts d'écrire que le Seigneur était parmi nous. Rimbaud, en tous cas: "En quelque songe étrange où l'on voyait joujous, Bonbons habillés d'or, Etincellants bijoux [...] Tourbillonner et danser une danse sonore, puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore..." A la fin, il ne me reste que deux caramels. Je vais les donner aux enfants de l'auberge de jeunesse. Il fait froid dans les chambres, je suis contente d'avoir mon sac de couchage.

Le lendemain, nous visitons la vallée des pierres. Au milieu d'un paysage complètement désertique, des pierres ont poussé, comme par magie (en fait elles auraient aterri là lors d'éruptions volcaniques, mais les volcans sont loin, loin, loin!). On s'amuse un peu tous à les escalader. J'en trouve une avec un abri, et à l'intérieur deux pierres plates, comme une table et une chaise. Je repère aussi une énorme formation qui ressemble à s'y méprendre à une sculpture de Giacometti (un visage). La journée se passe bien. Les Américains commencent à m'agacer, parce qu'à chaque fois que l'on voit quelque chose d'impressionnant, ils disent "whéon!" (wahou avec l'accent américain). Et le Français est venu squatter notre voiture, on ne sait pas trop pourquoi. Je me rendrai bientôt compte que ça fait rire un peu tout le monde mais personne n'ose lui demander pourquoi il a changé de voiture. On a perdu la deuxième voiture, elle ne nous suit pas derrière. Je dis a Luciana que peut-être ils cherchent le Français, peut-être qu'il n'a pas prévenu qu'il avait changé de voiture. Luciana explose de rire et me raconte l'histoire suivante. Un prêtre brésilien avait dit qu'il traverserait l'Atlantique en ballon. Il était parti contre les conseils de tous par un temps de chiotte, et évidemment depuis il est porté disparu. Des Brésiliens ont fait circuler sur le net une affiche truquée de la série LOST où dans l'angle à droite dans le ciel ils ont ajouté une photo du ballon du prêtre. On imagine donc le Français, Alex, dans le ballon et le fou rire (oui, les filles sont cruelles) nous dure un bon quart d'heure. Grosse déception, Alex avait bien prévenu qu'il changeait de voiture. C'était juste un pneu qui avait crevé. Nous passons par un village abandonné sur une ancienne voie ferrée. Eh bien un village abandonné, c'est triste. Surtout le cimetière, avec plein de tombes particulièrement petites, abandonnées elles aussi. Il y a encore deux ou trois maisons habitées, mais du coup, cimetière oblige, je n'ose pas demander pourquoi ils vivent encore là, au beau milieu de nulle part.

Le soir, je décide de me coucher tôt. Les Irlandais, qui n'ont pas cessé de boire depuis le début de ce voyage, ne l'entendent pas de cette oreille. David vient une première fois. Puis Andy: Puis ils me laissent tranquille. Mais quand les deux Américains décident d'aller se coucher, les Irlandais viennent carrément dans la chambre pour squatter avec leur boutielle de Jack Daniel's. David dit qu'Andy peut parfois perdre le contrôle, quand il a bien bu. Alex, Matt et Kyle rient bêtement à ce que dit et fait Andy, comme pour se le mettre dans la poche, comme si d'une certaine façon ils avaient peur. Ils sont tous les trois debout, et Andy aussi, à côté de mon lit. Moi, je suis allongée, je fais semblant de dormir malgré le bruit pour qu'on me foute la paix. Andy se met à me frapper le visage avec ses avants-bras, pour me réveiller je présume. Alex Kyle et Matt ne bougent pas d'un pouce et restent debout comme des cons avec leurs gueules de cons à attendre de voir ce qui va se passer, les cons. Et David, assis sur un autre lit, dit à Andy de s'excuser. Mais Andy ne tient plus debout, ne sait plus vraiment ce qu'il fait. J'engueule Andy pour qu'il se casse de la chambre, juste qu'il se casse, et Andy m'obéit, comme quoi c'était pas si compliqué, hein les mecs; et cet imbécile de David se dit que lui peut rester, et commence à dire en Français que c'est toujours omme ça quand Andy est bourré. Je réponds en français, donc, que lui aussi il est un peu con, à l'encourager, et que lui aussi j'aimerais bien qu'il se casse de notre chambre, merci. Et le trou du cul d'Alex qui était resté comme un con à rien faire sort aussi, enfin. Pour être honnête, j'en veux beaucoup plus à ces trois petites bites qui étaient debout et qui n'ont rien fait pour arrêter Andy et à ce con de David qui l'encourageait, qu'à Andy lui-même, qui aurait été facile à maitriser, et qui a juste un gros problème d'alcool. Quand enfin on éteint les lumières et que Matt ose me dire "Bien joué Aude", je lui réponds d'aller se fuck lui-même, qu'il n'ont pas bougé qu'ils ont restés là comme des cons et qu'ils ne m'ont même pas aidée. Je m'endors fâchée. Et triste. J'en ai assez que les gens partent du principe que je n'ai pas besoin d'aide. Partent du principe que comme je suis grande et que j'ai du caractère, je vais pouvoir me défendre toute seule. Ben oui, je peux me défendre toute seule. Mais c'est pas une raison pour ne pas m'aider. De temps en temps je rêve que je suis une petite nana avec des petites mains et pas de muscles et un petit visage de petite fille et des yeux timides, pour qu'enfin quelqu'un prenne ma défense.

Le lendemain matin, on arrive sur le grand désert d'Uyuni, et Andy ne se souvient de rien. Tout le monde veut faire des photos de groupe, et je refuse d'y participer, et Luciana aussi, qui est presque plus remontée que moi contre les autres. Un peu plus tard, je retrouve Andy tout seul. Alors je lui raconte brièvemet ce qui s'est passé la veille. Je lui dis que je sais exactement ce que c'est de ne pas se souvenir des conneries qu'on a fait la veille. Et je sais exactement ce que c'est que de ne pas pouvoir se passer d'alcool, de façon quotidienne et en grande quantité. Je n'ai pas besoin de rentrer dans les détails, il sait que je parle en connaissance de cause, parce que ça ne s'invente pas, et ce n'est une fierté pour personne. Je lui dis que j'en veux beaucoup plus aux quatre cons qui n'ont pas bougé qu'à lui, et que lui il faut juste qu'il parvienne à résoudre son problème. Il se sent comme de la merde, et on continue de papoter pendant quelques minutes. Comme prévu, c'est loin, loin d'être un imbécile. Ce serait juste dommage qu'il ne se souvienne pas de son voyage. Le désert d'Uyuni est immense. On voit des montagnes à quatre-vingt kilomètres. Et le sel, sur le sol, est dur comme de la pierre. A propos de pierres, j'en trouve trois en plein milieu du désert de sel. Ça peut très bien être un camion qui les a traînées jusque là, mais enfin je me plais à croire qu'elles sont tombées du ciel.

Nous arrivons à Uyuni des images pleins les yeux. Je suis plutôt contente de me retrouver seule. Luciana aussi apparemment. Elle ne me collera pas. On se dit au revoir, contentes de s'être connues tout de même, et contentes toutes les deux d'être enfin débarrassée de la compagnie des petites bites. A Uyuni, les dames pipi des toilettes publiques ont une dizaine d'années. Comme visiblement le web français n'a aucune idée de ce qui se passe en Bolivie (articles allusifs, décrivant vaguement quelques états de fait sans donner le moindre début d'explication, sur le site du QVM y compris), je demande à mon ami l'éminent sociologue Franck P. si tout va bien à La Paz. Apparemment oui, pas de problème. Au même moment, huit Brésiliens grands comme moi entrent dans le cyber café, et l'un d'entre eux s'asseoit devant un ordi. Il ne l'utilise pas mais le temps commence à défiler. Au bout de dix minutes ils s'en vont sans payer. Le patron insiste, "il faut que tu payes!" Le Brésilien s'énerve, casse un carreau, le patron sort un bout de bois pour les chasser, seize mains s'emparent du bout de bois et repoussent le pauvre patron du cyber café, tranquillement, presque en riant. J'ai envie de me lever pour aider le patron mais je n'ose pas. Et je sais déjà que je n'aurai pas l'aide des deux Américains qui sont là, eux aussi. Alors je reste assise et j'ai honte.

Par Aude
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /Sep /2008 23:41

Le bus qui m'emmène à San Pedro de Atacama fait une longue escale à Calama. Là, plein de chiens errants. Je pense à la Néerlandaise et vais m'asseoir sur un banc. Bientôt, un chien de taille moyenne, tout noir et plein de poils crêpu vient me voir et pose une patte sur ma pompe. Je lui gratouille l'oreille et il a l'air content. Et à chaque fois que j'arrête il me redemande des câlins. Je me dis que ce chien doit avoir la dalle. Je lui tend un petit cookie, qu'il refuse! Je me dis que je suis tombée sur LE chien qui vit d'amour et d'eau fraîche! Un cocker à l'arbre généalogique compliqué vient pour chourer le biscuit, et je m'en vais lui donner de bon coeur, et là le chien intègre et droit se rue sur lui, lui saute à la gorge, et le cocker hurle son effroi et s'en va en courant, comme il peut. Le chien revient vers moi, apparemment je lui appartiens, désormais! Et apparemment c'est le chef, parce que personne ne vient l'emmerder pour voler le gâteau que j'ai posé sur le banc. Je ris intérieurement et je pense au chef de meute des chiens affranchis dans "Le Guet des Orfèvres", qui est un petit caniche blanc avec les yeux rouges. Le chien-chien à sa mèmère qui en réalité est une terreur.

Je grimpe dans le bus et me voilà à discuter avec une Brésilienne, Luciana. En général, à l'arrivée des bus, il y a un contrat tacite entre les voyageurs qui ont discuté ensemble. Avec Luciana, point de contrat. On dormira dans la même auberge, apparemment. On prendra même une chambre double, parce que ça revient à moins cher. Je vais être honnête, je suis bien tombée: Luciana n'est pas chiante, et me laisse régulièrement toute seule quand elle sent que trop de compagnie tue la compagnie. On fera plusieurs tours ensemble: la visite des lagunes d'altitude, une balade de quatre heures à cheval dans une oasis en plein milieu du désert d'Atacama, Et le grand trip de trois jours entre San Pedro et Uyuni, en Bolivie. On alterne entre l'anglais et l'espagnol, l'une comme l'autre nous parlons mieux anglais mais voulons faire l'effort de parler espagnol. A la fin, on ne fait plus vraiment attention et on mélange les langues au hasard. Ça donne des conversations comme "What time do you pienses que we should regresar a l'hospedaje?" "no sé... no pienso que hay que volver a una hour in particular!" "Pero last night the main gate was cerrada, a las doze, mas o menos..." etc.

