Mercredi 28 mai 2008
Le delta n'a pas voulu de moi. En Birmanie, il est interdit de loger chez l'habitant. Alors on est cantonnes aux endroits ou il y a des auberges de jeunesse. D'apres ce que me disent toutes les agences et toutes les auberges a qui je demande, il n'y en a pas. Eh bien je resterai a Rangoon. Je n'irai pas visiter des trucs et prendre des jolies photos de ce que l'on m'autorise a photographier. Je ne veux pas les miettes de la Birmanie, je veux la Birmanie. A Rangoon j'ai le sentiment qu'il se passe des choses. J'ai vu une voiture renverser un homme comme dans les films, avec le mec qui vole et tout. J'ai vu des femmes se battre pour quelques dollars empruntes pour acheter des legumes, a coups de manche de parapluie. Le 28 avril, une bombe a explose dans un cafe, on ne sait pas pourquoi. Le 30 avril, j'etais dans un club ou le DJ a juge bon de mixer sur le theme de "happy birthday". J'ai fait la connaissance de gens, j'ai eu affaire a des gens baillonnes par leur gouvernement, la peur dans les yeux mais l'envie de parler, meme de tout et de rien mais de parler. J'ai aussi rencontre de tres rares personnes qui parlent. Qui disent des choses sur leur gouvernement. Qui ne se connaissent pas entre eux, et dont les propos se recoupent souvent. Souvent leurs histoires sont a peu de choses pres les memes. Souvent, elles visent a montrer a quel point la junte militaire fait vivre un enfer aux citoyens du Myanmar. Mais toujours, ils precisent qu'ils ne savent pas cela de source sure et qu'ils n'en parlent jamais ou presque parce que c'est dangereux. Je ne crois pas que dans la situation inverse, les dirigeants leurs laisseraient le benefice du doute...  L'un d'entre eux m'a meme emmenee dans une eglise pour que l'on puisse etre vraiment seuls et qu'il me raconte tout ce qu'il avait a me raconter. Il m'a parle pendant plusieurs heures, sans pouvoir s'arreter, comme s'il n'avait pas pu parler comme ca depuis des lustres, avec l'espoir que son message atteigne d'autres oreilles en plus des miennes.

Mais je garde ces informations en or de Birmanie pour un autre projet. D'une part, je passe mon temps a me documenter pour en savoir plus et pour essayer de recouper les rumeurs que j'ai entendues avec d'autrs sources. D'autre part, en journalisme, le plagiat est monnaie courante, et en plus je ne suis pas journaliste alors j'ai probablement encore moins de moyens de defense que ces vendus aux grands groupes industriels (svp, ca vous prendra deux heures maxi, lisez Les Nouveaux Chiens De Garde de M. Serge Halimi).

Bref, tout ca pour dire qe je reste a Rangoon, na! Et j'y vivotte. Je vais diner plusieurs fois dans un cafe ou les serveuses sont aux petits soins et ou l'on peut regarder le foot anglais. Je sympathise avec elles, qui font partie des 90% qui preferent dire que oui, il fait bon vivre en Birmanie. Mais elles sont gentilles et l'une d'entre elles me demande tout de meme mon email, j'ai bon espoir de parler avec elle pour de vrai un jour, meme par emails et dans un anglais approximatif. Un jour je me balade dans le quartier du cinema, et une femme assise sur une chaise en plastique me dit bonjour, je repond a son bonjour, instantanement on se met a discuter, je m'asseois avec elle. Elle s'appelle Chochowe. Je nous offre a boire (elle n'a rien demande), on fait connaissance, elle voit mes jambes maculees d'enormes boutons de moustiques et court me chercher une creme contre les demangeaisons, qu'elle aura sans doute payee bien plus cher que nos jus d'orange, et m'aide a la passer sur mes jambes. Je suis un peu genee mais elle ne veut pas que je la lui rembourse, et elle tient a bien etaler la creme elle meme, comme ca en plein milieu de la rue. Cette creme s'averera etre un remede de cheval a la cortisone, mais ca marche du tonnerre. Je ne sais pas quoi faire pour la remercier, alors je lui demande si elle aime la musique. Elle dit oui. alors je sors mon Ipod, et pendant presque une heure, je lui fais ecouter plein de trucs differents, en finissant evidemment par Pink Floyd, qu'elle n'avait jamais entendu et qu'elle aiime beaucoup. On se quitte comme ca, sans echanger nos adresses ni rien, c'etait une belle rencontre.

