Mercredi 13 août 2008
Oui, parce que Wellington, c'est sur l'île du Nord, donc j'y ai déjà mis les pieds.

Il me reste cinq jours en Nouvelle Zélande, et tout est minuté. J'ai réservé tous mes trajets en bus, toutes mes auberges de jeunesse, je veux surtout pas en perdre une miette. Si je loupe le moindre petit avion ou le moindre petit bus, le reste de mon programme tombe complètement à l'eau. Et comme dans toute aventure qui se respecte, évidemment, il y aura du contre temps. Mon vol est censé me poser à l'aéroport de Rotorua vers 13h, d'où, une heure et demi après, je prendrai un bus pour Whakatane, dans l'optique d'aller, le lendemain, visiter le White Island, un volcan en pleine activité au beau milieu de la mer. Je vole avec Qantas Airlines, que je me suis jurée de boycotter à l'avenir. Dans l'avion, je dors comme un bébé. Une voix me réveille qui dit en substance que nous arrivons à Auckland. Je demande à mon voisin si je me suis gourée d'avion, il me dit que non, que l'avion a eu un problème et qu'il ne peut atterrir que là bas. J'ai peine à comprendre le rapport de cause à conséquence (parce qu'Auckland est plus loin de l'endroit de départ que Rotorua, mais c'est pas l'important. Pour vous donner une idée de la distance: Paris-Strasbourg. Voila. Du bonheur. J'explique mon problème, je réclame à corps et à cris que Qantas me jette dans un avion pour Rotorua ou Whakatane, mais on me dit, en enlevant les mots inutiles, d'aller me faire foutre. Le mec du guichet me donne une petite carte avec une adresse (même pas un numero de telephone) pour si je veux me plaindre. Je lui crie, excédée, que je veux pas me plaindre, (gros con)! Je veux une solution! Je dis que si Qantas a suffisamment de thune pour payer un mec comme lui à se faire engueuler toute la journée par des clients pas contents, la compagnie doit avoir la thune de m'envoyer à l'heure à destination. Entre temps, j'ai aussi appris pourquoi on n'a pas atterri a Rotorua: l'appareil avait un problème, une pièce defectueuse, et s'il avait atteri à Rotorua, "c'était trop compliqué" ( = ça leur aurait coûté trop cher) de faire venir la pièce d'Auckland, alors hop! on dépense juste un peu plus de kérosène, mais le service vendu aux voyageurs, bézette! La solution que me propose le préposé à l'engueulade, c'est un bus, affrété généreusement par la compagnie, qui nous déposera à Rotorua six heures plus tard, le ventre vide et le dos cassé. Donc entre temps évidemment j'ai loupé mon bus pour Whakatané et je peux dire adieu à la White Island. Bande de fils de pute de compagnies aériennes. Quand nous on a un minuscule supplément bagage, on casque, un chouilla de retard, on perd le billet d'avion etc. Quand la compagnie décide d'atterrir ailleurs pour une raison x ou y et donc n'honore pas le contrat de départ, ne nous vend pas, finalement, le produit qu'on a acheté, elle affrète un bus dans lequel elle nous parque comme des animaux. Je leur foutrais bien un M16 sur la temps à tous ces enculés de gros patrons de merde, si j'avais un M16 et si je savais à qui je m'adresse.

Forte de tous ces sentiments sains et constructifs, je vais voir, les crocs à l'air et les yeux revolvers une employée Qantas à l'aéroport de Rotorua, le dos cassé par le bus, je lui raconte mon histoire avec dans la voix des trémolos de colère, je lui montre mes justificatifs de réservation (bus pour whakatané, auberge et visite du volcan le lendemain matin), et je lui dis en serrant les dents qu'on va entendre parler de moi, que j'ai pas l'air parce que j'ai pris une année sabatique, mais que je suis avocate à l'international, spécialisée dans les affaires entre les entreprises et les particuliers, que je connais du monde, et que si je foire la fin de mes vacances (je dis bien vacances) en Nouvelle Zélande à cause de Qantas, ils vont entendre parler de moi. Je sais exactement comment ça se monte, une association de consommateurs, et je sais exactement comment ça se gagne un procès. However, je reprends plus calmement, si vous trouvez un moyen pour me déposer ce soir à Whakatané, j'oublierai ce malheureux incident et vous direz à vos dirigeants qu'ils ont simplement perdu une cliente, "frequent flyer", en plus. C'est fou comme ce genre de coup de bluff fonctionne. Et je remercie le ciel de m'avoir donné un visage sans âge, et je remercie le Bateau Ivre de m'avoir donné un certain talent d'actrice (ah je suis désolée monsieur ça va pas être possible, j'allais fermer, dit-elle au "marginal" alors qu'il est 21h29 et que tout le monde pleure au comptoir parce que c'est encore l'happy hour). Un minibus nous emmène donc, moi et un couple de Néozélandais, jusqu'à l'aéroport de Whakatané. Ils me trouvent bien jeune, eux, pour une avocate. Ils sont morts de rire d'apprendre le mensonge, et le chauffeur du minibus aussi, tu penses, grâce à moi il a gagné une course de nuit de deux heures aller/retour. Pour la peine, le gentil couple, de l'âge de Papa et Maman, me propose de m'aider à chercher mon auberge de jeunesse, dans leur bagnole et tout et tout. Ils disent que si je la trouve pas je peux dormir chez eux, et bing à ce moment là on tombe dessus! Pauline, la patronne, me souhaite la bienvenue, et me dit que comme je suis sa première cliente hostelworld.com, elle me loue une chambre individuelle avec lit double et tout pour le même prix que le lit du dortoir que j'avais réservé. Mes mercis ne savent plus où donner de la tête, vraiment c'est un pays génial. Et encore une fois ma théorie est confirmée: c'est toujours dans les moments de galère qu'il arrive les meilleures choses, ou j'ai vraiment trop de bol.

La visite de l'île est un grand moment. De la vapeur d'eau s'échappe de partout, et on porte des casques et des masques comme dans les films parce que ça pue le souffre. On marche, on prend des photos, le sol est de toutes les couleurs, le guide a les yeux bleux, le cratère est immense et plein d'une eau couleur de jade, au ph plus acide que le coca. Le sol est chaud. L'eau qui s'écoule partout est chaude. A la dernière grosse éruption, en 2001, je crois, trois jours après encore tu pouvais casser une roche de la taille d'un ballon de foot en deux avec tes mains et avoir l'impression d'ouvrir un michoko géant... du caramel mou dans le basalte! Plein de petits cratères portent le nom de gens qui sont venus s'y suicider ou qui y sont morts sans le faire exprès. Une autre planète. Ouais, ou un satellite, j'ai marché sur la lune! Et la mer qui se déchaîne autour. Je suis aux anges, c'est un peu principalement pour ça que je suis revenue si tôt dans l'île du nord, eh bien je ne suis pas déçue. Ayé, je l'ai, ma symphonie des éléments! Au retour, le bateau s'arrête quelques minutes devant un bout d'île où les phoques se font dorer la pilule au soleil, la belle vie! De retour sur la terre ferme, je me balade un peu dans Whakatané. Là dans une librairie, je trouve des bouquins de Pratchett pour enfants (en anglais bien sûr), je me dis que ça doit valoir le coup. Je rentre à l'auberge et me pose dans un canapé pour entamer les "Wee Free Men", j'accroche direct! Du bon bouquin comme j'aime, et tellement drôle! Une vraie journée réussie. On est 4 dans l'auberge, avec moi deux Maoris (dont un top canon) et un Allemand. Sympas, vraiment! Je décide que ma bouffe pèse trop lourd dans mon sac, allez hop, je nous fait des pâtes pour quatre, et puis on discute jusqu'à dix ou onze heures, et là, super envie de continuer mon bouquin, je dis que je vais me coucher. En quelques minutes je suis sous la couette, mon bouquin entre les mains, la machine est lancée, et là "toc toc". Je pose le bouquin, je vais ouvrir la porte, oh! Le Maori qu'a des yeux à faire sauter les braguettes! "Dis, yaurait moyen qu'on passe la nuit tous les deux, dis?" Mon sang ne fait qu'un tour: "heu... non, désolée". J'ai même pas cherché à mentir, à m'inventer un copain, à m'inventer des ragnagna, à m'inventer un mal de crâne... "Mais t'es très jolie..." "Ouais, enfin toi aussi t'es très joli, mais là en fait, non, j'ai envie d'être tranquille. Je suis vraiment désolée, une autre fois peut-être", dit-elle en sachant pertinemment qu'elle s'en va demain. On s'excuse, on est désolés, je ferme la porte derrière moi, me remets dans mon lit et me replonge dans mon bouquin. . . Vingt secondes plus tard, je pose méthodiquement mon bouquin, contemple le plafond et me demande "attends, là, qu'est-ce qui vient de se passer?" Alors on récapitule. Le Maori canon, moi dans mon pyjama bleu, mon bonnet bleu sur la tête, un grand lit double, un anonymat complet. Pourquoi là maintenant je suis pas en train de le déshabiller avec fougue? Pourquoi là maintenant j'ai pas sa langue dans le gosier ou ailleurs? Les conclusions sont évidentes. Quand je lis un bouquin de Terry Pratchett, même si tu m'amènes Brad Pitt sur un plateau d'argent, tu me déranges. Compris? Bon, il y a sans doute aussi un certain ras-le-bol de ma part de ce genre de plan fesse et jambes en l'air sans lendemain, sans vraiment de tendresse, sans sentiment, oui, clairement. Mais pour cette nuit là j'étais déjà prise, j'étais avec Terry.
Par Asherette
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Mardi 12 août 2008
Me voilà donc dans le bus pour Queenstown. J'ai juste payé le prix du trajet, ce n'est pas un tour opérator (ça se dit comme ça?), et pourtant le conducteur a la gentillesse de s'arrêter quelques instants quand les paysages sont particulirement splendides, et de nous raconter l'histoire de son pays, la géographie de son pays, la géologie de son pays... Ca fait sans doute partie de son contrat, mais il le fait vraiment avec humour, il nous raconte par exemple l'histoire de colons anglais qui voulaient chasser le lapin... bref. J'arrive à Queenstown, un peu déconcertée. Je pensais trouver une petite ville cosi au milieu des montagnes. Ce serait ça si tout n'était pas dédié au tourisme des sports extrêmes. Je vous laisse imaginer le niveau de milliers de touristes, backpackers qui s'amassent gentiment ici. Enfin pour l'instant je m'en fiche: demain je passe la journée à Milford Sound.