La balade a cheval a fait très mal au cul. Le guide m'a autorisée à faire un peu de galop, le temps qu'il gardait mon sac à dos. Le grand galop, sur un cheval d'une taille relativement normale, c'est très impressionnant! Mais je tenais bon, aucun problème. Le guide a essayé de m'apprendre le galop du rodeo, en gros, un galop oû l'on reste assis, mais rien à faire, je n'y arrive pas! Au premier coup de sabot je me remets debout, plus ou moins. Le guide me raconte qu'il est allé en France, qu'il a pris cinq kilos tellement il a aimé la bouffe, et que l'endroit qu'il a préféré, c'est la Normandie, surtout le Mont Saint Michel (comme au Japon, vous vous souvenez?). Alors je dis oui oui bien sûr aucun doute là dessus, le Mont Saint Michel c'est en Normandie! Et Honfleur. Il a bien aimé l'Auvergne aussi. C'est franchement pas courant de rencontrer des étrangers qui ont vu de la France autre chose que Paris, je trouve. Il nous montre des coins où l'on utilise encore le système d'irrigation des Incas. En fait je crois qu j'aime bien le Chili. Beaucoup plus que l'Argentine en tous cas. C'est tout de même un peu plus dépaysant. Et d'un point de vue purement géographique, je trouve que les contours du Chili sont autrement plus sexys. C'est toujours un peu con de comparer, mais enfin ce sont les deux seuls pays que j'ai vus du continent jusqu'alors, donc c'est pour le moment le seul moyen que j'ai de me faire une opinion. Retour a la "ville" avec les jambes en arc de cercle et le cul dur comme du bois. Je me fais la réflexion que San Pedro de Atacama est la Luang Prabang de l'Amérique du Sud. Ça pourrait être l'endroit le plus joli du Chili, avec le plus de caractère (Valparaiso est définitivement hors concours). Une ville en plein milieu de nulle part, tout de même... Mais c'est complètement gâché par les touristes pleins comme des barriques (ou pas). Et tout est dédié au tourisme: dans la ville, on ne trouve que des magasins de souvenirs, des poteries, des fringues en alpaga, des restaus pour backpackers, des auberges de jeunesse, des petites épiceries où l'on vend des trucs que personne d'autre que les touristes n'utilisent (pelliculues photo, piles, lingettes...). Il y a même des touristes allemands, evidemment, qui se sont aspergés d'insecticide à la citronnelle en plein milieu du restau où on a mangé le deuxième soir. Un restau non fumeur. Ça fait tilter personne? Non? Peut-être que plutôt que de faire des lois anti fumeurs on devrait éduquer les gens... Enfin moi j'dis ça, j'dis rien... Et puis c'est à peu près la même taille que Luang Prabang, et le même principe: quelques rues, une architecture typique, et des revenus dus au tourisme, à cent pourcent ou presque. Simplement, je n'y ai pas rencontré la Phonesvan locale!

Mais le guide du tour vers les lagunes s'est montré vraiment sympa. Xavier. Quand il a fait l'appel, on était tous dans le minibus, il a appelé "A-ou-dé". J'ai dit en riant que c'était moi mais que ça se prononçait "Aude". Il a répondu que peut-être, mais qu'il ne parle pas français, qu'il parle castillan et en castillan ça se prononce a-ou-dé. Alors je lui très posément que je comprends, aucun problème, et comme de la même façon je ne sais parler que le Français, je vais l'appeler gzabié tout le long du parcours. Il m'a regardée, a eu un petit sourire en coin, a essayé de prononcer mon nom une ou deux fois sans succès et passera le reste du voyage à m'appeler "amiga", ce qui me convient parfaitement. Comme j'ai des grandes jambes, il m'a assise à l'avant, à côté de lui. Alors j'ai un point de vue parfait pour faire des photos à partir de la voiture. Un espagnol - avec un appareil photo tellement gros qu'on en vient à se demander s'il n'a pas quelque chose à compenser - me jalouse la place, essaye de me la piquer après un arrêt dans une clairière mais sans que je ne dise rien Xavier intervient et dit qu'à l'avant c'est son amiga et personne d'autre, parce que c'est la plus grande. Et il a bien raison! Pour une fois qu'il y a une justice pour les grands, je bénis Xavier. On discute souvent. Apparemment il trouve que je lui pose les bonnes questions, parce qu'à chaque fois que je demande quelque chose, il arrête le musique le temps de sa réponse pour que tout le monde entende. Quand à son tour il pose des colles (genre, c'est quoi les tropiques, au juste?) et que personne ne répond, il me pointe du doigt, persuadé que je sais la réponse mais que je n'ose pas prendre la parole à cause de mon castillan bof bof. "amiga, sabes?"

A un moment donné, la route fait un effet d'optique. Je vais essayer de l'expliquer simplement. La route monte de façon très raide, et les courbes du sol sont très irrégulières, courbes, justement. Alors quand à un moment donné la route devient beaucoup moins abrupte, l'oeil a l'impression qu'elle descend. Xavier arrête la voiture en haut de cette côte (et nous avons tous l'impression d'être en bas d'une descente en fait, vous me suivez?) Il lâche tous les freins et laisse la voiture aller dans le sens qu'elle veut, et oh miracle! Elle remonte la pente qu'on vient de descendre (en réalité, elle descend juste la côte bien moins abrupte que les autres que l'on vient de grimper!). Xavier nous demande notre avis sur la question: force électro magnétique? vents violents? effet d'optique? Je sors un niveau et le pose sur la route et j'ai ma réponse, c'est bien un effet d'optique. Xavier rit aux éclats! C'est un niveau? Qu'est-ce que tu fabriques avec un niveau? Je hausse les épaules en souriant, incapable de dire en espagnol que de toute façon c'était inclus sur la boussole, parce que je ne sais pas dire boussole. Alors il me demande ce que j'étudie. Je réponds que je n'étudie rien, que je ne suis pas étudiante. Il insiste, "mais alors c'est quoi ton métier". Mon coeur hurle, mais il faut bien se rendre à l'évidence, à l'heure qu'il est, ce qui ressemble le plus à mon métier, c'est barmaid. J'ai de plus en plus l'impression de mentir, tout simplement, quand je réponds ça, mais enfin c'est bien plus proche de la vérité que quoi que ce soit d'autre. Alors je réponds "barmaid". Il soupire, regarde droit devant lui, et me dit très sérieusement, sur le même ton que l'aurait dit mon père "C'est du gâchis, amiga. Tu vaux beaucoup mieux". Gloups. Une grosse boule se forme dans ma gorge et les larmes me montent aux yeux, et je n'ai rien à répondre. C'est pas tous les jours qu'on me dit que je vaux mieux que ça. C'est pas tous les jours qu'on le pense, non plus. Pour être honnête je ne crois pas qu'on me l'ait déjà dit, en dehors de ma famille (et encore). Je visualise un instant l'étendue des gens qui me connaissent et qui n'ont jamais eu le début de l'impression que je valais mieux que ça. Je visualise un instant la quantité de mecs avec qui j'ai baisé et qui n'avaient aucune idée que c'était moi, moi, moi, et pas juste la barmaid du Bateau Ivre, qu'ils avaient dans leur lit. (Hein, bande de connards?) Je m'en fous si ça semble prétentieux. Après toutes ces années d'échecs sur à peu près tous les plans, après toutes ces années de non-estime de soi, ça fait du bien de s'entendre dire par un inconnu, à défaut des amis, que je vaux mieux que ça.

Au désert de sel (pas celui d'Uyuni, hein, celui de San Pedro, au Chili), Xavier nous dit "regardez bien, regardez bien, imprimez ça dans votre esprit, ça servira pour plus tard". Puis on va visiter deux lacs salés, à 4900 mètres d'altitude, si je me souviens bien (je suis très légèrement ivre, à cette hauteur, et sans alcool). Les deux ont les contours tout blancs. Ça signifie, nous explique Xavier, que dans quelque temps ces lacs seront eux aussi de petits déserts de sel, ça a déjà commencé. C'est le réchauffement de la planète, tout simplement, comme d'habitude! Le processus de désertification n'a jamais éte aussi rapide, nous explique le guide! Je m'en veux un peu, je suis, après tout, du côté des coupables, non? Quatre-mille neuf-cents mètres... J'essaye de m'imaginer au bord d'un précipice avec la mer en bas, mais je n'y arrive pas. Presque à cinq kilomètres au dessus de la mer... Je vous jure que ça fait tout drôle. Surtout que j'ai toujours imaginé qu'à de telles hauteurs, on est forcément dans des paysages de l'enfer hivernal, avec pas de vie, des tourbillons de neige, un ciel de béton, et éventuellement quelques sapins centenaires et noirs... Là, des collines, quelques montagnes autour, dont le Lincancabur, LE volcan vénéré par les Incas (il fallait que je le mentionne, rien que pour le nom!), mais pas des masses de neiges éternelles (tiens donc!), du ciel bleu (et pourtant, dans l'hemisphère Sud, c'est plutôt l'hiver) et plein d'animaux: des oiseaux, des renards... D'ailleurs, l'espagnol qui voulait faire de jolies photos du renard, plutôt que d'utiliser son zoom (suggestif), a filé à bouffer au renard pour qu'il s'approche. Le con! On ne nourrit pas les animaux sauvages, non? Xavier est au bord de la crise d'épilespie...

Pour finir, il nous emmène sur un chemin tracé par les Incas. En fait, cet empire immense était relié par la bien connue "route des Incas", "Inca Trail" pour les anglophones. Mais à en croire la mode et les guides de voyage, c'est en fait un chemin de backpackers et ça n'a jamais existé qu'au Pérou, et d'ailleurs tout le monde va au Pérou pour ça. Ou pour le Machu Picchu. Mon ami l'éminent sociologue Franck P. me racontait très récemment qu'il avait vu comment ça se passait: les touristes débarquent avec leurs chaussures antitranspirantes ultra ergonomiques en gore-tex et leurs vêtements de sports designés spécialement pour ça, et font la grande randonnée de l'Inca Trail en quelques jours. Derrière eux, les Péruviens employés par les compagnies de tourisme portent les sacs des voyageurs, en tongs et en t-shirt, et font exactement le même chemin. Non. La route des Incas s'étendait dans tout l'empire. On raconte que les messagers devaient être capables de courir quarante kilomètres sans s'arrêter (cent tours de stade) et de le faire plusieurs fois par jour... Bref, nous sommes donc sur la partie chilienne de cette route, mais pas à n'importe quel endroit: très exactement sur la ligne du tropique du Capricorne. Xavier se met très exactement à cet endroit et dit "le 21 (ou 22?) décembre à cet endroit-là, à midi, je ne produis pas d'ombre. Alors les uns et les autres vont se faire photographier à cet endroit-là. Ça me rappelle "le centre du monde" à Beijing!