Je devore Burmese Days de George Orwell. Une plaisanterie circule, il aurait ecrit deux autres bouquins sur la Birmanie: La ferme des animaux et 1984. C'est une plaisanterie qui n'est heureusement qu'a moitie vraie. Les regimes politiques decrits sont tres approchants, mais le peuple birman n'est pas le peuple de 1984. Les citoyens du Myanmar ne sont pas lobotomises. Ils vivent dans la peur, mais ils ne croient pas que leur regime politique est bon. Ceux qui disent qu'ils aiment leur gouvernement ont trop peur pour dire ce qu'ils pensent vraiment (et c'est ma faute s'ils mentent, je n'avais qu'a pas poser la question) ou bien sont complices du pouvoir mais meme la je pense qu'ils sont conscients d'etre "les mechants". Ceux que j'ai rencontres n'ont clairement pas la conscience tranquille. Pour faire une comparaison hative, c'est l'inverse des Chinois. La plupart des Chinois que j'ai rencontres (et mes amis francais de Pekin me donnent les memes echos) parlent de Mao comme leur leader, de facon quasi religieuse, et il serait impensable de tenter de poser des questions rationnelles a ce sujet. Je suis persuadee que cette difference enorme est due au fait que d'une part beaucoup de Chinois profitent de l'essor economique de leur pays (ce n'est pas le cas en Birmanie), et que d'autre part, les Chinois ont ete berces dans les slogans d'un peuple elu, dans un pays cense etre le centre du monde, dans une langue supposee etre la plus raffinee d'Asie, etc etc. Je ne crois pas qu'on ait chante aux Birmans de tels bobards. On s'est contente de les tuer, de les menacer et de les baillonner, mais sans leur poser d'oeilleres.

Un soir, en rentrant a pied du cafe que j'aime bien, je croise une famille couchee dans la rue, sous une arcade. Ils ne dorment pas encore mais sont sous des couvertures. Ils disent bonjour avec un sourire franc et entier. Je suis avec une francaise, nous passons en nous demandant si vraiment, on a bien vu ce qu'on vient de voir. Le soir du trente avril, Bianca me traine hors du centre ville pour qu'on aille faire la fete avec des expats qu'elle a rencontres par Hopitality Club. Nous domirons chez son ami Andreas, un Suisse accueillant comme savent l'etre les Suisses (non Cath, je n'ai pas couche avec). Quand nous arrivons chez lui, nous allumons la tele pour voir Chelsea battre Liverpool. Quand nous eteignons la tele, quelque chose se passe en moi. Je ne sais pas ce que c'est mais c'est comme si d'un seul coup j'etais guerie d'un mal que j'avais ignore. Le canape est confortable mais tout de meme pas a ce point. C'est alors que je me rendis compte que chez Andreas, il n'y  a pas de bruit. Et en fait, je n'avais pas entendu le silence depuis mon arrivee a Rangoon, pas une seule fois. A toutes les heures du jour et de la nuit, un tapage incessant. Mais le bruit ne m'empeche pas de dormir, alors comme je n'en avais pas souffert, je ne m'en etais pas rendue compte. Quand j'etais petite, j'ai tres vite considere que dormir etait une perte de temps, alors la sieste, c'etait pas pour moi. Mais quand ma Maman passait l'aspirateur, je me coulais dans un gros fauteuil et je roupillais jusqu'a ce qu'elle arrete. Mere persecutee, ma Maman etait obligee de sortir l'aspirateur si elle voulait avoir la paix. De meme, je ne dors jamais aussi bien que chez mes parents, parce qu'ou que je sois dans la maison, j'entends comme si j'etais a cote de lui les ronflements de mon pere qui font trembler les murs et tomber des ardoises, et ca a quelque chose d'extremement rassurant. Bref. Chez Andreas, c'est calme. Quand le lendemain je me retrouve dans le centre ville, je fais dans mon esprit un genre d'inventaire des bruits. Principalement les voitures, dont vous savez deja qu'elles sont loin d'etre modernes, mais aussi les cris des vendeurs de rue, les klaxons, la musique dans la rue, le muezzin en haut de son minaret, les groupes electrogenes (pour des raisons economiques, les gens alternent entre l'electricite publique (qui coute cher) et privee). Le probleme, c'est que le groupe electrogene, il fonctionne aussi la nuit, sans cesse. Et regulierement, des gens crient dans la rue. Une nuit, avec mon pote Tim (non, Cath, je n'ai pas couche avec), on entend meme des coups de feu au loin...