Alors Milford Sound ça se raconte en plusieurs fois. Première étape. Tout le long de mon voyage, j'ai demandé aux gens que j'ai croisés (Néozélandais et personnel des auberges de jeunesse) leur endroit préféré dans le pays. Tous ont répondu en première ou deuxième place "Milford Sound", avec détermination et soupirs d'envie. Je me renseigne un peu, apparemment il s'agit d'un fjord. Je me vois déjà dans la pub pour le yaourt de Madame Lemarchand, avec de la neige et les rennes du Père Noël qui chantent le blues. Moi qui suis une amoureuse de la neige et des paysages grandioses, je décide d'y foncer. La deuxième étape, c'est le trajet en bus. Très très prometteur. Des paysages merveilleux, des "Mirror Lakes", de la neige, de la neige, des cascades... Et le chauffeur de bus qui nous promet du beau temps, et qui nous raconte que Milford Sound est dans le top 3 des endroits les pluvieux au monde. Je m'attends  voir un genre de sanctuaire où les éléments se font plaisir, j'en frissonne d'avance. La troisième étape, c'est la déception. Point de neige sur les montagnes autour de l'eau, point d'éléments déchaînés, point de mer agitée, à peine quelques bourrasques... Mais surtout les montagnes! Une pierre foncée, marron, et des arbres! Des montagnes tendres, alors que je voulais du roc gris, froid et stérile, de la neige, de l'infranchissable, du Victor Hugo. Et puis 80 NZD la croisière. "Croisière!" Trois petits tours et puis s'en vont sur un bateau truffé de japonais! L'attrape-touriste typique! Mais alors pourquoi tout le monde m'a dit que c'était si bien? Le Mont Cook est cent fois plus impressionnant! Les Mirror Lakes, à côté desquels on est passés sont bien plus sensationnels. Je fais quand même quelques photos, et pour pas avoir le sentiment d'être venue pour rien, je m'amuse un peu. J'ai de la chance d'avoir de la lumière (ciel dégagé), et je compense l'ennuyeuse normalité des couleurs (à mon goût) par des effets sépia et noir et blanc. Mais je repars fâchée. De retour à Queenstown, je fais de la pub contre Milford Sound, il faut boycotter cette arnaque! C'est une honte. Quatrième et dernière étape. Pas très longtemps après Milford Sound, peut-être une semaine, je regarde un peu mes photos de Nouvelle Zélande. Force est de reconnaître que les photos de Milford Sound, ça claque. Les couleurs sont pas si inintéressantes, le noir et blanc donne un côté vraiment dramatique, et le sépia fait vieille photo de montagne, du début de l'ère skiaire. Je me dis que peut-êre Milford Sound s'apprécie en deux fois. Peu-être qu'il va falloir y retourner un jour, et peut-être qu'il faut le voir un jour, justement où Neptune se prend au sérieux, et où Ouranos s'est levé du pied gauche...

Mais pour l'instant je suis à Queenstown et c'est en faisant de l'anti-pub pour Milford Sound que je rencontre mes voisines de dortoir. Ca achète des journeaux people pour se tenir au courant, ça emmène son sèche cheveux et son babyliss en voyage, et ça admet sans aucun complexe que c'est venu pour choper bien plus que pour skier, d'autant plus que "le ski, c'est vachement moins bien que le snowboard: quand tu tombes, t'as tout le bordel de ton matos qui se mélange, t'as vachement plus de trucs à trimballer, et puis surtout, avec un snowboard sous le bras, t'as l'air cool". Voilà. Ce niveau. L'auberge de jeunesse est la pire du monde (et je pèse mes mots). Les lits sont superposés, mais le lit du haut est trop bas et le plafond est trop bas lui aussi pour que l'on puisse s'asseoir au bord du lit. Pas de lampes individuelles, juste une grosse lampe au plafond (pour huit personnes). Une salle de bain, minuscule, pas lavée tous les jours, sans crochet pour accrocher les vêtements et serviette de bain, sans possibilité de régler la température de l'eau, et le robinet de la douche, c'est celui qu'on pousse et qui s'éteint tout seul au bout de deux secondes pour faire des économies d'eau. C'est bien sauf que c'est l'hiver néozélandais et qu'il pèle! Le chiotte est pas lavé tous les jours et la poubelle dégueule de trucs de nanas. La cuisine est ridicule pour le nombre de gens hébergés ici, et puis il y a un brésilien qui cherche des amis et qui traîne autour de toutes les tables où il y a des blondes. Le seul endroit où l'on peut s'asseoir, c'est le cybercafé (cher) et le bar de l'auberge (ultra bruyant jusqu'à pas d'heure et à base de jeux type club med). Eh bien croyez-le ou non, Queenstown, ça a été à peu près. Je me balade et l'air me fait du bien, et puis je crois que quoi qu'il se passe autour de moi, la montagne m'apaise. Tout naturellement, je prends mon cahier et je vais m'installer dans un café calme pour écrire mon livre, et ô miracle, ça avance, sans que j'aie à faire d'efforts. La jeune fille qui m'apporte mon thé est d'ici. Elle me sourit direct:
"- Tu n'es pas venue ici pour le ski, pas vrai?
- Ben j'aime beaucoup skier, mais là c'est pas prévu dans mon budget... Disons que je suis venue pour la montagne, pour l'hiver..." Elle a pas mal voyagé, le ski c'est une passion: "Tu vois, je suis allée skier partout où on peut skier. Partout! Le meilleur endroit, c'est de loin les Alpes Françaises et Suisses. Sans déconner, c'est absolument pas comparable! Alors quand je vois tous ces touristes européens qui nous envahissent alors qu'ils ont le must à deux pas de chez eux, ça m'agace un peu." Ca se passe de commentaire et puis surtout, comment voulez-vous que je me sente seule après ça? Mais le petit café ferme à trois heures de l'après midi. Alors je finis mes journées au Starbucks, toujours avec mon thé, assise sur un tabouret haut, et quand l'inspiration fait sa mijorée, je regarde passer les cons.

Il faut appeler un chat un chat, non? Mon dernier soir à Queenstown, Helen, la prophète du snowboard, m'invite à fêter son anniversaire. Ses vingt-sept ans. Ces filles sont gentilles. Alors je dis oui. Sur le chemin, elle me demande ce que j'ai fait de ma journée. Je réponds que j'ai écrit. Elle me regarde un peu comme si j'étais une freak (une "marginale", mon dieu je qu'est-ce qui m'arive, j'arrête pas d'employer ce mot depuis qu'on a trouvé un suspect au meurtre de Valentin), mais elle s'intéresse. Je réponds à ses questions, et puis on passe à autre chose. Mon avion s'envole demain pour Rotorua, sur l'île du nord, j'ai vraiment pas envie de le louper, alors vers dix heures je lui souhaite un très joyeux anniversaire et lui dis qu'il faut que j'y aille. Helen me demande de laisser un mot sur son lit avec mon email et mon nom de famille au cas où un jour je suis célèbre (mot pour mot). C'était assez déplacé, mais c'était demandé avec tellement de candeur que bon, allez, je lui ai laissé mon nom de famille et mon email. Depuis, elle m'a trouvée sur Facebook, comme plein de gens qui sont dans la colonne de mes amis et qui ne m'adressent jamais la parole. Facebook, ou comment faire perdre son sens au mot "ami". Partir. Ou comment savoir quels sont tes vrais amis.
Par Asherette
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Jeudi 24 juillet 2008

C'est fou comme je vais bien... Bon "je leur chie dans la bouche" c'est un peu too much. Aaaah hyperbole quand tu nous tiens! Surtout que techniquement... bref. Mais je dois admettre que j'aime bien en faire un peu trop. Et surtout, comme je le disais il y a quelques minutes, les statistiques de visites sont tellement basses, que ca serait deprimant si quoi que ce soit etait en mesure d'entamer ma bonne humeur actuelle.

Nouveau titre un peu fantaisiste, en effet, et pourtant tellement vrai. Quand les anglais ont evahi la Nouvelle Zelande, avec force zigouillages et bains de sang, ils ont voulu recreer l'atmosphere de la maison, a base de tasses de the, de balai dans le cul, et de chasse au lapin. La faune neozelandaise etait quasiment intacte avant l'arrivee des anglais. La chaine alimentaire etait parfaite, equilibree. L'absence de predateurs terrestres avait conduit les kiwis, ces petits oiseaux qui ressemblent au fruit du meme nom, a renoncer a leurs ailes. Parce que bon voler c'est bien quand on est poursuivi par un chat, mais sinon quel interet? Donc en quelques milliers d'annees, les kiwis sont devenus des oiseaux uniques en leur genre, adaptes a leur environnement, fantassins a plumes. Et tout allait pour le mieux, les autres oiseaux se foutaient un peu de leurs gueules, mais les kiwis, ils repondaient en disant que ya que les cons qui changent pas d'avis, et que tout de meme, ils n'allaient pas se fatiguer a voler alors qu'il n'y avait pas besoin. C'etait sans comnpter sur l'esprit vif et ouvert des Rosbifs.

"- Hey George, dje nu say pah ceu que tou think, may la tchasse a la pine me mannk vrayment'
- Dje tey didja dit, Paul, on ne dit pah la tchasse a la pine, may la chasse oh lah ping. May ui, pur itr honeth, el meuh mank oh sea...
- On nah kah import dey lah pings from chiey new?
- Brilliant heidi, Ringo.
- Meurci John."

Et c'est comme ca que l'histoire a commence. Les anglais ont amene quelques lapins pour pouvoir s'adonner a leur sport favori, a savoir buter avec une arme a feu un petit animal fort sympathique. Le talent des lapins, c'est le sexe. Ils sont tres fort, au lit, les lapins. C'est d'ailleurs pour ca que les anglais chassent le lapin, plutot que l'Hippopotame, qui a uniquement la reputation d'avoir une grosse bite. Or les lapins ont une petite bite, comme les anglais, mais savent s'en servir, comme les francais. Ca ne plait pas aux anglais qui comme on le sait sont par nature antifrancais, alors que moi pas du tout. Donc la chasse allait bon train sur le gazon neozelandais. Les anglais dechargeaient gaiement des barils et des barils de poudre dans les fesses des lapins, se soulageant par la meme de leur honteux complexe. Mais rien n'arrete l'appetit sexuel du Lapin - demandez a Gilles. Et petit a petit, les lapins sont devenus LES LAPINS. Une colonie plus nombreuse que la colonie anglaise, et qui n'avait pas l'air de vouloir s'arreter en si bon chemin. Ca baisait dans tous les coins, meme sous le nez des anglais. Beaucoup de colons ont prefere rentrer chez eux tant ils etaient humilies par les lapins.