Au retour, je suis plutôt silencieuse. L'altitude m'a fatiguée, et la réflexion de Xavier me fait cogiter. Pour la première fois depuis le Laos je sors mon journal et je ressens le besoin d'écrire pour moi. J'ai hâte de me retrouver à La Paz pour retranscrire ma troisième nouvelle sous Word, et j'ai hâte de rentrer en France pour peaufiner tout ça! Je décide qu'il est temps de prendre mon billet de retour. New York-Paris, au moment de Noel, si l'on réserve au mois de septembre, donc, c'est 500 euros... Je fouille dans les capitales européennes un peu moins sexy, et je tombe sur Belfast. 163 euros, New York-Belfast! Et puis hop, un petit easyjet à 30 euros, emballé c'est pesé, l'ère des économies a commencé. Et cette nuit-là, je rêve de la BNF.

Par Aude
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Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /Sep /2008 01:52
En remontant de Puerto Montt, je suis brièvement passée par Santiago, et je suis retournée à la Bibliothèque. Il y avait une super jolie expo photo, mais surtout cette odeur si particulière des vieux bouquins, du vieux papier et du bois ciré. Exactement la même odeur que chez mes grands parents. Et le parquet fait le même bruit, aussi... le parquet anti-sorties-nocturnes-ni-vu-ni-connu. L'escalier ne craquait pas, étrangement. Une fois qu'on avait atteint l'escalier, on était à l'abri du bruit. 
Je m'en vais donc le coeur léger à Valparaiso. Il y a des bus toutes les vingt minutes, donc pour une fois j'ai plein de place pour moi. Valparaiso... Ca fait rêver, non, c'est pas un nom extraordinaire? La première fois que j'ai lu ce nom, sur du papier, j'ai eu envie d'y aller. Je me souviens très bien. C'était en 1999. Je ne savais pas encore ce qui se cachait derrière les inrocks (j'avais 14 ans, je vous demande pardon), et je m'étais dit, tiens, il y a donc d'autres journeaux que Rock'n'Folk qui traitent du rock. Et j'avais acheté le numéro en question. A la rubrique livre, on faisait l'éloge dithyrambique d'un écrivain, Don Delillo, dont je n'avais abslument jamais entendu parler, et que l'on classait, si je me souviens bien, parmi les meilleurs écrivains du vingtième siècle (qui est, je vous rappelle, le siècle de James Joyce et d'Albert Camus, entre tant d'autres). Pour la petite histoire, je n'ai plus jamais acheté les Inrocks depuis. Bref. Le bouquin de Delillo qui venait de sortir s'intitulait "Valparaiso". J'ai découvert en lisant l'article que c'était le nom d'une charmante ville au Chili. J'ai cru un instant que c'était le nom d'une danse, pour être honnête... une mixture entre la valse, le paso doble et le flamenco, sans doute. Oui, un genre de valse plus dynamique et plus sensuelle. J'avais déjà vaguement parlé de cette attirance que j'avais pour les noms des lieux avant les lieux eux-mêmes dans mon texte sur Auckland. J'avais fait mention de Samarkand. Pour la petite histoire, je ne suis jamais allée à Samarkand, mais j'ai lu le livre, alors que je suis allée à Valparaiso, et que finalement, vexée que l'on ait rangé parmi "les meilleurs écrivains du vingtième siècle" quelqu'un que je ne connaissais pas (j'avais quatorze ans, je vous rappelle), et qui n'était même pas Français (je plaisante... à force vous allez vraiment croire que je suis la dernière des chauvines), je n'ai pas lu le bouquin éponyme. Ceci dit, pour la petite histoire, j'ai quand même lu du Don Delillo à l'occasion, et c'est pas mal, finalement, mais pas de quoi en déféquer une pendule, et pas de comparaison à faire avec les monstres sacrés du vingtième siècle (la blague!). Don Delillo a sans doute plein d'histoires à raconter, mais il n'a pas d'histoire à écrire. Je me comprends. Et puis vraiment, titrer un livre "Valparaiso", c'est trop facile. 
Valparaiso, donc. Je jubile d'avance, pendant l'heure et demie de trajet. J'ai comme une boule au ventre - la peur de vivre la même déception qu'à Auckland. J'ai appris, au cours de mon voyage, à ne pas trop me fier aux avis extérieurs. Ou plutôt à m'en méfier. On m'a dit du bien de Valparaiso, à droite à gauche. J'aime mieux ne pas trop y penser. Pour la petite histoire, on m'a dit à peu près autant de bien de Viña Del Mar, et Viña Del Mar, c'est sans intérêt... la plage, éventuellement, si toutefois on considère que la plage a un quelconque intérêt (ouuuh l'hypocrite!). 
A ce stade du texte, où j'ai parlé de tout sauf de Valparaiso, et c'est pas faute de l'avoir nommée (oui, Valparaiso est une fille, avec des couleurs et des formes), je me demande ce qu'il faut que je fasse, et ce en toute sincérité. Je m'explique: Valparaiso, je n'ai jamais rien vu de tel. Jamais vu une ville avec autant de personnalité, et c'est pas loin d'être l'endroit que j'ai préféré de mon voyage. Je brûle d'envie de vous la raconter, donc. Mais ma raison secoue sous mon nez deux objections qui me semblent pertinentes. D'une part, même en m'appliquant autant que possible et en passant le nuit sur ce texte, mes mots seraient bien trop creux pour décrire Valparaiso; même si la description que j'en fais est belle, elle sera pâlotte et de toute façon loin, loin de la réalité. D'autre part, j'aurais détesté qu'on me raconte Valparaiso avant que je ne la découvre... vous n'auriez pas aimé savoir la fin de Citizen Kane avant de voir le film, n'est-ce pas? Bien. Rosebud.
Alors, qu'est-ce que je fais, moi? 
Bon. J'ai réfléchi cinq minutes, tant pis pour vous, je vous dirai tout. Quand le bus s'est rapproché de Valparaiso et que je la voyais au loin, mon coeur s'est mis à battre. Quand il est entré dans la ville, je me suis collé le nez à la vitre, comme un enfant, et j'avais hâte qu'il me dépose enfin. Je récupère mon sac en cinq cinq, j'évite les vendeurs de glace et les gens qui proposent des auberges de jeunesse (je sais déjà où je veux aller, et pour la petite histoire, je m'en mordrai les doigts), et je sors du terminal de bus. Un jeune clodo me dit bonjour, tranquille, je réponds bonjour, et là dessus trois chauffeurs de taxi me sautent dessus. J'ai bien regardé la carte, Valparaiso, c'est pas très grand, je marcherai. Je leur dis non non merci, je vais marcher. Eh ben faut savoir que les taxis, ça leur plait pas du tout du tout, qu'on leur dise qu'on préfère marcher! ils sont à deux doigts de m'insulter. C'est dommage, je comptais justement leur demander mon chemin. Alors je me rabats sur le clodo: "comment on va au cerro conception?" Il me répond que le mieux (je suis un chouilla chargée), c'est de prendre un bus sur l'avenue Pedro Montt (juste là, à cinq mètres, 250 pesos), et puis l'Ascenseur Conception. Aude, cinq ans, jubile à l'idée d'avoir à prendre l'ascenseur en ville. Je demande au chauffeur de me prévenir quand on arrive au fameux ascenseur, pas de problème. Mais avec la foule, je me retrouve tout au fond du bus. J'ai mes deux sacs sur le dos, je suis debout et trop grande pour le bus donc courbée en deux, ça bringueballe de partout, mais je m'en tape: je regarde par la fenêtre et un sourire con reste figé sur ma tronche béate. Tout me semble beau, nouveau, indescriptible. Des couleurs, du mouvement, des sourires, du bonheur. Quand ma boussole interne me dit qu'on approche sans doute du fameux ascenseur, je m'arrange pour voir le conducteur dans le rétroviseur. Bien joué: à un moment donné il me regarde et articule "la-pro-xi-ma". Je fais OUI OUI de la tête pour qu'il voie bien que j'ai compris. Et je descends donc au prochain arrêt. Le chauffeur ne démarre pas tout de suite, il me fait signe de traverser devant le bus, de traverser l'autre rue aussi et que l'ascenseur sera de l'autre côté. Je suis ses conseils, paye 250 pesos à la dame, et me voilà dans l'ascenseur, qui grimpe une colline très raide que je suis drôlement contente de ne pas avoir eu à monter à pieds. Je trouve tout de suite l'auberge que je cherchais, ils ont de la place, parfait. Je réserve trois nuits direct, pose mon bardas et descends faire un tour. 
En haut de la colline, comme en haut de toutes les autres collines de Valparaiso, il fait calme comme à la campagne. Et l'on n'entend même pas au loin les bruits du centre ville. Le décalage entre les ambiances, à si courte distance, semble magique. Mais à ce stade, il me faut expliquer un peu la géographie de la ville. Valparaiso, c'est sept collines très abruptes, en arc de cercle sur le Pacifique. Autant vous dire qu'avec autant de relief, les rues serpentent dans tous les sens. Il faut un sens de l'orientation en trois dimensions, pour s'y retrouver. Mais le dédale est plein de charme: des tonnes de petites maisons aux architectures variées, et des couleurs, des couleurs, des couleurs. C'est très exactement un joli bordel. Et les ascenseurs pour les feignants comme moi, non seulement c'est atypique et charmant, mais du point de vue de mes cinq ans d'âge mental, donc, c'est extrêmement ludique. Le soir, je me retrouve à discuter avec Anouk, une voyageuse du Québec, Mauricio, un peintre discret et gentil (chose inattendue, non?), et Patricio, le patron de l'auberge, un vrai gros con. Mais le vrai gros con a le mérite de répondre à ma question: comment se fait-il que les Chiliens soient un tout petit peu moins casse couille avec les filles que les Argentins? Passée la fierté nationale que l'on illustrerait en France par un splendide cocorico (les Chiliens sont très respectueux des femmes, c'est notre éducation, notre président est une femme...), il m'explique qu'en Argentine, il y a une moyenne de sept hommes pour une femme, tandis qu'au Chili, il y a cinq femmes pour trois hommes... Autant dire que les Argentins sont vachement plus en chien que les Chiliens. Ce que j'aime bien avec les Québécois, c'est en règle générale ils sont complètement en paix avec le Docteur Freud. Je ne sais pas d'où ça leur vient, mais ils n'hésitent pas à trouver dans l'agressivité de quelqu'un (en l'occurrence le patron de l'auberge) une raison inconsciente qu'ils expliquent par un étrange comportement constaté quelques minutes auparavant (ici: le patron avait été très insistant sur le fait qu'il était marié et heureux, et vraiment, vraiment heureux. Heureux hein, j'insiste. Jamais je tromperai ma femme. Jamais. Jamais jamais jamais. Jamais. Et d'ailleurs je l'ai jamais trompée, pas vrai Mauricio?!). J'ai donc malgré tout passé une bonne fin de soirée à écouter Anouk faire l'analyse du patron de l'auberge qui m'était tombé dessus à bras raccourcis quand j'avais dit que le tourisme sexuel était de l'esclavagisme... lui il disait que la prostitution c'était très bien, c'était l'histoire de l'humanité. Il n'a pas du tout apprécié quand je lui ai demandé s'il considérait donc qu'il y avait des putes parmi ses ancêtres. Bref. Ma mission, Jim, si je l'accepte désormais, c'est d'éviter autant que possible de croiser le patron de l'auberge (qui m'avait demandé de payer d'avance, le malin!). Manque de bol, deux italiens alcooliques font leur apparition dans l'auberge, extrêmement cons et évidemment, comme à peu près tous les mecs dont on repousse les avances, rapidement agressifs eux aussi. Remarque c'est très bien cette ambiance de merde dans l'auberge: je passe le plus clair de mon temps à me balader dans Valparaiso, et j'essaye tous les ascenseurs, et je fais quelques jolies photos. En même temps ce n'est pas très compliqué: tout est déjà prêt à être photographié, et j'ai beau temps en plus. Sur tous les murs il y a des tags. Mais des jolis tags, vraiment. Ça change de l'arrivée en gare Saint Lazare, j'vou'l'dis, moué!