Je lis quelque part que le gouvernement perd probablement de l'argent sur les cartes postales tant les timbres ne sont pas chers. Alors j'en achete dix. En me disant que je trouverai bien suffisamment de destinataires. Je me pose sur l'espece de terrasse abritee, je me sers de mon couteau suisse pour ne pas que les cartes postales s'envolent, mais il a peine a les retenir. Aujourd'hui, plein de magasins et de restaurants etaient fermes, on m'a parle d'un typhon qui approchait, certains disaient que ce serait juste une grosse tempete. Moi, je me regale, je n'ai aucune conscience de l'ampleur que tout cela prendra, alors j'ecris invariablement sur quasiment toutes les cartes postales l'humeur du moment: c'est bon, un vent violent comme en Bretagne, et c'est bon, de grosses gouttes de pluie fraiche qui fouettent mon visage! Idee de genie: je descends mes 110 marches pour courir au Cyber cafe du coin et demander a tout le monde de m'envoyer leurs adresses fixes. Seuls deux pote ont repondu a temps. Je rentre a l'auberge, qui se trouve a 10 metres du cafe, je suis trempee comme si j'avais pique une tete dans la mer. Une demi heure plus tard, Rangoon est coupe du monde, et le cyclone Nargis devaste tout sur son passage. Et completement a cote de la plaque, je continue de m'esclaffer par ecrit: "aaah! enfin un peu d'air!".

Par Aude Sécheret
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Samedi 24 mai 2008
Alors faut savoir que c'est pas parce que les citoyens du Myanmar sont opprimes qu'ils sont des saints absolus. Au bout du troisieme "I want to fuck you" a mon pasage dans la rue, j'ai commence a me sentir mal, en tant que nana toute seule. pourtant, jamais de pantalons trop courts ou de jupes, et les epaules couvertes jusqu'au coude, et jamais de decollete plongeant, mais enfin voila j'ai la peau blanche et les cheveux blonds, et c'est pas la bonne equation, ou que ce soit en Asie du Sud Est, en fait, surtout quand on a pas un mec avec soi. Ici rien a voir avec le Vietnam. C'est pas le meme probleme. Ici, c'est uniquement sexuel. On essaye parfois de te vendre des trucs, mais pas de harcelement a ce niveau. Ici, les groupes de mecs voient passer une blanche, ils disent "hello!" et des trucs tout forts en Birman et rigolent entre eux d'un rire gras que l'on connait bien et qui en general ponctue une blague bien salace dans tous les pays du monde probablement.

Bianca a 20 ans et elle est pleine de courage. Elle a passe un mois au Nepal a loger dans un trou paume chez l'habitant, et la voila en Birmanie. Une Americaine qui va toute seule, toute jeune dans ces coins-la, ca se respecte. Mais visiblement, dit-elle, la moindre conversation engagee avec un garcon ici en Birmanie aboutit souvent, et ce des la troisieme phrase maximum sur un "you are beautiful". Et c'est deprimant. Bianca est blonde et jolie, avec un visage de petite fille. "Je pense qu'ici en Birmanie j'ai vecu le pire  moment de ma vie en tant que fille. J'avais rencontre un groupe de jeunes gens, j'avais sympathise avec eux. Ils avaient tous l'air interesses par un peu autre chose que ce que j'avais a dire, mais ils etaient gentils. Ils m'ont propose d'aller avec eux a un concert. Donc je les ai suivis. Quand j'ai vu la foule immense j'etais contente, je me suis dit au moins ils peuvent ecouter de la musique en plein air. On s'enfonce un peu dans la fosse, et la je me rends compte que je suis la seule fille, la seule fille parmi ces milliers de mecs. Au moment ou je me dis ca je sens une main remonter sous ma jupe, j'essaye de m'en debarrasser, quand des mains se glissent partout sous mes vetements, entre mes jambes, dans ma culotte, sous mon soutien gorge, il y en a meme qui essayent de m'enlever ma culotte. Je commence a me debattre violemment, mais je n'arrive pas a voir d'ou viennent toutes ces mains. Au milieu de tout ce petit monde a quelques metres de moi, un pick up avec une femme. Elle me fait de grands signes desesperes, je me faufile vers elle comme je peux, de nouvelles mains profitent de ma presence, mais enfin elle m'aide a grimper sur son pick up, et a son regard je sais qu'elle sait ce qui m'est arrive." Bianca etait comme nous tous. Elle etait persuadee que ce peuple de martyrs etait incapable de faire le moindre mal, comme tout peuple de martyrs qui se respecte, dans notre imagination. Mais encore une fois ce vieil adage francais aussi juste que beau se verifie: "y a des connards partout". Et en presence de femmes jugees belles et rares par les stereotypes locaux, des connards qui jusqu'ici s'ignoraient sortent de leur apathie et se revelent actifs et ingenieux.