"- Hey George, tou neuh think pah qu'on deuh vreh deuh mandeh deuh l'ayde ah qinqin, pur ceyt hisory dey lah pings?
- Goud Lord John, May ah ki veuh tou kon deuh mand deuh l'ayde? Ah Sam leuh pirat?
- On nah kah import dey reuh nar hey dey furey from chiey new?
- Brilliant heidi Paul
- Meurci Ringo"

Et c'est la que les ennuis commencent non pas pour les lapins, mais pour les kiwis. Parce que si a la maison les renards et les furets sont friands de lapins, c'est parce que c'est le bout de viande le plus accessible: il est toujours fourre dans la chambre a fourrer quelque chose. Mais ici en Nouvelle Zelande, il y a un bout de viande encore plus facile a choper, c'est ce bon vieux kiwi qu'a meme pas d'ailes. Pourquoi s'emmerder a aller deranger un pauvre lapin en plein devoir conjugal ou extra conjugal alors qu'il y a plein de kiwis partout qui ne demandent qu'a ne pas pouvoir s'envoler, et plein d'oeufs de kiwis qui ne demandent qu'a ne pas pouvoir bouger?

Depuis, le kiwi est une espece en voie de disparition, et certaines especes de kiwis ont deja completement disparu. Le kiwi est un animal fragile, qui aime le calme et a peur de la lumiere, alors pour repondre a la question qui vous brule les levres, non je suis pas allee dans un zoo a kiwi... j'essaye de deranger le moins possible les locaux, pendant mon voyage... A la difference des anglais.

Par Aude Sécheret
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Mercredi 23 juillet 2008
Comme plus personne ne visite mon blog, qui manque sans doute de sensationnel quand je ne suis pas soit en depression nerveuse soit en danger de mort, je me permets un peu de fantaisie. Dans "Scronch Scrounch", il y a un vrai moment de souffrance d'une petite fille, que je vais vous raconter de ce pas. On etait petits. On etait a table avec Nico, Catherine et Laurent, on mangeait, je me souviens tres bien, de la salade verte. On jouait au jeu suivant: quelqu'un disait le nom d'un pays ou d'une ville et les deux autres devaient trouver le nom des habitants. Laurent, qui deja a l'epoque, voulait toujours faire le malin, nous demande de trouver le nom des habitants de la Nouvelle Zelande. On balance un peu tout ce qu'on trouve, on les rebaptise une bonne dizaine de fois, ces pauvres kiwis, jusqu'a ce que j'aie une illumination. Quand Papa regarde le rugby, il y a quand meme un nom qui revient souvent et qui ressemble vachement a "Nouveau Zelandais", qui me semblait a priori la reponse la plus evidente. Alors je le balance, comme ca, sure de moi, "Neozelandais!"... avec malheureusement dix centimetres cubes de salade verte degoullinante de vinaigrette dans la bouche. Alors tout le monde rigole et Laurent dit:  "non, c'est pas ca!" Persuadee que tout le monde a compris ce que j'ai dit et que Neozelandais c´'est tout autre chose, comme mot, je la ferme. A la fin, quand Laurent donne la reponse, parce que personne d'autre n'a trouvé, je lance: "Mais si, je l'ai dit, quand j'avais de la salade dans la bouche!". C'est un  de ces moments, dont quand on y repense, accidentellement, on se met a fredonner "la la la", en regardant ailleurs. Tout le monde se moque de moi (bis), et du coup pour pas perdre la face, je rigole, pour faire comme si je venais, effectivement, de faire une tres bonne blague. Je soupconne Laurent d'avoir su du debut a la fin que j'avais dit le bon mot, mais il voulait tellement nous coller qu'il a fait comme síl avait entendu, donc, "Scronch Scrounch".

Wellington c'est plein de vent, et le bateau qui nous emmene vers l'ile du sud secoue un peu. Ca tombe bien, je me sens toujours moins bien quand la mer est calme. Arrivee a Picton, je saute dans un bus pour Kaikoura, sur la cote Est. Le paysage est tres vallonne, de jolies collines vertes et de jolies vallees vertes, et plein de moutons. Un... deux... trois... quatre... cinq moutons... zzziiZzzzz..... Quand je me reveille, j'ai le dos casse en deux, je me redresse tant bien que mal, et la flash dans les yeux! A ma gauche, les rochers et la mer, a seulement quelques metres du bus, une belle mer pleine d'energie et de bleus differents. je regarde ca reveuse. Mes yeux se sont a peine habitues a ce paysage que le bus tourne a droite et la bang dans mes yeux! Des montagnes, des vraies, blanches avec de la neige et tout! Kaikoura ce sera ca. Des montagnes comme j'aime et de la mer comme j'aime.  J'essaye de l'imaginer en ete pour me faire une idee du Liban. Le dusky lodge est une auberge de jeunesse fabuleuse, avec piscine chauffee super chaud dehors, alors qu'il fait zero degres, des tables de billard, et du staff toujours pret a me trimballer la ou je veux, gratuitement. Je veux aller nager avec des dauphins! Banco. L'eau est a neuf degres, la combinaison fait un centimetre d'epaisseur, et les dauphins sont au rendez-vous. On n'est pas censes les toucher parce qu'ils sont entierement sauvages et un contact pourrait les effrayer, mais ils s'approchent tellement pres que je suis obligee de croiser les bras pour les eviter. Ils sautent autour de moi, me tournent autour, plongent loin dans les abysses et remontent d'on ne sait ou... Un vrai moment de bonheur. Je fais aussi de longues marches le long des plages, pas mal d'oiseaux de mer, pas mal de jolies photos...

Et hop! Je saute dans un autre bus, celui-la pour Christchurch. Rien a signaler la bas. Une confortable petite ville, pluvieuse, pluvieuse, et morte le dimanche. Je rencontre deux gonzesses a l'apero, on parle de la France parce qu'elles y sont toutes les deux allees. Mais elles me disent qu'elles ont trouve que les francais n'etaient pas beaux... Je ravale "et tu les trouve comment tes bouseux de concitoyens consanguins?" et me contente d'un "ah oui tiens c'est etrange, j'ai la avec moi des photos de mes freres..." Conquises, les Scronch Scrounchaises! Z'en pouvaient plus! Quand je leur ai dit au revoir, elles marchaient un peu en canard, c'est l'effet placebo des photos de mes freres, et elles avaient un air un peu beat. Mais pas le temps de m'eterniser dans cette jolie ville, parce que la montagne la plus haute d'Oceanie m'attend. Le Mont Cook aavec ses neiges eternelles. Plus on se rapproche, plus mes levres gercent, plus mes cheveux sont electriques, plus la terre est blanche... Ce sont des sensations que j'aime, quand je sais qu'elles sont le signe que j'approche de la montagne. Le bus s'arrete au bord de lacs immenses. Leur eau est bleue. Bleu bizarre. Bleu extraterrestre. Le bleu qui s'en rapproche le plus est le bleu fluo des suligneurs, vous vous souvenez? Voila. Un bleu venu d'ailleurs, a moins que Stabilo ait fait tomber dans le lac, sans le faire expres, un gros stock de surligneurs bleus... J'ai jamais vu ca, je jubile. On arrive enfin au Mont Cook. Les Maoris l'appellent "Aoraki", ce qui en anglais ressemble a s'y meprendre a "our rocky". Our rocky Mount Cook! Ca me plait. Le soir meme de mon arrivee, le paysage m'appelle: la pleine est parfaitement plate et la limite des montagnes a l'air tres bien dessinee, comme si d'un seul coup l'angle du sol passait de zero degres a 135... Une carte me montre une riviere, juste au seuil des montagnes... Bah, elle doit etre gelee!

C'est parti! Boussole au cas ou le temps se couvre et une tempete de neige s'abat sur moi, gants etc. Scronch Scrounch, font mes pieds dans la neige. l'auberge est de plus en plus petite derriere moi. Et en fait la plaine n'est pas plate du tout. Elle est d'ailleurs sans doute plus facile a traverser l'hiver que l'ete: la neige arrondit les angles. Plusieurs fois, je me dis que c'est la riviere ce truc sur lequel je dois descendre, la, qui est escarpe, un peu. je continue toutjours tout droit. Plein de traces d'animaux. Toujours tout droit. Des lapins partout autour de moi, maintenant. Toujours tout droit. Un bruit. Toujours tout droit. Le bruit se rapproche, si une avalanche tombait d'une montagne a 10kmh, elle ferait ce bruit-la... Bon sang c'est quoi ce bruit? J'etais tellement persuadee que la riviere etait gelee que j'avais oublie que je pouvais, effectivement, l'entendre... et la voir! La, sous mes yeux, une riviere pas gelee du tout, en pleine forme, court entre les pierres, d'une eau couleur de jade. J'admire. Sur ma gauche, le soleil commence a disparaitre derriere les montagnes. J'ai marche pendant presque deux heures, donc je m'asseois sur un roc et je le regarde se planquer. Ce qui est facinant avec la montagne, c'est que meme une fois que le soleil a disparu derriere elle, il fait encore jour pendant plusieurs heures. Une fois qu'il a disparu, je me leve pour rebrousser chemin. Je suis contente, j'ai vu la naissance de la montagne, de loin, mais aussi soudaine que prevue! Me revoila a l'auberge. Je me renseigne sur les randos a faire dans le coin. O miracle, la liberte qu'on te laisse ici! Les chemins sont fleches, t'es pas obligee d'avoir un guide sur le dos. On me fourgue juste une carte et un joli sourire plein de confiance. Dans ce pays ou tout de meme il faut l'admettre, tout est organise pour les visiteurs sous forme de "tours" payants, c'est un bonheur! Je m'en mets plein les poumons et la vue.  Je suis un peu triste de m'en aller de la, d'ailleurs! Si j'avais su l'ambiance que j'allais trouver a Queenstown... enfin remarque, a Queenstown, il s'est passe des choses... Ca fera l'objet d'un prochain texte. Merci aux trois personnes qui visitent encore mon blog de temps en temps, c'est pour elles que j'ecris. Les autres je leur chie dans la bouche.
Par Aude Sécheret
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Dimanche 20 juillet 2008