Je passe aussi pas mal de temps dans un café relativement calme à écrire ma troisième nouvelle. Je me dis que si un jour j'ai de l'agent, j'achèterai une maison à Valparaiso. C'est déjà plein de Français paraît-il, mais je m'en tape. Et puis ça prouve qu'il y a tout de même des Français qui ont du goût.

Je me baladais du côté de la gare quand je tombe sur un petit monsieur qui me dit bonjour. Il balayait le pas de sa porte. Il s'appelle Humberto, a quatre-vingt dix ans, et un alzeihmer qui commence à prendre de la place. Il décide que j'ai besoin de sa compagnie parce que sinon, je risque de me perdre. En gros, je passe la fin de l'après midi à répondre cinquante fois aux mêmes questions, en faisant à chaque fois comme si c'était la première fois qu'il me les posait, et à marcher à deux à l'heure à côté de lui. A chaque fois qu'il y avait une marche il me disait de faire bien attention et me prenait par le bras pour ne pas que je tombe, et donc je l'empêchais de tomber. A la fin, il a vraiment fallu que je trouve une excuse bidon pour le raccompagner chez lui... j'ai prétexté une grosse fatigue et une envie de rentrer en bus pour ne pas qu'il me raccompagne jusqu'à ma porte. Ça m'aurait pris environ deux heures au lieu de vingt minutes (sans exagérer). Mais j'ai passé un bon moment. On a bu du jus de chilimoya. J'ai trouvé ça dégueu, mais Humberto avait l'air tellement fier de son fruit Chilien que j'ai dit "hum... c'est bon!" et je riais intérieurement, et je demandais de l'eau "parce que c'est quand même très sucré" (pour passer le gout). Et puis bon il était gentil, il a voulu prendre une photo de moi, et comme il a la tremblotte j'ai un peu la gueule coupée en deux, mais c'est une photo sympa... Il m'a donné sa carte pour que j'écrive dessus le nom du fruit, et "la date, la date, et le nom du café, pour te souvenir!" J'ai trouvé ça un tout petit peu triste, cette urgence qu'il a ressentie à voir ce moment résumé sur un bout de papier - qui sera très bientôt perdu de toute façon - par quelques chiffres et quelques mots, pour que je me souvienne. Lui, avec sa maladie, lira ces chiffres et ces mots et imaginera comme dans un film sa journée avec une Française, parce qu'il ne peut plus se souvenir.

Je rentre à l'auberge contente tout de même, et je tombe sur une néerlandaise. Elle a l'air plutôt sympa, on décide d'aller manger un truc ensemble. C'est la dernière fois que je vais bouffer avec quelqu'un que je connais pas. Elle parle un anglais plutôt correct, mais comme beaucoup de gens elle est persuadée qu'il faut hurler pour avoir l'air de le parler couramment. Moi qui étais relativement incognito et discrète jusqu'alors je me retrouve avec cette espèce de broyeuse d'espace qu me pète les tympans. Et si encore il n'y avait que la forme... le fond est pire! Pendant le repas, elle n'a pas arrêté de se plaindre que ni les Chiliens ni les Argentins ne la comprennent quand elle leur parle le portugais brésilien. "C'est normal, non, c'est pas leur langue" "Oui mais c'est très proche, s'ils faisaient un effort"... Et si tu faisais un effort pour parler LEUR langue, connasse? Elle voyage depuis six mois en Amerique latine, dont cinq mois au Brésil, et encore une fois le phénomène d'Halong se produit: l'endroit qu'elle a préféré, et de loin, c'est Mendoza! Pouah! Ville de merde! Bref. A la fin du repas, je lui signale que je n'ai plus de monnaie pour le pourboire, et elle répond, comme si de rien n'était: "c'est pas grave, t'as qu'à pas en laisser". Bien. Je réponds que pour avoir fait ce métier-là, je "tip" systématiquement (à moins bien sûr que le service soit pourrave), d'autant plus dans un pays comme le Chili oû les serveuses gagnent en gros sept fois moins que ce que moi je gagnais à Paris. Elle répond "Ben oui, mais si t'as plus de monnaie..." Bien. D'accord. Pas grave. La serveuse me fait un grand sourire quand on s'en va, apparemment elle a entendu la conversation, et ça a l'air de la faire rire plus qu'autre chose. Une fois dans la rue, on remonte à pince jusqu'en haut de la colline (erf... erf...) parce que l'ascenseur est fermé. On croise, evidemment, comme partout sur ce continent (du moins de ce que j'en ai vu), des chiens errants. Elle dit que ça la dégoûte, que pas plus tard que ce midi elle a vu un mec donner du pain à un chien errant et que c'est débile: il va forcément revenir quémander, du coup, le clebs. Alors je demande en quoi ça la gêne. Elle répond la même chose (le chien va revenir quémander). Je réponds oui, et donc? Tu préfèrerais qu'on les laisse crever? Elle ne répond pas "non", elle répond juste en riant "en fait je crois que j'aime pas les chiens errants". Je réponds que j'aime bien les chiens errants, qu'ils ne me dérangent pas, que j'aime bien ceux qui leurs donnent un peu à bouffer de temps en temps, et qu'en revanche, ceux qui me dérangent, ce sont les gens qui abandonnent les chiens et les gens qui se plaignent des chiens errants pour des raisons obscures et douteuses. Nous avons donc cessé toute communication à partir de ce moment. Quel soulagement!

C'était mon dernier soir à Valparaiso... Une réussite, ma foi! Le lendemain matin je me tâte, je pense à rester une nuit de plus éventuellement. Comme il fait froid dans la salle du petit déj, je sors boire mon thé au soleil. Une bande de jeunes cons passe à côté de moi et l'un d'eux ose dire "Hou... Sexy Girl". Je réponds en Français "fils de pute". Ça m'énerve qu'on s'adresse à moi en anglais, mais alors d'une force! Et en plus, si c'est pour jouer au crétin macho, merci bien. Ma décision est prise, je me casse, et j'accélère le rythme: pressée de me casser de ce continent de merde - ce sont très précisément les mots que j'ai à l'esprit ce matin-là. Maintenant je sais que le continent n'y est pour rien. Le continent est plutôt extrêmement beau d'ailleurs. C'est juste les gens (les mecs!!!) qui sont des cons. Des vrais gros cons. Élevés dans la supériorité de l'homme sur la femme avec des contradictions que repèrerait n'importe qui... tu réagirais comment, petit merdeux fini au pipi par ton connard de père, si on disait à ta soeur, un matin dans la rue "houu, sexy girl"? Voilà.

Je m'en vais de Valparaiso un peu triste, et en fait finalement j'achèterai pas une baraque là bas. Il est hors de question que mes nièces aillent passer des vacances dans ces contrées de petits machos de merde. Et mes neveux non plus, ça pourrait être contagieux. À l'heure où j'écris ces lignes, je suis en Bolivie. Ce matin j'ai voulu aller retirer du cash à la banque, le guichetier m'a sifflée quand je suis rentrée. Alors j'ai changé de banque. Alors je suis dans un état à peu près identique. Plus le temps passe, plus j'ai envie de foutre des beignes. Foutre des beignes bien plus que de me casser, juste pour les éduquer. Mais je peux pas et ça me ronge. Alors je me dépêche. Par moments j'arrive à faire abstraction. A être loin comme ça, vous devez vous dire que je fais ma chochotte à me plaindre pour des sifflets. Les plus cons d'entre vous diront que je devrais être flattée... Au quotidien, ça se transforme en: je m'habille le pire possible, je m'attache les cheveux très serrés, je regarde par terre, quand je vois un groupe de mecs, je fais un détour pour les éviter. Ça fait bientôt neuf mois que je voyage et il n'y a vraiment qu'en Allemagne et en Nouvelle Zélande qu'on m'a foutu la paix (trente-cinq jours). Alors si ça choque vos oreilles politiquement correctes que je dise que c'est un continent de merde, je vous le dis comme je le pense: allez vous faire foutre.