Bianca a fini son sejour a Rangoon planquee chez un expat suisse qu'elle a renontre avant. Mais nous avons eu de bons moments. Je garde un souvenir emu de notre passage au cinema. La plupart des affiches des films proposes sont faites a la main, ce sont de grandes toiles peintes, et meme les noms des acteurs sont ecrits au pinceau. Quand nous arrivons au cinema, c'est un film qui s'appelle "Hot Shot" qui commence. Alors on achete trois places. Une fois dans la salle, nous eprouvons un leger regret: de l'espace, des sieges en mousse, confortables, un grand ecran... nous venons tout juste de donner du fric au gouvernement. On s'asseoit pour se relever dans les dix secondes au son de l'hymne du Myanmar. Sur l'ecran, le drapeau national et l'injonction suivante: pay respect to the national flag, ou quelque chose comme ca. Quelqu'un siffle, heureusement il fait noir... On se rasseoit et on observe nos voisins. On se demande s'ils ont, eux aussi, ce cher pop corn qui pousse dans tous les cinemas du monde. Alors on epie, et on realise bientot qu'ils ont bel et bien le corn, mais pas le pop. Nos voisins grignottent des epis de mais! Un fou rire sympa qui nous durera jusqu'au debut du film.

Les acteurs, a part l'une des heroines, sont tous plutot laids et plutot mauvais acteurs. Tout comme les "mannequins" sur les affiches publicitaires que l'on croise dans la rue, d'ailleurs... des cageots! Alors que des femmes d'une beaute rare vendent des bananes sur les trottoirs (ce n'est pas une blague salace). On en deduit que le critere principal de succes est donc un lien intime avec les dirigeants. Le debut du film me choque un peu... On se moque des bigottes, sauf que la, elles sont bouddhistes, et qu'il y a quelques mois le gouvernement a joyeusement zigouille un bon nombre de moines. Enfin le public rit, j'imagine qu'ils font la part des choses. L'intrigue est sans interet, pas besoin de parler birman pour comprendre ce qui se passe, et l'acteur principal me rappelle quelqu'un, je ne sais pas qui. Pour le reste des plaisanteries, je suis agreablement surprise: tres peu de tabous, en fait. On rit de tout (caca, sexe, homosexualite, travestissement...) et le public est ravi. Beaucoup de publicites, sous forme d'arret sur image sur l'enseigne d'un echoppe, sur tel ou tel panneau publicitaire sur le cote d'un bus. A la fin du film, l'acteur principal est deguise en gonzesse, et la je le reconnais! Je sais a qui il me fait penser. Il ressemble a Didier Bourdon! Il aura fallu qu'il se deguise en gonzesse, qu'il cache sa barbe naissante avec un eventail et qu'il aguise sa voix pour que je reconnaisse Didier Bourdon, je commence a me marrer comme une bossue, a hurler de rire comme tout le monde dans le cinema mais pas pour les memes raisons, et surtout je n'arrive pas a m'arreter! On sort du cinema contentes, et on va se coucher en chantant Shakira a la facon birmane. En Birmanie, et au Laos aussi, d'ailleurs, ils reprennent les tubes occidentaux mais les chantent dans leur langue. C'est assez inattendu mais on s'y fait. Au Myanmar j'ai surtout entendu du contemporain nul, mais au Laos, j'ai entendu une reprise de Metallica, et une de RATM en Lao.