Je suis une pile electrique, quand je grimpe dans l'avion, a l'aeroport de Singapour. La musique dans les oreilles, je m'installe a ma place, le long de l'allee pour pouvoir etendre mes jambes de temps en temps, au prix de contorsions incluant l'accoudoir qui me rentre dans les reins mais je m'en fiche: je m'envole pour la Nouvelle Zelande, j'ai un excellent a priori, et puis... finie la chaleur accablante! Je deteste les stuarts. Un Australien et un Francais. L'Autralien me demande si je suis allemande, je lui reponds non, outree, alors il me demande d'ou je viens, toujours aussi jovial. Je n'aime naturellement pas les gens qui se comportent comme des bons potes avec moi alors que je ne le connais pas. Je lui dis que je suis francaise, alors il est tres content de me presenter a l'autre stuart, qui parle meme pas bien anglais. Je bous. Je me pose donc devant un film, en me disant que ca va me detendre. Pfouuu, hummmmmf, pfouuu... zeeen. Le meme stuart qui cherche des amis se ramene avec les plateaux repas. Je fais pause sur mon film, et je lui demande si on a le choix entre plusieurs trucs differents, il me donne le choix entre du poulet et du poisson. Ca me fait pas envie, et ce con croit lire sur mon visage que j'ai pas compris ce qu'il disait. Alors il se retourne vers le stuart frenchie et lui demande "how do you say 'fish' in french?". Deux fois qu'il me fout le honte. Je sors mon accent british le plus impeccable et je l'engueule en haussant legerement le ton, parce que je ne supporte pas qu'on me prenne pour une demeuree: "I know what fish means, thank you! And by the way, you should not do that kind of jobs if you cannot get rid of the cliches you have about people. All the tall blond-haired girls are not necessarily German, and some french actually speak english and understand what you say in spite of your terrible ozzie accent." Seche, mechante, efficace, j'ai l'impression de me retrouver derriere le comptoir du Bateau Ivre a casser Greg (le demeure qui se fait appeler 'le baron' parce qu'il a une barbe et qu'il fume des cigares). Je jubile legerement a voir sa mine deconfite, mais je ne laisse pas poindre le moindre sourire. Il me repond un truc tres vite et je dois admettre que j'ai rien pige a ce qu'il a dit, oups, mais je me demonte pas et je reponds "I'll have the chicken, please, thank you".

C'est une journee qui commence bien ma parole! On atterit a Sydney, je dois poireauter quatre heures, alors comme j'ai le temps, les douaniers me font entrer dans une piece isolee, me font lire un papier disant que si je refuse d'etre fouillee je vais avoir de gros problemes, et me demandent, donc, si j'accepte d'etre fouillee. Je reponds "what do you think?" et je lui balance mon sac sur la table, avec soupirs et regards noirs a la pelle. En partant, je lui dis que je suis bien contente de n'etre dans son pays que pour quatre heures de transit. Quoi desagreable? Oui, et alors? En meme temps j'ai le sentiment qu'on me cherche un peu, la... Enfin dans l'avion pour la Nouvelle Zelande! Aaah. La, tout se passe bien. On me fait remplir un petit formulaire ou on me demande si j'ai des hiking boots. J'ai pas envie de perdre de temps alors je les declare pas, mes chaussures de marche. Au moment ou mon sac passe au detecteur, donc, le mec du comptoir dit a la nana qui fouille les sacs "hiking boots. there are hiking boots in the red backpack", sur le meme ton qu'il aurait pu signaler une bombe. Je m'attends donc a voir le GIGN descendre du plafond en rappel en faisant "ho!... ho!... ho!...", mais non, elle me montre juste le papier que j'ai rempli dans l'avion, me demande si c'est moi qui l'ai rempli et signe, je dis "yesse", me demande si je l'ai compris, je dis "yesse, aille sink seau", avec mon plus bel accent franchouillard. Et je dis, en montrant mon sac rouge: "no bouts! chouz, beut no bouts!". Donc elle me fait ouvrir mon sac, me montre mes chaussures de marche et me dit: "do you know what these are?" "yesse! wolkinne chouz!". "Ok, repond-elle, indulgente, we call these hiking boots, you were supposed to declare them". Elle me montre la terre qui est restee collee en dessous, et me dit que pour ca, je risque 1500 dollars d'amende. J'ouvre de tres grands yeux, bafouille des excuses, mais enfin j'avais pas compris, alors elle va me nettoyer les semelles de mes bottes et me les rend en me disant "now you know what hiking boots are!" Il me plait bien ce pays. Si tu est pris en flagrant delit de pas declarer un truc, on te lave tes pompes... Je reviendrai!

Je sors de l'aeroport, et me revoila dans l'hiver. J'ai des petits rires nerveux, a sentir le bout de mon nez tout froid et a trimballer mon bordel sans degoulliner de sueur. Je tombe sur un chauffeur de taxi Russe, alors on parle un peu de son pays, me demande des nouvelles de Mocsou. Lui il n'y est pas retourne depuis huit ans! Je lui demande pourquoi il est parti si loin. Ma question n'a pas l'air de lui plaire du tout alors je me rettrappe en bafouillant qu'enfin je comprend, la Nouvelle Zelande est un beau pays... Il me repond que c'est une longue histoire. Je me plais a croire qu'il est poursuivi par la mafia. Il me depose a l'auberge de jeunesse, on se dit au revoir en Russe, au final il a l'air content d'avoir papote avec moi. Wellington est une tres jolie petite ville ou il fait vraiment bon se ballader! Et tres vite, je decouvre que la Nouvelle Zelande est le paradis des grandes. Tous les manteaux ont ma longueur de manches, et il y a meme des chaussures trop grandes pour moi! C'est les soldes, je trouve une splendide doudoune blanche pour 25 euros et des bottes marron pour cinquante euros. Et puis merde, tant pis si c'est pas prevu dans le budget! En france, meme en soldes, j'aurais paye quatre fois le prix d'ici, et les manches auraient ete trop courtes de toute facon! Je fais un paquet, et hop! a la poste! Vingt Cinq euros l'envoi... pour un si gros paquet, ca vaut largement le coup, je trouve!

Le musee Te Papa est gratuit et vraiment super interessant et ludique. Il y a une maison avec une tele qui diffuse un reportage sur les tremblements de terre, et au bout d'un moment la tele se brouille et tout se met a trembler pour vrai, la maison est secouee de tous les cotes comme pendant un vrai temblement de terre. Bien sur il y a des poignees auxquelles on peut s'aggripper, mais c'est quand meme impresionnant. Je le fais trois fois, avec deux autres gosses d'environ sept ou neuf ans. Pas de complexe. Je trouve aussi une librairie avec absolument tous les Terry Pratchett, en anglais. Alors je commence une nouvelle serie. En fait il est super populaire en Nouvelle Zelande. Le soir, je vais boire un petit verre dans un bar a bieres, les kiwis sont vraiment sympas et ouverts d'esprit. En tous cas ceux que je croise ce soir-la. Mais je rentre tot a l'auberge parce que le lendemain je me leve tot. Je prends le ferry vers l'ile du Sud, et la commencera un veritable marathon. Je n'ai deja plus que dix-sept jours, c'est vraiment trop peu. Je ne pourrai pas faire tout ce que j'aimerais faire, je devrai necessairement laisser des choses de cote. Donc je vais aller vite. Apres m'etre posee un mois et demi au meme endroit (singapour, pour ceux qui debarquent), j'ai la bougeotte. J'ai envie d'en voir plein, j'ai envie d'aller vite, je suis boulimique! Ces dix-sept jours, ils vont etre rock'n'roll. Il est hors de question que je m'ennuie un seul instant. Je suis en mode "les aventures, le retour", et j'ai suffisamment d'energie pour reveiller toute la Suisse! C'est parti!

Par Aude Sécheret
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Samedi 12 juillet 2008
Birmanie, quand tu nous tiens! Voici deux videos d'enfants qui jouent de la musique en face de la cantine que j'aime bien a Rangoon, pour se faire un peu d'argent...









Par Aude Sécheret
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Vendredi 11 juillet 2008

Me voila a la moitie de mon voyage, meme un peu plus. Je suis en Nouvelle Zelande, c'est l'hiver et c'est plein de montagnes partout! Je peux difficilement me trouver plus loin de la maison. A moins d'aller sur la lune... Ce qui signifie que dorenavant, au lieu de m'eloigner de chez moi, je me rapprocherai. Ca sent la fin de voyage, oui deja, parce que mes cinq derniers mois et demi sont minutes. Cinq mois et demi, c'est que dalle, pour le continent americain, en tous cas vue ma facon de voyager. Cent-soixante-dix jours, en gros, moins trente, deja, a Buenos Aires pour travailer, et peut etre moins trente autres a La Paz, Tres probablement moins vingt a New York/Pittsburg. Il faut que je repartisse le reste (quatre-vingt-dix jours) entre le Chili, le Perou, l'Equateur, Haiti/Saint Domingue (peut etre), un petit pays d'Amerique Centrale (que je n'ai pas encore choisi), le Mexique, les Etats Unis sans compter New York (Grand Canyon, Las Vegas, LA, San Francisco, Santa Cruz, le Montana), le Canada.

Calcule comme ca, ca fait meme pas quinze jours par pays. Il y en a que ca ne m'ennuierait pas trop de zapper mais qui se trouvent sur ma route, alors ce serait dommage. Le Canada, ca ne m'attire pas plus que ca, le Perou me fait peur (mon voyage m'a definitivement vaccinee contre les coins "a backpackers"), Haiti/Saint Domingue, c'est peut etre compromis (Anne Claude ne sera peut etre pas la quand j'irai a Haiti, et j'ai moyen envie de me retrouver toute seule la bas, et en plus l'avion coute cher). Bizarrement, je n'ai pas envie de supprimer quoi que ce soit dans mon programme etazunien. Et comme prevu, je ne suis toujours pas excitee a l'idee de visiter l'Amerique du Sud. Rien a voir avec l'Asie. C'est la culture Latine, j'ai des mauvais a priori, et puis il faut etre honnete, je suis un peu indifferente (non, pas taper). Il y a des choses qu'on ne commande pas. Alors attention, je n'attends rien, c'est peut etre justement ca qui me fera tomber amoureuse d'un pays la bas! Je ne me ferme pas de portes. Je signale juste a la compagnie que la, a part la Patagonie (a cause de mon vieux pote Saint Ex surement), l'endroit ou je suis pressee d'arriver c'est le pays de George Bush. Mea Culpa. Mais je n'ai pas envie de bacler le sud pour autant. Argh, gasp et bite en bois, il va falloir que je procede par elimination!