Arrivée à San Pedro de Atacama, j'ai réservé en ligne mon billet de retour, pour la petite histoire.
Par Aude
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Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /Sep /2008 17:43
Le titre et pluriel parce qu'il ne faut pas faire de jaloux. Pour Saint Exupéry, c'est Punta Arena, au Chili (cf Terre des Hommes). Mais à l'époque (les années trente), peut-être que Puerto Williams n'existait pas... A l'heure qu'il est, les Argentins scandent que c'est Ushuaïa, où j'ai passé quelques jours, et les Chiliens hurlent que c'est Puerto Williams. Purement géographiquement, les Chiliens ont raison. Ceci dit, j'ai vu Puerto Williams du bateau (je vous raconterai), ça a plus l'air d'un lotissement moche que d'une ville...
Tout ça pour dire que je suis très contente d'avoir choisi Ushuaïa aux dépens de Puerto Williams. Ushuaïa est un joli bordel qui se jette dans la mer, ou plutôt dans le Canal de Beagle (qu'il est con ce Plutôt!) Un ville très très raide, qui s'est construite en suivant un tracé de rues assez régulier, mais pour le reste, de façon totalement anarchique: aucune cohérence dans le paysage urbain, dans les matériaux utilisés, des fils électriques dans tous les sens, un bitume déposé au petit bonheur la chance... Bref, du charme de l'ordre du déglingué, et de l'urbanisation à outrance. Je ne serais pas étonnée qu'un de ces quatre on annonce un glissement de terrain à Ushuaïa... 
Le problème d'Ushuaïa, c'est que c'est une ville à visiter l'hiver (comme tous les pays froids, à mon sens), mais que l'hiver, il y a pas mal d'Argentins qui viennent skier. Et le problème de l'Argentine, c'est définitivement les Argentins! Je me retrouve donc dans une auberge de jeunesse pour les amoureux de la glisse, baptisée du nom fleuri de "Freestyle backpackers"... Un nom qui fait rêver, n'est-ce pas? Le Lonely Planet m'avait promis un petit déjeuner inclus, et je n'ai pas été déçue! Le meilleur petit déj d'auberge que j'ai mangé jusqu'alors: du chocolat chaud ET du thé ET du café ET du jus d'orange. On peut prendre de tout et tout est à volonté: les petites viennoiseries, le pain, les confitures, le beurre, les croissants, la confiture de lait (dulce de leche)... et les frosties. Ca fait de belles économies: en se réveillant suffisamment tard, ça permet de sauter le déjeuner sans même y penser. Et je m'arrange pour toujours me lever vers dix heures pour éviter de croiser les trois mecs de mon dortoir. Mon dernier soir, l'inévitable se produit: je tombe sur mon voisin du dessus (c'est-à-dire le mec qui dort dans le lit au dessus du mien), il engage la conversation, d'où je viens, tout ça tout ça. Il me pose quelques questions sur la France et sur mon voyage. A un moment donné il me demande comment sont les baisers en France. Je lui fais répéter plusieurs fois, pas certaine d'avoir bien compris, mais il s'agit bien de ça. A ce moment-là, je précise, je suis dans mon pyjama bleu, avec rien en dessous, et je suis en train de faire mon sac. Alors je décide de faire l'oeuf: "ben ça dépend des régions: dans certaines régions, pour se dire bonjour, on se fait un seul bisous (région de Poitiers par exemple), dans les milieux plutôt friqués, il arrive qu'on s'en fasse quatre, mais la plupart du temps c'est trois. A Paris, en règle générale, c'est deux." Il a l'air un peu déçu par ma réponse, alors il insiste et me demande si j'ai déjà essayé le baiser argentin. Je réponds oui, j'ai déjà fait la bise à des Argentins pour leur dire bonjour. Toujours pas satisfait, il y va franco, demande si j'ai essayé le vrai baiser. Alors je change complètement d'expression, je prends mon air dédaigneux et méchant, et je réponds que je voyage pas pour ça, je suis pas comme ça, s'il a envie de se taper de la blonde, il a toutes les anglaises à dispo, moi j'ai juste envie qu'on me foute la paix." Tout ça sans m'énerver ni élever la voix, pour surtout éviter qu'il me trouve "charmante quand je m'énerve". Parce que vous savez que ce n'est pas le cas: quand je m'énerve, pour de vrai, je frappe. Fort. Pas très content de ma réponse, il sort de la chambre. Il est sans doute allé réfléchir à sa prochaine attaque qui s'avérera, vous allez voir, vraiment très ingénieuse. Il revient cinq minutes plus tard, je suis dans mon lit en train de lire Terry Pratchett (dans ces cas là faut pas m'emmerder), il se penche au-dessus de moi pour être certain que je ne puisse pas l'ignorer, et me dit que je ne veux pas essayer le baiser Argentin parce que j'ai peur de le préférer au baiser Français. Je décide de me lâcher un peu, et je dis que les Argentins, c'est les mecs les plus cons que j'ai rencontrés, dans mon long voyage, et de loin, et que pour rien au monde je n'essayerai leurs baisers, jamais je ne tomberai aussi bas. Ce serait sale. Il rit comme un con et lance alors sa dernière attaque. Gestes à l'appui, il me montre comment les Argentins se font la bise: un sur la joue droite, un sur la joue gauche, un sur la bouche. "Un, Dos, Tres", dit-il en accompagnant le geste de son index sur son visage. Et il m'explique ça en plusieurs fois, à peu près quinze fois il fait ce geste et pose son index sur ses lèvres, et une terrible envie de lui envoyer mon talon dans les couilles me prend, parce qu'il est juste au-dessus de moi et qu'il ne me laisse pas respirer. Alors je lui dis, "ouais, ça m'étonne pas. Toujours été persuadée que ton père t'embrassait sur la bouche pour te dire bonjour. Es escrito en tu cara! Now, fuck off!" (il ne parlait pas anglais, mais c'est international, tout le monde comprend). Il dit, choqué, non, c'est que avec les filles. Je réponds que si les Argentines font la bise comme ça c'est leur problème, mais moi je suis pas une pute. Je suis un peu allée loin, mais il aura fallu ça pour qu'il me foute la paix. J'apprendrai plus tard que les Argentines disent systématiquement non aux mecs de prime abord, pour dire oui après,  et que c'est pour ça qu'ils sont si insistants. Quelles connes! Quel pays de cons. Ce sont en tous cas les pensées qui m'habitaient quand je suis partie d'Argentine, soulagée. Enfin!

Je dois reconnaître que j'ai bien aimé Ushuaïa. J'ai fait un tour en bateau jusqu'au "Faro del fin del mundo", le phare du bout du monde, et vraiment, je m'y sentais, au bout du monde, surtout quand le mec a dit dans le micro: "là, de l'autre côté, c'est L'Antarctique". On a vu des phoques, des cormorans, et un instant je me suis sentie très conne, face à ces phoques: ils passent leur vie entière sur ce bout de caillou du Canal de Beagle, et ils s'en foutent. Ils s'en foutent d'avoir un ascenseur. Ils s'en foutent de la météo. Ils s'en foutent de publier un recueil de nouvelles sur le Myanmar... Je peux pas dire que je les envie. C'est simplement une réflexion que je me suis faite à les regarder tous, là, comme des cons, les jeunes cons qui se chamaillent par principe et les vieux cons qui font la loi, sur le bout de caillou. C'est pas si différent finalement. Je décide aussi d'aller faire une grande ballade à cheval dans les montagnes autour. Ce sera un moment fabuleux. Généralement près de l'océan, il n'y a pas beaucoup de neige, pas vrai? Ben là, à Ushuaïa, c'est une espèce de baie formée par des montagnes! Blanches. Pleines de neige. La neige et la mer. Il fait suffisamment froid pour que la neige tienne malgré l'océan. Ca donne des paysages fabuleux. Je n'ai pas énormément de belles photos parce que le cheval, ça bouge, mais vous verrez. Il y en a deux ou trois qui ont tout simplement l'air truquées. J'ai aussi fait de très jolies photos à Puerto Natales, une jolie petite ville tranquille de l'extrême sud. C'est là que les touristes qui ont du blé à claquer prennent le bateau qui remonte jusqu'à Puerto Montt. Moi je décide de prendre le bus, de toute façon je n'ai pas vraiment le choix: ni les moyens (c'est con j'aime bien le bateau, et c'est bon de faire la touriste de temps à autre), ni le temps d'attendre le prochain départ (dans huit jours). Seulement, le bus à cette saison c'est un peu rock'n'roll. Il n'y a pas de bus qui part de Puerto Natales vers le nord, il aurait fallu retourner à Punta Arena (où j'avais pas voulu m'arrêter parce que j'avais trouvé ça moche, carré, gris, pas accueillant) et j'avais pas envie, donc. Il a fallu que je prenne un bus aux aurores, qui m'a lâché en plein milieu de nulle part. Le lieu-dit était censé s'appeler Chorillo Las Latas, mais apparemment, ce lieu-dit, c'est juste un abribus. Et là, j'ai attendu le bus pour Puerto Montt. Une demi heure. Avec moi, une Chilienne de 19 ans, Jessica, morte de trouille parce que c'est la première fois qu'elle voyage seule, me dit-elle. Ca me fait tout drôle d'être plus à l'aise qu'elle, dans son propre pays. C'est très très bizarre. Le trajet en bus se passe bien: trente six heures à côté d'une vieille dame obèse qui sentait pas bon, des paysages splendides traversés, des lacs et des forêts, et j'arrive à Puerto Montt, même pas au milieu du Chili. Encore dans la partie sud. Je découvre une ville sans grand intérêt, à part être le carrefour pour visiter tous les jolis coins alentours. J'avais prévu plusieurs destinations dans le région, mais il fait un vrai temps de chiotte, de la pluie du genre qui dure un mois. Et ça fait un bout de temps que je suis sous la pluie, ça commence à bien faire. Je décide de remonter sur Santiago, où je retrouve mon Wee (vraiment très très wee) Free Man, et où je grimpe dans un bus pour Valparaiso. Dans le prochain texte, ma vie changera.
Par Aude
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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /Sep /2008 22:28
Communiqué: Vous avez tous bien entendu pris connaissance des deux derniers textes (les seuls récents) de mon autre blog, http://asherette.over-blog.com. Vous avez tous bien évidemment versé plus d'une larme à la mort de Rick Wright et de son groupe avec lui. Vous vous souvenez aussi de mon texte au sujet du Nouvel Obs, et de la censure. J'avais écrit quatre commentaires, de chacun mille mots environ, et celui où je faisais allusion à Marcel Dassaut, le célèbre producteur de "La Boum 2", n'est pas passé à travers les mailles du filet de la censure. Et j'ai donc raconté tout ça sur mon autre blog. Aujourd'hui, je suis retournée sur les réactions à cet article du Nouvel Obs, pour voir si enfin quelqu'un avait réagi à mes commentaires, eh bien non. Et j'ai pu également constater que les trois commentaires qu'ils avaient daigné publier ont mystérieusement disparu de cette fenêtre! Comme c'est étrange. En revanche, on a laissé s'exprimer généreusement tous ceux qui réclament à cor et à cri le retour de la peine de mort. Et pour peaufiner cet épilogue en cul-de-sac, on remarquera que l'émotion pasée, on ne parle plus de Valentin et les indignés, qui ont bien montré leur indignation, ont cessé de s'indigner. On remarquera également qu'aujourd'hui, si je tape "meurtre de Valentin" sur google, les résultats nous ramènent à des articles datant de la fin du mois de juillet, ou du début du mois d'août. Aurait-on décidé qu'on en a assez vu? assez entendu, ou assez dit? Qu'est devenu ce fameux "couple de marginaux"? Ou bien peut-être qu'on en parle à la télévision uniquement, et comme je ne suis pas en France... Fin du communiqué.

Après ces quelques lignes dans les hautes sphères de la réflexion sur le monde contemporain, revenons sur le plancher des vaches françaises, et tapons du teuton!