Le dernier point que je voulais aborder c'est la facon dont les mecs se touchent. Non, public pervers, tu n'auras pas d'expose photos a l'appui des pratiques solitaires des autochtones. Justement. D'abord, les mecs sont en jupe. Ils portent presque tous cette fameuse longue jupe qu'ils nouent sur leur nombril. Quand ils marchent dans la rue, il arrive souvent qu'ils se tiennent par l'epaule, par le bras. Il y en a meme qui s'asseoient sur les genoux les uns des autres. Pour repondre a cette question qui te brule les levres, public, non. A aucun moment on a l'impression que ces mecs sont gays. Attention, certains le sont peut etre, mais on ne ressent absolument rien de sexuel dans leur facon de se tenir tout le temps, comme ca. Pour etre honnete, leur comportement me fait plutot penser a la petite enfance, quand les petits garcons se tiennent encore par la main, se disent encore bonjour en embrassant, avant que nos chers cliches et tabous occidentaux n'aient reduit leurs elans de tendresse a des manifestations de faiblesse, de deviance, et avant que ces elans les mettent dans des situations de gene et de honte.

Bon j'arrive pas a trouver de phrase choc a la con pour la fin de mon texte, donc je vous laisse essyer d'en trouver une, donnez-moi vos propositions dans vos commentaires, je retiendrai ma preferee. A vous de taffer un peu, merde!


Par Aude Sécheret
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Lundi 19 mai 2008
Avec la Mongolie, le Japon et tant d'autres, je pensais connaitre le depaysement. Arrivee en Birmanie, aka Myanmar, et des les premieres minutes, mes notions de depaysement ont change. L'avion entre Bangkok et Rangoon ne vous transporte pas seulement dans l'espace, mais aussi dans le temps.

Lose Yourself d'Eminem me hurle dans les oreilles quand je grimpe dans un taxi, qui deja m'arnaque de quelques dollars, mais enfin je n'ai pas le choix: un seul endroit a Rangoon veut bien te donner du liquide en echange d'une carte bleue... Pas de distributeurs automatiques. Sur la route vers cet hotel de luxe, le Sedona Hotel, un peu de circulation, mais rien de bien mechant. Rien compare a Bangkok, ou (pire) a Ho Chi Minh. Et pourtant, ca sent les pots d'echappement beaucoup plus fort. A part quelques grosses bagnoles de riches, toutes ls voitures sont tres vieilles (comme dans les films de Belmondo, mais les moches seulement). Par consequent, au lieu de sentir le bon pot d'echappement a fumee quasi-invisible, les rues de Rangoon sentent le briquet zippo que l'on vient d'allumer sous votre nez. Je n'ai jamais connu cela, mais peut-etre qu'a vous, mes amis grabataires, cela rappelle l'enfance...

Rangoon est une ville ou l'histoire se lit a l'etat des murs et des trottoirs. A de nombreux endroits de la ville on pourrait etre dans les rues d'une ville anglaise: les batiments sont en pierre, avec des balcons, des moulures et tout ce qui s'en suit, mais une ville anglaise laissee a l'abandon depuis des decennies. Et pourtant des gens habitent la-dedans. Les trottoirs dont dalles, a mon grand etonnement. Et des arbres bien ranges tous les dix metres, disons, sortent du trottoir. Sauf que depuis que les dalles ont ete posees, les arbres ont grandi et ont defonce le trottoir avec leur tronc et la naissance de leurs racines. Et puis a plein d'endroits, les dalles ont ete bougees et sont posees de facon anarchique. Enfin, comme elles ne sont pas epaisses et scindees entre elles, aux premieres averses de la mousson, les dalles des trottoirs deviennent de veritables planches de surf sur la terre alors gorgee d'eau qui les soutient, alors les gens preferent les enlever et les empiler dans un coin en attendant que ca seche.

L'arrivee a Rangoon, c'est aussi des flaques de sang partout par terre. mais non enfin! C'est des crachats de betel, la drogue nationale. Les gens machouillent ca a longueur de temps, hommes et femmes. En dehors de la periode de rumination, on reconnait un macheur de betel a son sourire caracteristique. Il a les dents marron et du jus de betel couleur sang entre les dents.

Enfin, l'arrivee a Rangoon, c'est le sentiment d'etre le premier. A part a l'auberge de jeunesse, au cyber cafe et dans certains restaus avec une pale imitation de la nourriture occidentale, je ne croise pas de voyageurs et de touristes. Je suis la seule blanche dans la rue. Je ne vous refais pas le topo sur les cheveux blonds et la peau blanche, ca marche aussi en Birmanie.