Je me connais, ca se fera sans doute au jour le jour, par des decisions prises au dernier moment. C'est comme ca que ca s'est passe en Asie. J'ai du renoncer au Cambodge pour me reserver du temps en Birmanie, et aussi parce que je voulais absolument y descendre par le Mekong et que ce n'etait pas la bonne saison. Ca en moins, le Cambodge etait moins sexy. Ca m'a appris a ne pas imaginer a l'avance les choses que je vais vivre, parce que c'est tres probablement un pays qui vaut le coup (mais tous les pays valent le coup, j'en suis sure, et on ne peut pas s'empecher d'imaginer certaines choses!). Je ne peux pas dire que je regrette de ne pas y etre allee, mais enfin j'etais si pres! C'est un peu dommage. Mon billet d'avion Auckland-Santiago pour le 20 juillet, que j'avais pris avant de partir, m'a forcee a regler comme une horloge la fin de mon sejour de ce cote du globe. Il fallait que je prenne un mois pour travailler, je comptais le faire en Australie, finalament ce sera Singapour. Apres Singapour, il me restait vingt jours , c'etait stupide de faire dix jours en Australie et dix autres en Nouvelle Zelande. Alors c'est la Nouvelle Zelande, et c'est deja trop peu. Je ne regrette absolument pas de ne pas etre allee en Australie. C'est un continent, ce pays. Meme si j'avais pu y passer un mois, ca aurait ete tres short, pour visiter ces grands espaces. En plus, je ne peux pas jurer etre ferue de culture kangourite. Enfin, a de rares exceptions pres, les Australiens (que j'ai rencontres) sont des porcs. Et des racistes. Et la surfer way of life, biere, feu sur la plage, baggy trousers et cheveux longs et collants, moi ca me fait pas rever du tout. (J'aurai d'ici quelques paragraphes d'excellents arguments pour vous dire que j'ai envie d'aller en Australie, ne vous en faites pas.)

Non le gros gros regret de mon voyage, c'est l'Indonesie. Merde alors! Ca ca me bouffe. Le temps, la thune et la raison m'ont empechee d'y mettre les pieds. Moi je voulais aller a Borneo et Sulawesi, c'etait pas tres complique, au depart de Kuala Lumpur. Et c'etait meme pas tres cher. Mais j'avais pas envie de bacler ca: j'aurais pu y passer grand maximum dix jours, et c'est le plus grand archipel du monde. Et puis vu que je n'avais que tres peu de temps, il aurait fallu que j'y aille en avion. Pepetes! Mais ou veut-elle en venir? Patience, ce sera dans les derniers paragraphes.

On me demande souvent quel a ete mon pays prefere. Je me plais a dire que je ne sais pas quel pays j'ai prefere, mais que je sais lequel j'ai le moins aime: le Vietnam. Et pourtant, au Vietnam, j'ai vecu un reve a Nha Trang, un des endroits que j'ai preferes. Petit recapitulatif? Let's go! En partant de Berlin, je me suis dit que j'aimerais vivre dans cette ville dans quelques temps, pour un an ou deux. Depuis, j'ai croise beaucoup de touristes allemands, et je ne suis plus aussi sure. J'ai ete desagreablement surprise par Saint Petersbourg (une tres jolie ville pleine de gens pas frequentables, a part mes hotes) et tres agreablement surprise par Moscou. Au lac Baikal, j'etais comme un enfant qui vient d'ouvrir un paquet cadeau avec un super jouet dedans. La Mongolie, j'ai beaucoup, beaucoup aime. Et j'ai aime le fait d'aimer autant un pays si difficiel d'acces. Pekin, je me souviens pas, j'ai trop bu. Bon je deconne. Pekin, c'est pas la Chine. J'ai rien vu en Chine, c'est comme si je n'y etais pas allee. A Pekin j'ai bien rigole, mais j'etais avec Poule, et on aurait pu etre partout ailleurs, on aurait bien rigole pareil... Grace a Pekin, je sais pourquoi je voyage toute seule, en fait. Le Japon a ete a la hauteur de mes attentes. Du bon miam miam, des gens bien, des gens complexes, des gens plus fous que moi, des gens accueillants, des gens inattendus, et le Mont Fuji! Et Tokyo! Et les toilettes high-tech! Le Vietnam, un pays ou il faut que je retourne, parce que c'est pas possible que ce soit aussi pourrave, j'ai du mal regarder. Et puis j'y ai appris la plongee, ca cree des liens. Le Laos, un pays ou il faut que je retourne, a un autre moment que la fete de l'eau, pitie! La Thailande, oui oui un jour j'irai visiter le nord, et bien sur je retournerai voir Ear! Mais pour le reste ce sera sans moi. La Birmanie, j'y retournerai, c'est certain, et pas qu'une fois. En Birmanie je me suis sentie utile, et pas seulement pour moi. C'est un pays difficile d'acces, et pas seulement pour les raisons qu'on sait. Mais bordel je me suis sentie vivre! Et j'ai rencontre une ecrasante majorite de voyageurs bien. C'est le seul endroit ou ca m'est arrive. La Malaisie, vu des fenetres du bus, c'est joli, il faut que je visite! Singapour, c'etait du repos, un endroit ou je pourrais vivre un bout de vie (comme Berlin, Moscou, Tokyo, et la Nouvlle Zelande). La Nouvelle Zelande, je vous raconterai ca plus tard, mais c'est tres bien.

Tiens un truc marrant sur l'Asie, ils ont des marques de produits alimentaires etranges... Des petits biscuits tubulaires longs de deux centimetres et fourres au chocolat mou genre nutella s'appellent des "Colons". Et une marque de jus de fruits: "Cyprina"... si vous savez pas ce que c'est que la cyprine, ouvrez un dico!

Bref. Reste du bilan: mes nouveaux objectifs. Merci pour vos encouragements, tous, parce que grace a vous je me suis mise a ecrire pour de vrai, des vrais trucs que j'ai envie de ne pas etre la seule a lire. En gros vous m'avez decomplexee. Et le pire, c'est que ca avance! Et le pire du pire, c'est que je suis contente de la tournure que tout ca prend! Bon, voici venu le temps de vous parler du reste. Une petite idee a arrete de me trotter dans la tete, a l'heure qu'il est elle a grandi, grossi, et tape du pied sur le plafond de mes meninges. J'ai envie de repartir l'an prochain pour un an encore. Je commencerais par quatre mois en Australie, pour mettre des sous de cote, parce que tout de meme, la surfer way of life, fetes sur la plage, cheveux blondis par le soleil et la peau qui a le gout du sel, ca fait rever (hinhinhin), et surtout l'Australie, ca paye bien! Puis j'irais visiter certaines Iles du pacifiques, je retournerais (peut etre en facteur commun) au Japon (pour Okinawa), au Vietnam (pour le nord), au Laos (pour l'orphelinat de Phonesvan), en Birmanie (parce que!), en Thailande (au nord), a Singapour. Mais surtout je visiterais ce que j'ai zappe: le Cambodge, l'Indonesie, les Philippines, et peut etre le Nepal, si possible le Tibet, bref, je finirais l'Asie. Et puis apres, j'irais en Afrique, en faisant bien attention evidemment... Parce que maintenant j'ai envie d'y aller bien plus qu'avant, je m'en sens capable, et surtout, je parviens de moins en moins a expliquer pourquoi je n'y suis pas allee.


Bien sur, c'est un joli projet qui tombera peut etre a l'eau, tout comme l'etait mon voyage de 2008. Bien sur, peut-etre qu'a mon retour, je n'aurai plus envie de partir. Peut-etre meme que d'ici trois mois je regretterai d'avoir ecrit ce texte, et je le relirai en me demandant ce qui m'est passe par la tete, bon sang! Toujours est-il qu'a ce moment precis,  j'ai attrappe le virus du voyage, je suis gravement atteinte, j'en veux plus, j'ai envie d'aller vite, j'ai la bougeotte. Pour etre honnete, je n'ai jamais rien fait d'aussi interessant, excitant, formateur, et tout simplement bon que ce voyage. J'ai confiance en moi, j'ai trouve mon rythme, je pense que ma facon de voyager est la bonne, meme si ce n'est ni la plus simple, ni la plus compliquee, je rencontre des gens, des tonnes de gens, mais je suis insatiable, et je me sens bien dans mes baskets. Comme je disais a Laurent dans un mail recemment, si un jour apres tout ce tumulte j'ai des enfants, je pourrai dire que j'ai eu une vie bien remplie!


Et comme je disais a Agnes, quand j'etais petite et qu'on me demandait ce que je voudrais faire quand je serais grande, je repondais soit "archeologue" parce que le mot a de la classe et que je pensais que c'etait comme dans Indiana Jones, soit "ecrivaine". Comme quoi... Aujourd'hui je me tate a l'ecriture et vous m'encouragez, et puis je suis partie a l'aventure... J'ai pas encore bu une soupe avec des yeux dedans ni soigne les blessures de mon Papa avec de l'eau du Saint Graal, mais j'ai mange du cheval cru et j'ai essuye un cyclone et vous avez tous eu tres peur... Mais en sachant tres bien, au fond de vous, que j'allais m'en tirer. Comme dans Indiana Jones.

Par Aude Sécheret
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Mercredi 9 juillet 2008
J'arrive a Singapour fatiguee et un peu deprimee. Je suis sapee comme un sac avec mes fringues d'ete cheap et pourraves achetees au Vietnam. Mais jusqu'ici, ca allait, je me fondais dans le decor. Ici je fais pouilleuse, clocharde. Je fais des grasses matinees un peu trop longues, je trouve ca un peu suspect... Je tergiverse, qu'est-ce que je vais faire pour la Birmanie... Et si j'y retournais, la maintenant? Non. Et si je faisais un site web expres pour le Birmanie? Non plus. Ce sera un recueil de nouvelles! Je cours a la grande librairie qui a un rayon papeterie et j'hesite trois quarts d'heure avant d'acheter ce cahier immonde mais ma foi confortable a manipuler et manifestement solide.

Mes jambes sont couvertes de staphilocoques, et c'est tres laid, ca fait vraiment "pas en bonne sante", alors il va me falloir des pantalons longs. Mon jean, qui etait le seul fut long eventuellement supportable pendant les grosses chaleurs, a pris l'eau dans mon sac et a retreci, comme ca... Bref, vous l'aurez compris, j'ai des tas de raisons d'aller faire du shopping. Et je ne m'arrete pas aux pantalons: pour la premiere fois en Asie du Sud Est, j'ai l'opportunite d'avoir l'air "locale", alors je saute sur l'occasion.. Petits debardeurs, chemisiers aux couleurs fruitees, et deux pantalons bien longs, confortables, trouves chez Gap en solde et chez Mexx qui liquidait. Je reprends du poil de la bete, je commence tout doucement a me trouver un physique acceptable, les miroirs ne me font plus peur, pas plus que les petites choses rachitiques qui se dandinent sur les dance floors et demandent aux garcons combien ils ont de cartes bancaires avant eventuellement d'aller ecarter les femurs (non, elles n'ont pas de cuisses) dans les draps en soie d'une suite de luxe.