Après mes deux semaines berlinoises, je m'étais dit que vraiment, les Allemands, ils étaient top. Mon opinion a mis du temps à s'effilocher, parce que je partais toujours avec un bon a priori, quand je me trouvais face à des Allemands. Tout ça a été définitivement remis en cause au Laos, vous vous souvenez peut-être, un Allemand bovin, je ne m'étais pas attardée sur lui. Je vous raconte vite fait. Les murs super fins, en écorce de bois. Mais les clients de l'auberge sont plutôt discrets et respectueux du sommeil des autres, pour une fois. Alors peut-être que les Allemands (ils étaient deux copains en fait) ont eu l'impression d'être dans des chambres insonorisées, mais ça pêtait et rotait bruyamment (sans deconner, vraiment super bruyamment) le soir et le matin. Le soir avant de revoir Phonesvan, ils dinaient sur la grand rue, d'une pizza chère mais sans doute très bonne. Je revenais du marché de nuit où j'avais mangé de la viande non identifiée sous forme de petites brochettes. Et ma foi, c'était bon, ça ne m'a rien coûté, et la dame au visage noirci par la friture était très gentille. Ils me proposent de m'asseoir avec eux, j'hésite, et puis je m'asseois, après tout ils sont Allemands, et j'ai encore quelques bons a priori. Et ça se lance dans un discours sur l'hygiène du marché de nuit (inexistante du point de vues des normes occidentales, mais vous voyez, je suis encore vivante et j'ai pas été malade, et je ne rotois ni ne pétais toute la nuit, moi!), les régiments de mouches qui s'ébattent autour de la viande crue des étals (ou bien ma vue baisse vraiment, ou bien les Allemands sont des férus de l'hyperbole), les mains sales des vendeuses, les enfants au nez qui coule, et j'en passe.

Ceux-là, j'ai réussi à les semer dans le marché de nuit, après. Et par la suite, je me suis arrangée pour éviter les Allemands, à part connivence évidente dès le départ (une fois, en Nouvelle Zélande, à Kaikoura). Mais dans mon cours d'Espagnol à Buenos Aires, pas possible d'éviter les teutons, et ceux-là valaient leur pesant de cacahuètes. Je me suis autorisées quelques grands instants de bonheur, j'ai cassé du Hamburger. Avec joie, un peu comme les sept nains sifflotent en cassant des cailloux. (atchoum, prof, grincheux, timide, simplet, dormeur, joyeux, de tête, sans vérifier sur le net, je vous défie d'en faire autant). 

D'abord on était trois. Ou plutôt quatre. Le prof, Lucho, un petit Brésilien très rigolo, Estevan, et un Suisse-Allemand, Marius. Marius est persuadé qu'il parle couramment Français, mais son Français est loin, loin d'être aussi bon que mon allemand (qui est très basique, maladroit et saccadé). Quand il ne comprend pas un mot ou une règle grammaticale ni en Anglais (parce que le prof fait l'effort de parler parfois anglais pour Môôssieur Marius) ni en Espagnol, il m'arrive de lui expliquer en Allemand (pas parce que dans le fond j'ai envie de l'aider, juste pour qu'on passe à autre chose). Juste après un tel moment, j'étais déjà exaspérée par sa bêtise crasse, il a osé dire dans un Français de gnou "ach, zé dré choli che drouf gan oun fille ezéy (essaye, le connard!) te barlé aléman". Du tac au tac, vexée par le verbe essayer alors que son Français est à vomir, je réponds "Alors tu vois pour moi pas du tout! Le Français baragouiné avec un accent, et avec maladresse, je trouve ça pas joli du tout, et même plutôt ridicule". Et j'ai traduit en Espagnol, pour Lucho et Estevan, pour faire comme si c'était juste de la conversation, pas du tout un pétage de gueule en bonne et due forme. Ce jour-là, j'ai décidé que vraiment, j'allais aimer ces cours, pour plein de raisons. 

Marius avait la fâcheuse habitude de s'étaler, de prendre toute la place. Comme il a vu que je rigolais souvent avec Estevan, il a commencé, les cours suivants, à s'asseoir sur ma chaise, pour que nous ne soyions plus l'un à côté de l'autre. Alors un jour qu'il prenait toute la place avec ses feuilles éparpillées partout ET ses jambes allongées, et que moi je me pétais le dos pour surtout éviter tout contact physique, je lui ai demandé avec politesse s'il pouvait bouger un peu son bordel. Il m'a répondu que j'avais largement la place. Alors là ça m'a pas plu du tout. J'ai répondu sur un ton très sec une vanne extrêmement douteuse mais tellement jouissive: "Dis donc mon grand! Tu prends toute la place avec tes feuilles à la con pour faire croire que t'es un garçon sérieux alors que tu copies sur moi (véridique) depuis le début, tu prends toute la place avec tes jambes alors que tu m'arrives même pas à l'épaule, tu m'as piqué ma place pour je-ne-sais quelle raison, c'est quand, que t'as prévu d'annexer la Pologne?" A mon grand regret, il n'a pas compris la dernière allusion, mais il a compris que j'étais moyen contente, et il a un peu bougé son bordel et il s'est redressé sur son siège. Parce que oui, j'ai oublié de vous dire! Marius copiait sur moi! Des cours qu'on paye cher, tout de même, le but c'est de comprendre, non, pas d'avoir une bonne note, surtout quand il n'y en a pas, de notes! Un jour alors qu'il copiait, j'ai ri d'un rire méprisant qu'il a pris pour un rire de complicité, alors il a ri aussi. Donc j'ai décidé que ça suffisait, qu'il allait comprendre. Quand on a appris à utiliser "gustar", le prof m'a demandé si j'aimais bien Nicolas Sarkozy. J'ai pas eu le temps de répondre non, que Marius mouillait déjà son pantalon "ja! ja! me gusta nicolas Sarkozy mucho!" Je réponds en Espagnol "C'est normal, t'es Suisse". Et puis très régulièrement, Lucho nous pose des questions sur nos pays et villes d'origine. J'allais parler de Paris quand Marius qui y est allé une fois, pour deux jours, a dit qu'il trouvait que Paris était une ville très, très dangereuse" et bien entendu, j'ai répondu, je vous le donne dans le mille: "c'est normal, t'es Suisse". Justement. Le Suisse-Allemand commençait à s'essouffler, les vannes devenaient répétitives. Et puis il était très con, naïf, mais pas vraiment méchant, dans le fond.

Et là miracle. Un lundi, un Allemand pure souche débarque. Un grand con. Il faut que j'explique le grand con. Il y a deux catégories de grands mecs. Les grands, et les grands cons. Les grands sont grands, majestueux, éblouissants, puissants. Les grands cons sont des insultes à la grandeur. Ils ont de la longueur mais ne savent pas quoi en faire. On a sans cesse l'impression qu'ils vont se coincer une extrémité quelque part, qu'ils vont se casser en deux. Ils sont embarrassés d'être aussi grands, leurs gestes sont inélégants et saccadés, et la plupart du temps, ils oublient de couper leurs ongles de pieds, et ça, vraiment, c'est dégueulasse! Bref. Michael est un cadeau du ciel, une cible à vannes ambulante. Il a un grand cou de poulet, une coupe de cheveux ridicule à la Enguerran, un jean mal coupé, trop court et resséré aux chevilles (ce qui dans le cas de Michael, donne: resséré au bas du mollet), des chaussettes blanches en coton fin impeccables (je suis sûre que c'est pour compenser ses ongles de pieds), et des t-shirts, sans le moindre faux-pli, avec la trace du repassage. Je jubile. Et Michael ne me décevra pas! Ce mec est un festival. évidemment, je suis obligée de sélectionner les meilleurs moments, parce qu'il y en a tant. Mais dès le départ, il est très copain avec Marius: ils parlent Allemand et s'échangent les emails. Comme à l'école, la classe est donc divisée en plusieurs clans. sauf que le prof, qui a nos âges, prend parti pour le clan Estevan-Aude. Les deux Teutons se dépêchent tout le temps de finir les exercices et de copier ce qu'il y a au tableau et dès qu'ils ont fini jettent bruyamment leur crayon sur la table en soupirant et se renversent dans leur chaise pour signifier que vraiment ils sont très rapides (hin hin hin) et que les autres sont lents. Et peu importe si tout leur exercice est faux. Un jour, j'avais fini la première, j'ai fait pareil, mais en exagéré. C'est-à-dire leur petit menège, plus: secouer mon sac, tousser et me râcler la gorge, me dévisser la tête pour regarder par la fenêtre... Ca a bien fait marrer mon clan! 

Venons-en à l'Allemand. Vanne numéro un. Pareil que Marius, Michael est allé à Paris, une fois (deux semaines, dis donc dis donc!). On parlait de ce qui nous agaçait dans nos villes respectives. Pour Paris, j'ai eu du mal à trouver, mais au bout d'un moment j'ai dit qu'on s'emmerdait le dimanche. Rien à faire. Dans un pays qui se veut laïque... mais c'est un autre débat. Et la Michael a dit "mais si Paris, le dimanche, c'est super bien! on peut faire un pique nique!" Je l'ai regardé avec un air complètement consterné (j'étais bel et bien consternée), j'ai levé le pouce l'air de dire "super!", tout en poussant une espèce de rire bête à la François Hollande: "Euuuuh Heu!". Explosion de rire des autres, même Marius, et j'ai embrayé, pour pas qu'il se sente trop mal non plus, sur les raisons de ma consternation, en disant que oui, éventuellement au mois d'aout, il y a des chances que peut-etre un dimanche soit ensoleillé mais c'est très rare à Paris, et de toute façon l'été Paris est vide, il n'y a que des touristes, alors mon pique nique j'irais le faire toute seule, super (pouce), donc. En plus le dimanche, point de commerces ouverts, donc tu as intéret à l'avoir prévu à l'avance, ton pique nique..." etc.

Vanne numéro deux. On parlait des choses insolites qu'on a mangées les uns et les autres. Quand j'ai dit que j'avais mangé du chien mais que j'avais pas aimé, il a fait plein de mouvement nerveux avec son horrible thorax et ses horribles bras, et un visage crispé comme s'il venait de manger un truc acide. J'ai donc jugé bon, pour ne pas choquer les âmes sensibles, de préciser que ce n'était pas fait exprès. J'avais désigné la photo d'un plat qui avait l'air tout à fait normal, le mot chien était sans doute écrit quelque part mais je ne lis pas le Mandarin... Ah, d'un seul coup a allait mieux. J'ai repris la parole: "en revanche, un truc super bon, c'est le cheval!" Ca intéresse les autres, à base de "ah bon?, "et c'est préparé comment?", "et ça a quel goût?"... Je réponds aux questions du mieux que je peux, en faisant aussi allusion aux sashimis de cheval à Kawaguchiko (mmm, que rico!), et pendant toute cette conversation, qui doit durer une minute trente à peu près, Michael reprend son petit manège: thorax tordu, bras, bras, plein de bras tordus qui bougent, rictus horrible, tronche en biais, un ver de terre sous amphètes! Alors je décide de couper court et je demande, sans aucune retenue, avec l'air de vraiment le prendre pour un con, en Espagnol: "mais pourquoi réagis comme ça? pourquoi tu fais cette tete-la? (et, en prenant un air tres tres niais) parce que le cheval il est tres tres gentil?" Rires autour, mais là il a vraiment compris qu'il m'indispose. Et je lis sur son visage qu'il se sent con.