J'arrive a la guesthouse et je demande une chambre pas chere, mais avec ventilateur (wahou!) parce qu'il fait une chaleur tuante. La dame me montre une tres jeune fille et me dit follow "her". J'attrappe mon sac, on monte un premier escalier tout en longueur qui monte jusqu'au quatrieme. Je regarde ma cle: 801. Meeeeerde. Donc nous  en sommes en gros a la moitie, hein? Et je suis deja essoufflee. En fait c'est encore plus haut que ce que je pensais, parce qu'au huitieme etage, c'est la cuisine. Donc les chambres qui commencent par un 8 sont au neuvieme. On me montre un cagibi avec un trou dans le mur en guise de fenetre et deux lits que je sais deja trop courts, je souffle un "perfect!" entre deux expirations, balance mon sac et m'ecroule sur le lit. Un peu plus tard je descends a la salle a manger-cuisine, ou on m'a promis "the best breakfast in the world". Des petites jeunes filles comme celle qui m'a montre ma chambre, il y en a plein, et elles s'affairent. Certaines font la lessive, d'autres lavent des trucs, reparent des trucs, font la cuisine... J'apprends tres vite qu'elles habitent ici, le patron de l'auberge les remunere en leur offrant le gite et le couvert, donc le surnom que je leur avais donne dans mon esprit des le depart se confirme: les abeilles. Le patron est tres tres fier de ses confitures maison. Il y en a une dizaine, toutes differentes, et toutes l'air bizarre.... Bon je me lance.  Au final je les aurai toutes essayees, eh bien la confiture c'est pas leur truc. Elles ont toutes le meme gout, exactement le meme independemment des couleurs et des textures parce qu'elles sont trop cuites, et donc, elles ont toutes le gout de caramel...

Je commence a me tater. Qu'est-ce que je vais faire en Birmanie? Toutes les auberges, toutes les agences recommandent les memes coins, les trois memes villes, les deux memes plages et le meme lac. Ca m'emmerde. Je veux aller quelque part ou je n'ai pas l'impression d'etre une touriste parquee la ou le gouvernement veut bien qu'elle aille. Je regarde ma carte de la Birmanie. Le delta me lance des regards charmeurs, j'ai envie d'y aller. Je vais me renseigner. En attendant la chaleur est etouffante, j'ai compte les marches jusqu'a ma piaule, il y en a 110, pas envie de bouger pour l'instant. je vais me renseigner, mais les endroits a touristes ne verront pas mon nez en tous cas. Meme si objectivement il y en a qui vaudraient le coup. Oui, j'ai l'esprit de contradiction, et j'assume. J'ai juste horreur de me sentir obligee de faire certaines choses, d'aller a certains endroits, quand d'autres s'en passent tres bien. Des tonnes de gens qui ne sont pas alles a Bagan ont malgre tout une vie bien remplie et heureuse, et en plus, vu ce que m'en dira un pote que je me suis fait la bas, je suis d'autant plus contente de ne pas y avoir foutu les pieds.
Par Aude Sécheret
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Mardi 6 mai 2008

Alors la les gens je dois avouer qu'a lire tous vos mails et a vous voir tous flipper, j'ai eu un enorme rire un peu satanique, genre "gwahahahaha!", d'autosatisfaction et d'egocentrisme tres tres mal places! Non mais alors? Moi? Mourir par un cyclone? Trop cheap! Pas assez spectaculaire! Vous pensiez pas serieusement que ce petit typhon de rien du tout pouvait m'entamer, MOUAH, outre mesure, si?

Les stats de mon blog ont rarement grimpe d'un seul coup comme ca, et vous aviez les boules! Ca fait plaisir! J'y retournerai, en Birmanie! M'arrangerai pour qu'il y ait une revolution, la prochaine fois... Bon pour le coup des adresses postales il aurait fallu repondre plus vite, petits scarabees! Un quart d'heure apres que j'aie envoye le mail, internet coupe. Et pour ceux qui ont repondu a temps, je ne garantis pas que les cartes arrivent un jour, parce que le service postal... enfin ils ont autre chose a penser, quoi... La je suis en Thailande, je rassemble des forces pour creer mon blog special Birmanie, bilingue et tout parce que j'ai des contacts la bas maintenant et que rien qu'avec les infos que j'ai recoltees en dix jours, les choses que j'ai a raconter, ca prendrait trop de place sur ce blog de voyage... D'ailleurs si quelqu'un veut bien se proposer pour me decorer un blog tout nouveau tout beau, qu'il/elle se denonce sur-le-champ.