Le courant passe tout de suite tres bien avec Gaele et Francois. "Tu sais, tu peux rester aussi longtemps que tu veux", ca sent pas la formule de politesse, quand c'est dit droit dans les yeux avec des arguments et tout et tout. Je leur annonce que non, il faut que je me depeche d'aller an Australie parce qu'il faut que je trouve du boulot pour me remplir un peu les poches. Oui, mais ici je suis logee... Bon je tente le coup. La cinquieme affaire que je demarche accepte quasiment instantenament de me donner du travail. On me demande de porter un jean et une chemise blanche, comme uniforme. Deux choses que je n'ai respectivement plus et pas. C'est trop bete! Il va encore falloir que j'aille faire du shopping! Les choses se passent plutot bien au Carillon. Surtout qu'on me laisse finir les planches de fromages et les terrines de foie gras quand il en reste un peu, alors bon... Je suis prete a tout endurer pour un bout de fromage, c'est certain!

J'aime bien les amis de mes hotes, aussi! Et puis l'un d'entre eux est le frere jumeau cache du Dingue, aucun doute la dessus (meme facon de parler, meme humour presque aussi decapant, meme entetement charmant sur certains sujets, presque autant de talent, et memes traits physiques!) Alors je me sens en securite. Et je me dis que s'il veut bien s'arranger pour que nos agendas concordent, Le (vrai) Dingue se trouvera au Mexique au mois de Novembre, pour que nous chantions a nos amis sombreriques nos subtiles reprises de Starmania. Le midi, je vais souvent manger a Vivo City, un mall ou le frere du Dingue a un restau francais a des prix raisonnables. Sa chere et tendre, Charlotte, est aux petits soins, et je me sens bien, ca parle francais autour de moi, les gens sont gentils, et de la fourme dans une salade c'est une idee delicieuse.

Je supporte de moins en moins bien le travail intellectuellement pas stimulant. Je supporte aussi de moins en moins d'avoir a faire le larbin pour des gros cons qui me meprisent, d'avoir a sourire a tous ces gens qui se prennent pour les rois du monde parce qu'ils ont un peu d'argent et qu'ils le claquent dans ces endroits un peu chics, comme le Carillon. Beaucoup d'Asiats sont un peu racistes envers moi (la blanche, j'imagine), et pas mal d'expats se prennent litterallement pour les rois du petrole. Au milieu de tout ca, quelques clients sympas, fort heureusement. Mais le reste, quel dedain! Et quelle pitie! Je les vois boire le vin rouge au verre le moins cher en le faisant tourner dans leur ballon et en en admirant la couleur comme si c'etait un Petrus 1976, avec cet oeil du connaisseur, cet air de l'initie fier comme un paon avec un regard faussement blase, et une blessure secrete enfouie au fond des yeux, un peu comme avec une cigarette, chez Jean-Claude Tergal... "La pluie, ca mouille... eeeh oui!" Mais je suis bien lotie pour le reste. Le staff est sympa, je m'entends bien avec a peu pres tout le monde, et les patrons restent des patrons frequentables. Et puis bon ils ont eu le merite de bien vouloir me donner du taf tres vite, je leur en suis tres reconnaissante!

En ce qui concerne Singapour, c'est une ville - un pays, pardon - etrange. De la vraie foret vierge en plein milieu de l'ile, mais a cote de ca un reseau routier de folie, des echangeurs partout, des panneaux lumineux et des flics, des flics, des flics. C'est une ville tres tres sure, parce qu'a Singapour, c'est dangereux d'etre quelqu'un de dangereux. La peine de mort est encore en vigueur, par pendaison, et elle est tellement en vigueur que c'est le pays avec le taux d'executions capitales par habitant le plus eleve au monde! Pour les moyennement mechants, une espece de baton souple fera l'affaire... Eh oui, a l'ancienne, tu baisses ta culotte, et on te fouette le cul avec un baton. Et la ou c'est rigolo, c'est que si tu as ete condamne a 10 coups de batons, ce sera fait en deux seances, pour que les cinq premieres traces aient eu le temps de cicatriser, juste un peu... Voila un bref apercu de la justice Singapourrite.

Mais a cote de ca,  a Singapour, tout est fait pour le confort, c'est de la folie. Si vous voulez vivre dans un pays chaud sans les inconvenients des pays chauds, Singapour est fait pour vous! Si dans certaines villes on a des deratiseurs, a Singapour ils ont des demoustiqueurs... De l'air conditionne partout, des tonnes et des tonnes d'immeubles de logement avec piscine, des tonnes d'espaces verts et des arbres dans toutes les rues pour faire de l'ombre, et tout et tout. Pour etre honnete, en arrivant dans le froid de Nouvelle Zelande, je me suis dit "attends Aude, c'est pas si mal la chaleur en fait..." Mais tres vite en faisant le bilan, il n'y a qu'a Singapour que j'ai trouve ca supportable, a cause de ce confort absolu. Et puis on est en plein milieu de l'Asie, certes, mais dans une ville tellement cosmopolite et diverse qu'a tout moment on peut parvenir a se sentir chez soi! Le Takashimaya a un rayon de bouquins en francais tout de meme bien fourni, on trouve du restau francais partout et a toutes les sauces, du design francais, des magasins de fringues pour occidentaux (avec longues jambes et longues manches!) etc.

Alors attention, ils pechent aussi sur plein de trucs. C'est un pays ou il pleut la moitie du temps, et ils remportent la palme des trottoirs les plus glissants du monde, loin devant les pays ou les trottoirs sont geles. On sortait de chez Ben and Jerry's avec Gaele quand je me suis mise a faire un smurf endiable qui a fait sauter toutes mes vertebres pour eviter de me retrouver les fesses par terre. Ou encore, ils ont eu la bonne idee de faire des tas de parkings abrites, mais aux dimensions des smarts... Pour negocier le moindre virage, tu fais du deux a l'heure en sortant ta langue comme quand tu etais petit et que tu essayais de faire un joli 'h' majuscule. Et c'est plein de petites choses comme ca, qui s'additionnent aux petites contrarietes du quotidien.

Quand mon "contrat" a pris fin au Carillon, j'etais sur mon petit nuage. Je voyais la vie en rose, David m'a fait un tartare comme j'aime pile poil, avec des frites, j'allais enfin me remettre a bouger dans tous les sens, j'en avais fini avec cette clientele majoritairement autosatisfaite et dedaigneuse, on allait danser pour feter ca, ca allait etre du bonheur! J'etais tellement dans la lune que quand Gaele est venue payer son addition, j'ai pris 392 $ (200 euros, en gros) sur sa carte bleue au lieu de 70, et ca lui a semble un peu beaucoup pour quatre verres de vin et cinq bouts de fromage, mais enfin elle s'en fout, Gaele! Allez hop! Une bonne soiree ca n'a pas de prix, comme nous dit si bien Eurocard Mastercard tous les jours dans toutes les langues. Quand on s'en est rendus compte apres la fermeture, je savais plus ou me foutre! J'avais fait un sans faute, jamais de retards, un nombre raisonnable de verres casses, ma fierte ravalee toutes les fois ou j'aurais bien aime mettre mon poing dans la gueule aux clients, et sur mon dernier jour, je vole ma nouvelle Coupine! Tous est rentre dans l'ordre, mes patrons (que je suis bien contente de ne pas avoir croises APRES) lui ont rembourse la difference, et elle ne m'en veut meme pas! Le cul borde de nouilles, j'vous dit!

Pour ma derniere soiree, Gaele et Francois m'emmenent manger un crabe au poivre que j'aime a la folie! Oui Papa, le fameux crabe geant dont tu m'avais parle! J'en avais jusqu'au coude, du poivre, a la fin. Gaele et Francois etaient au spectacle, ils regardaient le grand predateur fondre sur sa proie avec force "rhaa miam miam", le sourire plein de petits grains de poivre, les bras mouchetes de gris, les ongles noircis, la goutte au nez et les joues rouges a cause du piment, et un air de beatitude comme apres un bon... bref! Apres, on va dire au revoir aux caupains, et puis on rentre a la maison, et comme d'habitude avec Gaele, on papote jusqu'a pas d'heure, parce que quand meme c'est la derniere fois avant un bout de temps, en direct en tous cas. Le lendemain, courses, poste, sac, Mac Do, et Francois a la gentillesse de m'emmener jusqu'a "l'areoport de Singapour. areoport de Singapour. Cet avion desservira les gares de Sydney et Wellington. Les passagers se trouvant a l'arriere de ce vehicule s'arreteront a la gare de Sydney". Apres un mois et demi de pause a Singapour, me voila repartie pour de nouvelles aventures, en Nouvelle Zelande. Je change de continent, et la bas, je me trouverai exactement a la moitie de mon voyage, et back in winter. En fait ca y est, c'est presque fini. Tout arrive a une vitesse vertigineuse, et je suis minutee, jusqu'a la fin. Le prochain texte sera un petit bilan de cette premiere moitie. A bientot!


Par Aude Sécheret
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Lundi 7 juillet 2008
Hello tout le monde! Picasa est a jour, vous pouvez aller faire un petit tour si le coeur vous en dit. Au programme: Hugo, Rangoon, Singapour. Le lien est dans la marge de droite (Mes Photos) enjoy!

J'avais passe une semaine a Bangkok avant d'aller en Birmanie. Ce fut pour moi un moment d'intense bonheur, mais je ne m'attarderai pas sur le sujet, parce que ce ne fut pas non plus le moment le plus truffe de rebondissements. J'etais chez Ear et Hugo, la femme et le fils de Marco, pour ceux qui connaissent (un jeune barman qui me remlplace au Bateau Ivre). J'etais comme un coq en pate, je dormais autant que je voulais, j'allais a la piscine, je profitais de la vie de famille, ca faisait du bien d'avoir des petits autour de moi. Hugo est un phenomene, et ses cousines, les deux petites grenouilles, sont de jolies petites filles malicieuses. La Maman d'Ear me preparait des tonnes de bons petits plats, elle a l'air de croire que je suis mal nourrie. Je pense qu'en fait toutes les Grand-Meres du monde pensent que leurs petits n'en ont jamais assez! La vie nocturne a Bangkok, c'est pas vraiment fait pour moi. Des clubs, des petasses et des merdeux, pas de bon vieux comptoir en bois ronge par l'alcool. Les taxis essayaient systematiquement de m'enfler mais il est fini ce temps ou je restais polie (s'il a existe).