Mais le meilleur moment, le clou du spectacle, c'est la vanne numero trois, qui n'est pas une vanne. C'est-à-dire que je n'ai rien eu à faire, ni à dire, pour que le plus long fou rire de l'histoire de mes cours d'Espagnol prenne vie. On apprenait le nom des animaux. Michael a voulu savoir comment on disait un cochon. Suivez-moi bien. Lucho parlait à quelqu'un d'autre, et Michael a tout de même posé sa question, sous la forme suivante: "Como se dice" + bruits typiques du cochon (reniflements bruyants, "gron, ron, ron, gron..."), sauf que comme Lucho n'a pas tout de suite prêté attention, Michael a continué à faire le bruit du cochon pendant environ dix secondes. Et dix secondes, quand on fait le bruit du cochon, c'est une éternité. Il y eut un silence. Il y eut la voix tremblante de Lucho qui répondit "cerdo". Il y eut un autre silence, et puis des respirations saccadées. Et puis des éclats de rire discrets, nerveux, des yeux baissés et des épaules secouées pendant plusieurs minutes. Des larmes sont tombées. Et le phénomène s'est reproduit plusieurs fois jusqu'à la fin du cours. Michael nous regardait rire tous les trois, l'air bienveillant et con. Et Marius se retenait de rire, par solidarité, feignant de ne pas comprendre. C'était encore plus drôle comme ça. 

Un vendredi, Michael a dit (lire à voix haute sans rouler les r): "Jo no qiéro continouar dé aprèndère, porké jo piènso ké mi castijano éstâ souficiamènté bouéno". Michael avait décidé de ne pas revenir le lundi suivant. Et je pense en toute bonne foi que ça n'a rien à voir avec moi. Je pense qu'il croyait vraiment qu'il parlait suffisamment bien espagnol. Je dois admettre qu'en matière de ridicule, ce pauvre Marius ne lui arrivait pas à la cheville (tout comme son jean, d'ailleurs). Alors les cours étaient moins drôles, alors je me suis parfois sentie un peu nerveuse. Plus d'émerveillement devant le sens de l'humour de la Nature (Michael est la preuve vivante qu'elle est blagueuse, merci Dim), plus personne sur qui taper. Je me suis énervée sur Marius, un jour. On jouait au pendu, il ne restait qu'une lettre à trouver, c'était sûr à 100% un infinitif, mais aucun d'entre nous ne semblait se souvenir du verbe. Nous avions donc le choix entre a, e, et i. Ce con de Marius a proposé u. Mais putain! Tonto! T'as déjà vu un infinitif en ur, en espagnol? Bref. C'était plus pareil, sans Michael.

Comme quoi, les Teutons ont beau être des cons, ils sont vachement plus attachants que les Tommy!

 
Par Aude
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Mercredi 17 septembre 2008 3 17 /09 /Sep /2008 00:26
Le problème de Buenos Aires, c'est à la fois tout ce que j'y aime et tout ce que j'y déteste. En fait, à Buenos Aires, je me sens un tout petit peu chez moi. Ca a pas mal de points communs avec Paris (les connards qui te font de gentils compliments dans la rue y compris), et puis Pauline me prête son appart pendant qu'elle est en vacances en France. Justement. Je me retrouve à me sentir chez moi quelque part qui n'est pas chez moi, à vivre dans un chez-soi qui n'est pas chez moi, et à vivre un quotidien alors que je suis censée être en voyage, bref. A Buenos Aires, je suis déboussolée. Je trouve rapidement un cours d'espagnol, que je suivrai pendant trois semaines. Les cours d'espagnol seront de très bons moments. Un prof sympa, et pas beaucoup d'autres élèves (ce qui limite la probabilité des casse-couilles). Et surtout, surtout, il y a un aspect de ma personnalité qui n'a jamais changé depuis ma plus tendre enfance: j'aime voir le prof s'émerveiller devant ma rapidité de mémorisation et de compréhension. Et j'aime les bonnes notes. Et je jubile toujours autant quand on me dit que vraiment j'ai un bon accent, que ça s'entend pas beaucoup que je suis française. Je manque de défaillir quand on refuse de croire que je n'ai jamais pris de cours d'espagnol - pardon, de castillan - auparavant, bref. Je me mets à haïr le samedi et le dimanche parce qu'il n'y a pas cours ces jours-là. Et que je ne trouve pas de travail pour combler mes soirées et mes week ends, ce qui n'est pas facile à vivre pour une fêtarde qui essaye de se soigner. Mon espagnol n'est pas suffisamment bon, me dit-on (pour bosser dans un bar. Vodka, c'est le même mot dans toutes les langues, non?). Ou bien un mois, c'est pas assez. Mais bande de cons si vous cherchez quelqu'un, je vous donne un mois pour le trouver, justement, grrr. Je fulmine. Un bar qui s'appelle la cigale parvient même à m'humilier complètement. J'avais commencé les cours depuis deux jours quand je suis allée leur demander du travail. C'est tenu par un français, mais je suis d'abord tombée sur un Argentin, en pleine journée. Je me présente, dis que je cherche du travail que c'est mon métier en France, etc. J'ai conscience de parler comme une vache landaise, mais il me comprend. ERt je comprend à peu près ce qu'il répond. Je propose de revenir plus tard, parce que le boss n'est pas encore là, il dit oui d'ici une heure ce sera bon, et pile à ce moment-là, le patron arrive. Je lui dis bonjour en Français, je dis sans les nommer que des amis Français m'ont dit du bien de ce bar, que c'est mon métier etc. Comme il me regarde sans rien dire je continue de papoter, histoire de meubler, et à un moment donné sans prévenir, il regarde l'Argentin qui m'avait accueillie et lui demande, en espagnol "elle parle espagnol?" L'argentin, du tac au tac répond "non", et ces deux fils de pute se marrent. Je réponds en espagnol que si, je suis en train d'apprendre, et je souris pour montrer que je prends leur comportement d'enculés sur le ton de l'humour. Finalement il me dit que "ça va pas être possible", et je me casse, en disant merci quand même (où est passée ma répartie cinglante?). A part eux, ceci dit, les gens de Buenos Aires sont en règle générale plutôt sympas, pas trop regardants sur mes balbutiements. 

Mon ami le Dingue a un beau frère, Aydin, qui a un très bon ami à Buenos Aires, Mathias. D'après Aydin, Mathias est "le mec le plus gentil du monde". J'ai du mal à y croire: tout le monde sait que l'homme le plus gentil du monde, c'est Michel Drucker! Et pourtant... On se retrouve pour boire un thé, et en effet je tombe sur quelqu'un de super gentil! Gratuitement. Il s'empare de mon Guia T (un petit plan de Buenos Aires avec les arrets de bus, indispensable) et me montre les endroits qu'il préfère, les endroits à éviter, etc. On boit du thé à la fraise en fumant des clopes, tranquillou, comme si filer un coup de main et discuter de tout et de rien avec quelqu'un qu'il ne connait ni d'Eve ni d'Adam était tout naturel, chez Mathias.  Plus ou moins une semaine plus tard, il m'invite chez lui pour un asado avec des gens qui parlent français, aussi. Mais je tente un peu d'espagnol, et ça marche plutôt pas mal. J'ai l'aide des francophones quand éventuellement je ne trouve pas mes mots. Quand on me demande ce que je fais dans la vie, en général pour ne pas avoir à expliquer que je me trouve au beau milieu d'un carrefour grand comme l'Arizona, je réponds que je suis barmaid. Mais plus ça va, plus ça m'emmerde de répondre ça, parce que plus le temps passe, plus ça me semble faux. Complètement faux. A l'asado de Mathias, ça m'a juste valu de me faire complètement snobber par un espèce de vieux beau qui donne des cours particuliers de langues à des riches. Il cherchait quelqu'un pour apprendre le Français à une vieille, et c'était très très bien payé. J'ai dit que ça m'intéressait, plusieurs fois, et à chaque fois il a trouvé le moyen de contourner mes grands "COUCOU! OHE! CHUI LA!". A la place il a poussé au cul une espèce d'étudiante méprisante et pseudo baba cool pour qu'elle accepte le taf, alors qu'elle était à peine motivée, qu'elle disait ne pas avoir particulièrement besoin de fric, et qu'elle a sans doute moins d'expériences d'enseignement du Français que moi. Oserai-je dire qu'elle l'écrit sans doute aussi moins bien? Non, pas sur ce blog où je ne relis pas mes textes et où par conséquent les fautes pullulent. Mais oui, parce que vraiment c'est pas possible qu'une connasse pareille écrive le Français mieux que moi, ou même aussi bien que moi. La nana typique qui voyage et qui méprise les autres: ceux qui ne voyagent pas, et les autres voyageurs. Quand j'ai dit que j'habitais chez une amie qui me prête son appart à Palermo, elle a répondu du tac au tac "mais elle est conne ta copine!"
"- Pourquoi?
- Ben Palermo, c'est pas Buenos Aires!
- Ah bon? C'est où alors? J'étais persuadée que c'était à Buenos Aires...
- Non mais je veux dire, c'est le quartier bourge
- Ben oui. Et donc? Elle est conne parce qu'elle a choisi d'habiter le quartier bourge?
- Ben oui (elle rit d'un rire sale et dédaigneux)
- Ben non, moi je trouve pas. Pour plusieurs raisons. D'abord, son salon de thé vise une clientèle avec du fric. Elle va pas aller s'installer à Boca pour la beauté du geste. D'ailleurs tu te plaignais toi-même tout à l'heure d'avoir les boules de rentrer toute seule le soir, à San Telmo, et tu disais que les gens ne te venaient pas en aide. Moi à Palermo, je me sens la bienvenue, j'ai pas peur, et les gens sont toujours prêts à me filer un coup de main malgré mon castillan approximatif! Et puis bon. Ca fait quoi? Cinq mois que tu es partie de chez toi? Elle ça fait cinq ans. Sur une longue période de temps comme ça, c'est normal que tu aies besoin d'avoir près de toi des choses qui te fassent te sentir chez toi, comme une douche avec de la pression, un peu d'europe par-ci par-la. Et c'est con à dire, mais à Palermo, il y a plein de Français, toutes ses amies Buenosairiennes. Et ne serait-ce que parler Français, ça fait un bien fou. Moi qui ne voyage que depuis six mois (c'était début aout), je sens déjà que ça me manque. Il n'y a vraiment que les bourges qui n'assument pas leur origine sociale pour ne pas aimer habiter les quartiers bourges.
- Ouais mais...
- Non, non. Et de toute façon, je te permets pas de la juger comme ça. Tu la connais pas. Et je connais pas beaucoup de gens qui laissent les clés de leur appart, gratos, comme ça, quand ils vont en vacances au bout du monde. Je suis pas certaine, que sous tes airs de tiers-mondiste tu le ferais, toi, par exemple." Et on a continué à se fritter comme ça parce que j'y suis allée un peu fort avec mon procès d'intention et les références à ses sapes et à ses longs cheveux gras. Il n'y a vraiment que les gens qui vivent dans le luxe et la propreté pour trouver une noblesse dans le mépris de la propreté, juste le temps d'un voyage, bien sûr. Le phénomène d'Halong s'est produit de nouveau avec cette fois le Machu Picchu:
"La Conne - Kouah? T'as pas envie d'aller au Machu Picchu? Mais pourquoiiiiiiiiii???
Mouah - Parce que j'ai envie de voir des péruviens, et parce que j'en ai ras le bol de croiser des gens comme toi."
A ce moment-là je crois qu'elle a compris que je l'aimais pas, parce qu'elle a définitivement arrêté de me parler, et qu'elle s'est mise à ne plus parler qu'en espagnol (qu'elle parle bien, il faut lui reconnaître, la s****e). Qu'à cela ne tienne. Ca m'a permis de faire connaissance avec une Amélie, qui m'avait soutenue sur la discussion au sujet de Palermo. Une jeune fille très discrète, qui n'est pas là, comme l'autre conne et ô combien de voyageurs, à vouloir en foutre plein la vue à tout le monde. Quand je la connaitrai un peu mieux, j'apprendrai qu'elle est une héroïne des temps modernes. Vraiment. A côté d'elle, je n'ai jamais eu le moindre problème. Mais cela ne vous regarde pas. Amélie, c'est exactement le genre de rencontre qui devrait arriver plus souvent. Qui parait insignifiante dans un premier temps, mais qui, sans vraiment de raison évidente, se prolonge jusqu'à devenir de l'amitié. Et à la fin de l'asado (ah oui, c'est un barbecue), on a tous applaudi Mathias, parce que la viandasse, elle déchirait.

Mais Buenos Aires, c'est aussi et surtout mes cours d'espagnol! Et après mes cours d'espagnol, les comptes rendus à Cath et Chris, de la façon dont j'avais tapé sur l'Allemand ou le Suisse Allemand. L'allemand était particulièrement détestable, mais j'ai fait en sorte qu'il ne reste pas longtemps. Vous pouvez donc vous attendre à lire très bientôt la suite du best-seller "les anglais sont des cons". Le titre sera "les germanophones sont des cons", parce que les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures. Ce sera un texte court, un peu moissonneuse-batteuse, truffé de délicieux clichés et de leur confirmation par ma propre expérience. Et après ne vous en faites pas, on repartira en voyage. 
Par Aude
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Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /Sep /2008 14:44
Le 20 juillet (oui je sais je suis en retard), j'atteris donc a Santiago. J'ai repere une auberge de jeunesse dans mon guide, me voila donc a reclamer au taxi qu'il m'emmene rue du general Joffre, a l'eco hostel. Des gens bien sympa ma foi. On passe des heures dans la petite cour avec un Nac Mac Feegle a refaire le monde. Je reste cinq jours a Santiago, et a mon grand etonnement les garçons ne sont pas trop casse couilles avec moi. Je m'attendais a pire! Le musee d'Art Precolombien n'est pas trop grand pour une fois et bien foutu. J'aime bien la bibliotheque qui sent le parquet cire et les vieux bouquins. Un jardin japonais laisse a l'abandon, un jardin japonais qui n'a plus de japonais que le nom, un musee des beaux arts qui se fourvoie dans l'art contemporain japonais (que je meprise au plus haut point pardonnez-moi, un jour j'expliquerai pourquoi), les Andes a l'Est, visibles du centre-ville, et les gens plutot patients avec mon castillan d'ignarde. Mais ce qui me frappe le plus, c'est que Santiago c'est plein d'amoureux qui se becottent sur les bancs publiques, dans les jardins publiques, sur les trottoirs, au milieu de la rue, au milieu des regards, au beau milieu du jour. Et ils se tiennent par la main. Ils n'en ont rien a foutre du qu'en dira-t-on, ils crient leur amour au monde entier, meme si rien n'est certain, meme si dans trois jours on constatera une erreur.  Sous leurs airs de ne pas vouloir faire souffrir qui que ce soit en cas d'echec, et sous pretexte de pudeur, les Français ne veulent pas "s'afficher", ne veulent pas tenir madame, meme si elle n'est madame que pour une semaine, par la main, ne veulent pas embrasser madame en public. Les bancs de Paris qui sont si charmants et qui ont fait rever tant de cineastes et tant de poetes ont laisse la place aux vieilles qui nourrissent les pigeons, ou alors sont vides. Vous, les petits merdeux de Français, qui n'assumez pas ni votre attirance, ni votre attachement a une jeune fille, je vous le crie haut et fort: vous avez des petites bites. Petites, petites, petites. Et un esprit en proportion: etroit. Vous n'avez pas evolue d'un pouce depuis la primaire ou etre amoureux etait une tare, une faiblesse, et vous ne voulez surtout pas faire montre de la moindre faiblesse (du moindre sentiment, bande de cretins) aupres de vos petits copains tout aussi cretins. Vous vous pensez viriles alors que vous n'etes qu'une petite bande de tarlouzes sans le moindre debut de personnalite ou de libre arbitre.

Qu'est-ce que je disais moi deja? Ah oui, Santiago. Parfois, je traverse la riviere et je vais me perdre dans le quartier Bellavista, le quartier boheme. Mais ici, point de meches de cheveux brunes sur le cote avec kefier autour du cou accessoirise d'une sacoche en vieux cuir... Des tags, des couleurs, des rues dans tous les sens et des gens normaux. Ouais, des couleurs, des maisons de toutes les couleurs aux architectures bizarres! Je n'irais pas jusqu'a dire que je me sens en parfaite securite a Santiago, mais visiblement, d'apres ce que j'entends, je suis passee au travers des menus larcins quotidiens. Et j'evitais de sortir mon appareil photo a tout bout de champ, ce qui fait qu'au final je n'ai pas des masses de photos de Santiago, mais il vaut mieux ça, non?

J'ai pris un bus pour Mendoza et j'ai regarde par la fenetre. J'ai vu des cactus et il m'a semble que je n'en avais jamais vu avant, des cactus en liberte. Et puis j'ai vu la neige des Andes, le bus a serpente dans les montagnes pendant plusieurs heures, et j'ai pense a Mermoz, un tout petit peu, et puis je me suis endormie, parce qu'il faisait bien chaud dans le bus et que l'idee du froid dehors m'a engourdie toute entiere. Au reveil, Mendoza, ses marchands de glace, ses magasins et les petasses qui vont avec, son architecture barbante, son pinard ultra fort (rha haha - rire gras) qui fait la fierte de toute l'Argentine (quelle tristesse!) et qui donne envie aux backpackers de "visiter Mendoza", ses putes pas cheres, toute la journee, sur la rue San Luis, je passe la nuit a gerber et la nuit d'apres je saute dans un bus pour Buenos Aires. Mais il srait cruel de reduire Mendoza a ça. J'ai eu un bon moment la-bas. Un clown, sur la grand place (les grandes places s'appellent invariablement place des armes ou place de l'independance, dans toutes les villes du contient, enfin on dirait) faisait rire les enfants. Une petite brune jolie comme un coeur, trois ans probqablement mais toute petite petite, qui s'appelle Azul, est piochée au hasard dans la foule des gamins pour faire l'assistante du clown. Le clown a pioché le bon numéro. Je garde un souvenir ému de l'épisode du monocycle. Azul est à la gauche du clown, face au public. Le clown regarde droit devant, et commande à Azul d'en faire autant. Puis il dit, péremptoire et raide comme un piquet: "Azul, donne-moi la main!" et il lève la main très haut. Azul se retourne un instant, puis se remet face au public, et lève la main aussi haut qu'elle peut, c'est-à-dire pas haut du tout, et reste comme ça dix bonnes secondes à attendre, puis se tourne face au clown, les deux petits poings sur les hanches, l'air de dire "mais qu'est-ce que tu fabriques?", et là le clown commence à tourner sur sa droite, et tend la main à Azul en criant, comme s'il allait tomber à chaque seconde, "Azuuul! Donne-moi la main Azul", et la petite fille de courir derrière sa main gauche les deux bras tendus en avant, les deux nattes lui battant les épaules, pleine de bonne volonté... Voilà pour Mendoza. Alors je suis peut-être passée à côté de quelque chose... Plus tard, je constaterai la même chose que pour la baie d'Halong, phénomène que nous nommerons d'ailleurs dorénavant le phénomène d'Halong. Je vous rappelle brièvement ce qui s'est passé: je me suis plutôt bien entendue avec les voyageurs qui n'ont pas aimé (pour des raisons déjà exposées précédemment) la Baie d'Halong, et j'ai trouvé plutôt cons ceux qui ont a-do-ré (les même qui font les "indispensables" du Lonely Planet) - d'ailleurs, enfin, la question du Machu Pichu se pose. Bref. Pareil pour Mendoza. En règle générale, j'aurais pu parier assez rapidement qui a aimé ou n'a pas aimé Mendoza. Vous en en tendrez parler d'ailleurs dans un prochain texte sur Valparaiso.

Que de digressions, ma foi. Enfin je préfère vous annoncer dès maintenant la couleur de mes premiers textes sur ce continent... Ce sera pas joli à voir, malheureusement. Pour être honnête, le comportement des mecs envers moi (pas la jolie nana, hein, juste la grande blonde qui n'a pas l'air d'ici) a sérieusement gâché la plupart de mes étapes sud américaines, jusqu'ici. Je vais essayer de vous ennuyer avec ça le moins possible, bien sûr, mais je vous promets que c'est pas gagné. Ne serait-ce parce que ce phénomène s'est trouvé à l'origine de bon nombre de décisions que j'ai prises lors de mon parcours de ce côté du globe. Enfin... Rendez-vous au prochain texte pour ma longue pause buenozairite. A tout bientôt.
Par Aude
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