Le retour en Thailande apres la Birmanie fut moins paradisiaque. J'avais les jambes couvertes de plaies que les mouches se faisaient un plaisir de squatter a chaque fois que je mettais le nez dehors. Et puis j'avais du manger dans la rue mon dernier jour la bas, la bouffe etait preparee dans une eau que je donnerais pas a ma toutoute, meme pour se laver le cul. Alors je vous laisse imaginer l'etat de mon bide. Trois jours chez Ear pour me remettre, et hop! Elle s'envole en France, pour aller retrouver son cher et tendre pour un mois. Je me dirige donc vers le centre ville de Bangkok, que je deteste des la premiere seconde. La meme population de merde qu'a la fete de l'eau se retrouve ici, sur Khao San Road. J'aurais pu habiter partout ailleurs, mais j'avais envie d'un peu d'animation... eh ben j'etais servie! Des touristes pleins commes des barriques, tout avec leur fameux T-shirt "Beer Lao" ou "Same Same but different", dont je n'ai pas encore assez parle, tous a se faire faire la meme coiffure, tous a chercher a troncher ou a se faire troncher, eventuellement a payer pour ca, apres tout ca fait partie du folklore local, pas vrai?

Alors me voila perdue au milieu de tout ca, de nouveau dans la jungle humaine, ou se retrouve incessamment la lie des touristes, les pires, les plus cons. Dans la journee, je tombe sur Oup, un conducteur de tuk tuk, qui m'explique qu'il veut bien me faire visiter Bangkok gratuitement si j'accepte en echange d'aller dans les magasins et les agences de voyages qu'il me dira, faire comme si j'etais interessee, sans rien acheter surtout, c'est trop cher. Ca m'eclate, je saute sur l'occasion. En fait il touche de la thune a chaque fois qu'il amene un touriste, au final, il a un joli pactole, et moi j'ai visite Bangkok! Et puis il m'a paye a manger, a boire, et a cloper toute la journee, je suis contente, j'ai bien rigole.

Le soir, dans l'espoir de croiser un peu d'Irlande, je vais faire un tour au Gulliver's. Je reste seule, avec mon air de bouledogue parce que vraiment j'ai pas envie qu'ils me parlent tous ces gens. Et je m'enfile de la binouze en me disant qu'il me faudra bien ca, pour dormir a la guesthouse, avec le tapage de la rue. Dans le coin fumeur, je tombe sur un ecossais qui commence a me parler. Il me demande comment je trouve ce "forum international de rencontres en direct". Je reponds "ben, comme ca, justement...", en soupirant. On s'est tout de suite compris. Et meme pas d'arrieres pensees. Il s'en foutait, Nikki, il avait juste envie de trouver quelqu'un de dejante avec qui faire des conneries. Well done. Apres un verre en plus, on decide d'essayer de voir ou mene cet ascenseur, ou c'est ecrit dans toutes les langues du monde que surtout c'est interdit au public. On monte au 7eme direct (non Cath, pas ciel), et la on se trouve sur le toit du bar, avec une super vue sur Bangkok. On hesite entre aller chercher a boire et picoler tout la haut, ou visiter les autres etages. On visite les autres etages, on fait les cons avec une vielle batterie qui traine dans un coin au quatrieme, mais personne ne vient nous arreter! Quelle deception! Alors on decide de descendre dans la rue et de compter les mecs qui levent des putes. on a arrete (on en etait a plus de 10...) au moment ou on a vu un mec, un thai, allonge par terre sur la route, avec le trottoir comme oreiller, et l'air pas vraiment reveillable. Il etait un peu tard, genre 4h du matin, et on secouait le mec qui refusait de nous repondre, dans l'indifference generale. Il se reveille au bout d'un moment, d'un seul coup, les yeux infra rouges, et entre deux claquement de dents et gestes convulsifs, il nous dit, en gros, il me semble, d'aller nous faire foutre. Nous on se dit ouf, tout va bien, c'est que des amphetes, il est pas mort!. Et puis bon aller se faire foutre, pourquoi pas, mais on a une meilleure idee. On va demander a un maquereau s'il peut nous trouver une jeune femme de 10 ans pour baiser avec nous ce soir. Apres avoir verifie qu'il n'y avait personne autour, il nous dit pas de probleme, revenez ici dans une demi heure. On lui dit que non, en fait c'etait juste pour savoir si c'etait vrai que la Thailande c'etait plein de fils de putes. On va se bouffer un burger king avec une grosse envie de gerber, on se dit, comme Balavoine, "qu'on n'est pas les plus malheureux", et puis on va se pieuter.

Le lendemain, Oup m'attend dans la rue pour me payer le taxi jusqu'a la gare, c'est gentil tout de meme! J'arrive a la gare avec l'envie de me barrer en courant, et je saute dans un train qui va a Hat Yai, pour ensuite prendre un bus pour Songkla. Dans mon guide, la description ressemblait a celle de Nha Trang. En fait pas du tout. Deja Songkla ca sent la maree, mais c'est pas comme en Bretagne: il fait super chaud. Alors ca pue. Je suis la seule etrangere, alors on me regarde bizarrement et aucun de mes sourires ne parvient a desarmer la mefiance des gens. Je suis une Farang, et on me le fait bien sentir. J'ecris donc mon desarroi a Papa et a Laurent (qui me repondent rapidement), je lis un bouquin pour me changer les idees qui s'intitule "D'abord, ils ont tue mon pere", et je chiale dans mon oreiller. Il y a vraiment des gens qui sont super balaises pour faire l'autruche, et qui rechignent a installer Skype chez euz alors que c'est si simple et que dans ces moments la putain ca ferait du bien. Et pourtant il faut vivre! J'ecoute Pink Floyd en entier. Je prends conscience que j'ai vraiment un rapport etrange a la musique. Quelque part au fond de moi, je suis persuadee qu'ecouter Pink Floyd, c'est Bien. Profondement Bien. Je me sens quelqu'un de sain, apres un album de Pink Floyd. C'est bizarre. Bon craquage complet, je sais plus comment je m'appelle, heureusement Gaele, de Singapour, repond a mes mails, (elle), et me dit que oui, je peux debarquer quand je veux.

Je saute dans un bus pour la Malaisie, et je n'arrete pas de penser a la Birmanie, qui en fait me manque. et chaque kilometre qui m'eloigne un peu plus de ce pays est un kilometre de peine. Arrivee a la frontiere entre la Thailande et la Malaisie, je descends du bus comme tout le monde pour aller faire la queue au guichet des passeports. La cabine du douanier est en verre fume et je vois mon reflet dans ce verre, au bout de cette file de vingt personnes. Tous Asiats. Tous plus petits et plus minces que moi. Je me vois dans le verre de la cabine parce que je depasse en hauteur et en largeur. Je me sens difforme et laide, trop grande et trop grosse, alors je fume une clope et j'attends que la torture cesse. Mon arrivee a Singapour sera un grand moment. Il est sept heures du matin et j'ai pas dormi, j'ai la tete des grands jours, les yeux gonfles et les aisselles qui puent, et Gaele vient de se reveiller, court partout pour me preparer ma chambre, m'explique tout plein de trucs, me decoiffe les cheveux et me dessine un sourire en plein milieu du visage avec son energie debordante. J'ai le sentiment que s'il y avait une ardoise a remplacer sur le toit, Gaele irait le faire, la, maintenant, le 17 mai a sept heures du mat.
Par Aude Sécheret
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Vendredi 20 juin 2008
Pour la deuxieme fois de ma vie, l'orage m'empeche de dormir. Trop de decibels, trop de trucs qui s'ecrasent au sol dans un fracas du diable. Ca me rappelle vaguement le 26 decembre 1999, ou le chauffage a ete coupe a cause de la tempete et ou je n'ai jamais autant vomi en une journee (19 fois). Je m'etais bien dit que le 26 decembre etait une date a la con. En 2004, jen ai eu confirmation. Ca a bien fait rigoler Tim (non, Cath), parce que c'est la date de son anniversaire.

Je sors de ma chambre ou il pleut un petit peu, pour aller faire un tour sur la terrasse ou quelques heures avant j'ecrivais des cartes postales. Le groupe electrogene fonctionne encore, je ne sais pas comment, mais Rangoon est plonge dans l'obscurite. Les chaises en plastique sont eparpillees un peu partout et continuent de se trainer bruyamment par terre au gre du vent qui ne va jamais plus de dix secondes dans le meme sens. Les tables en metal ont valdingue, je patauge dans l'eau qui court de tous les cotes. Je vois voler quelques trucs qui vont super vite mais je ne vois pas vraiment ce que c'est. Des ombres. Un truc enorme se cogne et rebondit contre le grillage de la terrasse. Je me demande comment il tient, le grillage. Il me semble que c'etait une tole en plastique vert, comme il y a sur le toit de l'immeuble en construction en face, mais je n'ai pas tres bien vu. Je me dis que de toute facon je ne verrai rien, et que le grillage ne tiendra peut etre pas longtemps, alors je retourne dans ma chambre. C'est bizarre a quel point je n'ai pas peur. J'essaye de rationnaliser dans le mauvais sens: "Allons Aude, quand meme! C'est une sacree tempete! T'as jamais vu ca, hein? Et puis t'es en Birmanie, s'il arrive quelque chose, c'est la merde, non?" Mais les sentiments qui m'habitent sont intensement irrationels. Je suis sure a cent pourcent que je ne mourrai pas. Ca ne fait pas l'ombre d'un doute. Je ne souffrirai pas non plus. Il ne m'arrivera rien. Rien. Je n'essaye pas de me convaincre de ca, pas besoin! C'est une evidence. Et encore une fois, je n'ai pas vraiment conscience de la gravite de la catastrophe.

Alors quand les petites abeilles (vous vous souvenez?) viennent frapper a ma porte pour me changer de chambre, vraiment je soupire, et je me dis que ca ne sert a rien. je fourre tous les trucs importants dans mon sac: appareils photo, passeport, thune, paperasses, ipod, telephone etc. On me descend au cinquieme, dans un grande chambre avec salle de bains privee, ca m'enerve, c'est pas MA chambre. Et puis j'entends moins bien les bruits. C'est frustrant. O rage O desespoir, au final je m'endors. degoutee. Un espece de plic ploc me reveille. Un plic ploc douteux. Pas le plic ploc cristallin qui tombe sur le carrelage. Un plic ploc sourd, du genre qui tombe sur un tissus un peu rigide mais deja gorge d'eau... Non... Non! Quand meme pas! Je me leve d'un coup et ordonne a mon cerveau de dire a mon bras d'empoigner mon sac. En retour mon cerveau recoit l'information "eponge". Eh merde. Un peu de jour entre dans ma nouvelle chambre ou on ma bouge pour des raisons de securite, j'ouvre mon sac, tout est trempe. Les pages de mon passeport sont collees, ma thune a deteint (comme au Laos pendant la fete de l'eau), mon ipod est tout humide et mes appareils photo sont pleins de buee. Je n'essaye pas de les allumer, j'attendrai qu'ils sechent pour avoir le verdict.

J'etends tout ca sur une partie seche du lit et je grimpe la haut tant bien que mal: il pleut par tous les plafonds, absolument tous les paliers sont inondes, et l'eau coule par les escaliers comme une bonne petite riviere de deux centimetres de profondeur, et degouliine le long de tous les murs. Je manque de me vautrer plusieurs fois. J'arrive a la cuisine, le proprietaire de l'auberge est catastrophe, sa cuisine est en ruines, tout a vole partout, il dit qu'il a tout perdu. Il a les yeux exorbites, bouge et parle comme un robot. Il pleut encore assez fort, et les abeilles tentent de boucher des fenetres avec des tissus deja detrempes, qui tombent en quelques minutes a cause du poids de l'eau mais qu'elles remettent. Du verre casse jonche le sol, quelqu'un demande s'il reste quelque chose a manger. Quelques minutes plus tard une abeille remonte avec quelques minuscules bananes. Bon ca fera l'affaire. Quelqu'un d'autre demande s'il y a de l'eau, le proprietaire lui repond sur un ton monocorde qu'il y a de l'eau jusqu'au troisieme etage. Ca ressemble a un gros qui pro quo, en effet le mec remonte, il n'y avait rien ni personne au troisieme, mais effectivement plein d'eau par terre. On est tous pris d'un fou rire, comme des gros cons d'occidentaux qui n'ont rien perdu dans la tempete, mais enfin c'est vraiment bon de rire.

Me voila en haut, sur la terrasse, enfin ce qu'il en reste, et je contemple Rangoon, enfin ce qu'il en reste. Toutes les antennes sont tombees, je ne sais pas combien d'immeubles n'ont plus de toits, des arbres entiers jonchent les rues, bref, ce n'est plus le meme paysage. Je retrouve Tim, on a la dalle, on decide de sortir chercher a bouffer. En fait c'est un pretexte. On veut voir l'ampleur des degats, et on se demande si l'armee est sur place pour aider. Donc, aussitot apres que l'idee du deluge se fut rassise, nous sortimes dans les rues de Rangoon. Une pluie nous tombait dessus, comme des restes faiblards, mais il fait bon, on n'a pas trop chaud. Nos mollets entiers trempent dans une eau degueulasse, boueuse, dans laquelle s'est dilue le compost des dechets urbains accumules depuis des lustres, et a la surface de laquelle de l'essence dessine ces volutes si jolies, comme les billes "petrole" de notre enfance, celles qui valaient le plus cher evidemment. J'imagine que les billes les plus prisees au Koweit sont des billes "eau" parfaitement limpides. Je pourrais passer des heures a decrire les arbres centenaires deracines par le vent avc des pans de trottoir entiers desesperements agrippes a leurs racines, les voitures en morceaux, les trottoirs jonches d'antennes paraboliques, les objets casses. Les gens se mobilisent deja, ils grimpent sur les troncs des arbres couches et entreprennent de les decouper a coups de machettes emoussees. Personne ne veut de notre aide parce que la police traine dans le coin, et puis de toute facon nous ne sommes pas censes voir ca. Sur un des arbres, un policier scie une branche, et un journaliste birman le prend en photo (j'imagine qu'un birman an jupe avec un objectif monstrueux comme la bite de Rocco est un journaliste). Nous trouvons finalement une petite echoppe ouverte, tenue par des Chinois. On y achete de quoi tenir deux jours, au cas ou, tres cher par rapport aux prix habituels mais encore pas trop cher pour nous, europeens. Le patron a l'air content, il est sans doute en train de faire la recette de l'annee. Et j'en croiserai d'autres, des comme ca.

Avant de rentrer, nous faisons un detour par Sule Paya, la grande rue chere avec de grands hotels de luxe. Sur les deux voies, les voitures peuvent circuler sans probleme. Quelques slaloms seront necessaires bien sur, mais rien de catastrophique, et les flaques ne sont pas infranchissables. Eh bien la, heureusement, l'armee vient en aide aux gens, parce que c'est vrai que les trois branches qui trainent sur la chaussee sont tres tres tres dangereuses, hein! En revanche, la ou les arbres sont carrement en travers de la route et ne tiennent plus qu'a un fil (electtrique tendu comme un string), pas de treillis, pas de rangers. Retour a l'hotel. Pas de douche possible, l'eau est coupee. Mon Lumix fonctionne, alors je ressors pour photographier un peu tout ce que je viens de voir. Je ne prends pas le risque de photographier l'armee, mais j'ai reussi a choper la photo du flic en haut de l'arbre. Et tout le reste. Ce sera mis en ligne sur picasa incessamment sous peu. Je me dis que tiens, ca fait tout drole: les trottoirs sont vides. Normalement on fait de tout petits pas parce qu'ils sont jonches d'etals et de gens, et qu'en plus sur certaines rues les trottoirs sont separes de la chaussee par de hautes grilles. La, mes obstacles ne sont plus des gens mais les debris de la tempete.

Le lendemain, les choses se mettent en place et les vautours commencent a s'en mettre plein les fouilles. Le vendeur de tole ondulee compte ses biftons, le fabriquant d'antennes paraboliques ramasse les debris pour faire de nouvelles antennes sous les cris de protestation d'une femme, les magasins se munissent de groupes electrogenes d'occasion qu'ils vendent cher, et les files d'attente pour l'eau commencent a faire plus d'une dizaine de metres de long. Assise en tailleur sur un trottoir, un femme epouille un petit garcon endromi, comme si rien ne s'etait passe. Et tout en faisant la queue, les femmes restent souriantes, surtout quand le journaliste leur demande de sourire. Certains magasins d'alimentation rouvrent leurs portes, mais toujours pas d'internet, et mes parents doivent s'inquieter. Je vais manger dans un boui boui que j'aime bien ou ils font frire le tofu pour pas cher, et c'est la que je fais ma plus belle rencontre. V. m'emmene dans une eglise pour qu'on puisse parler librement et me dit tout ce qu'il sait, tout ce qu'il a envie de dire sur son gouvernement. Par exemple, la plupart des gens gagne environ 20 dollars US par mois. Une cesarienne coute 700 USD. Plein de petites infos comme ca, de chiffres qui parlent d'eux memes, d'anecdotes et de rumeurs qui me .laissent sans voix. V. me dit ensuite qu'il croise pas mal de francais au Myanmar. Un cocorico se met a chanter dans ma tete et je commence a dire que je suis agreablement surprise, mais j'imagine que nous sommes le peulple de la revolution alors que bien evidemment nous sommes touches par la cause birmane. Il me regarde avec un petit sourire et me dit "non, les francais que je croise d'habitude sont la pour le business". Je ferme ma grande gueule et je vomis dix fois mes chers compatriotes. V. voit bien que je suis degoutee et me dit qu'il y a aussi plein de Birmans qui font du business avec le gouvernement. Mais enfin nous savons tous les deux que ce n'est pas vraiment comparable.

Nous echangeons nos emails en nous romettant d'echanger des nouvelles de son pays. J'aurai ses anecdotes de l'interieur, il aura les infos internationales par moi. Tim avait achete un Newsweek avec en couverture un titre allechant sur la junte Birmane, des pages 22 a 25. L'article avait ete coupe au cutter. Rien n'est laisse au hasard en Birmanie. De retour a l'auberge je tombe sur Thibaud (non, Cath!), un copain qui revient tout juste de Pagan. Il me raconte que tous les habitants ont ete chasses de Pagan avec pour dedommagement des bons coups de pieds aux fesses pour que cet endroit indescriptible (des temples a perte de vue) soit uniquement un lieu touristique. Je suis bien contente de ne pas y avoir foutu les pieds, vraiment. Il me dit que la haut, au nord, la terre est craquelee d'aridite, et qu'il n'a absolument pas entendu parler du cyclone. Mais dans le bus de nuit qu'il a pris pour redescendre sur Rangoon, au petit matin, il a vu des maisons en allumettes completement ecrasees par des arbres, et il en a vu des tonnes. Et j'irai moi aussi faire un tour a quelques kilometres au nord ouest de Rangoon, et je verrai la meme chose. On fait notre estimation, on se dit qu'il doit y avoir 300 morts au moins. C'est d'ailleurs la premiere estimation qui tombera avant que l'on atteigne les chiffres que l'on sait (plus de 10000 morts). Je n'ai pas pu aller dans le delta, je n'ai pas voulu aller sur les plages pour touristes, tout ca m'a sauve la vie.

A mesure que le temps passe, les chiffres des morts augmentent. Les gens ne sourient plus quand ils font la queue dans la rue, et moi qui suis une priviligiee, je n'ai pu prendre qu'une douche froide, et mes jambes se sont mises a saigner lorsque j'ai passe ma serviette de toilette dessus, pourries par l'eau dans laquelle elles trempent a longueur de journee, et j'ai ingurgite de l'eau pas bonne et je suis malade, et les mouches commencent a venir tremper leurs papattes et dieu sait quoi dans mes plaies. Mais j'ai de la creme antibiotique, du smecta, un avion pour le 6 qui me ramenera a Bangkok, un Papa medecin qui me donnera conseil. Eux, en Birmanie, n'ont pas tout ca. Loin de la. V. m'avait parle d'un hopital musulman encore abordable pour le citoyen lamda. J'avais demande si c'etait un bon hopital, il m'avait mais non enfin ils n'ont rien! Mais il a le merite d'exister. Le jour de mon depart, le gallon d'essence est passe a 20 USD le gallon, et des files de voitures de plusieurs kilometres attendent l'ouverture du point de ravitaillement. Je me mets a rever que peut etre ce deluge est le debut de la vraie revolution, celle qui renversera les dirigeants.

"Puis, dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c’était le printemps.

- Sourds, étang, - Écume, roule sur le pont et par-dessus les bois ; - draps noirs et orgues, - éclairs et tonnerre, - montez et roulez ; - Eaux et tristesses, montez et relevez les Déluges."


Par Aude Sécheret
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Ah d'accooooord...

En fait le bec du canard, c'est pour se gratter le cul!

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