Mes bouquins ont pris cher, mon passeport a pris cher, mes appareils photo ont pris cher, le Lumix va bien mais je pense que je vais renvoyer le Leica en France. J'ai pris cher, ma peau s'en va en lambeaux a cause de l'eau, mais putain qu'est-ce que ca valait le coup! Qu'est-ce que j'ai comme matiere pour taper sur le gouvernement! J'ai vu des choses de mes propres yeux, personne ne peut me mentir. J'hesite a zapper l'indonesie et a me poser tranquille soit ici a Bangkok soit a Singapour chez Gaele pendant ces dix jours la ou peut etre un peu moins, pour faire le blog sur la Birmanie... 10 jours pour le plus grand archipel du monde, c'est vraiment pas beaucoup, et surtout ca m'obligera a voyager par avion, ce que je ne peux pas vraiment me permettre. Et en fait votre avis m'interesse... 10 jours d'Indonesie alors que j'ai pas les moyens, mais de nouvelles aventures dans des coins recules (en l'occurence Borneo et Sulawesi uniquement), ou bien un putain de super nouveau blog, avec des infos inedites, et du repos pour Bibine? Allez, les gens! Votez svp, parce que vraiment mon coeur balance!

Allez maintenant que mon ego est tellement gonfle que je ne passe plus la porte, je me permets de ne pas vous en dire plus pour le moment, peut etre bien que je vais aller me faire dorer la pilule a la piscine, bande d'occidentaux alarmistes!

Moi aussi je vous aime!

Par Aude Sécheret
Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires - Recommander
Vendredi 25 avril 2008
Apres une longue hesitation entre "hang on to yourself" et "fill your heart", ce sera "fill your heart". La fin de mon sejour a Luang Prabang, je me suis accrochee a ce petit espoir de revoir Phonesvan, pour moi toute seule, avant de partir. Plus rien n'a vraiment d'importance a part ca. La journee je me balade mais je m'en fous. Un mendiant me suit un peu, me demande des sous, il est a moitie nu, mais je n'aime pas son regard. Je n'ai aucune idee, est-ce qu'il se fout de ma gueule ou est-ce qu'il est fou? Tiens, un mendiant, d'ailleurs, c'est pas courant ici... Je me baigne dans la riviere Nam Kan mais je m'en tape. Je trempe mes pieds dans le Mekong mais le Mekong n'a plus la  saveur qu'il avait avant que je ne le connaisse. Bref. Je n'ai meme pas le coeur a faire des photos, parce que je n'attends qu'une chose: le moment, le soir, ou je passerai la ou je l'avais rencontree pour voir si elle sera la. Les deux premiers soirs de la nouvelle annee, elle n'est pas la, alors je vais passer le temps au marche de nuit ou je trouve quelques souvenirs sympas, et ou j'entame quelques conversations sympas avec les vendeurs. Maigre compensation. Je reste sur ma faim. Et ca devient une obsession.

J'avais prevu d'aller jusqu'a la frontiere avec la Thailande par le Mekong, puis de descendre en bus sur Bangkok, mais en tout le voyage prenait quatre jours et j'etais completement lessivee par les restes du Vietnam et ma crise de larmes. Alors je prends un billet d'avion pour Bangkok, de toute facon je sais que je retournerai au Laos (mais pas pendant la fete de l'eau, et quand il y aura suffisamment d'eau dans le Mekong pour le descendre jusqu'au delta), donc ce n'est que partie remise. Et puis si ca peut me permettre de ne pas craquer tout de suite et de continuer mon voyage, ce billet pour les nuages n'a pas de prix. Je previens les gens: demain, je suis en Thailande, a Bangkok. Je vais me coucher, ah non tiens, petit detour pour voir si mon amie est la. Miracle! Elle est la, debout, et me fait bonjour de la main quand elle me voit, elle me fait signe d'entrer. On discute un peu, son oeil est gueri, elle me remercie, et m'emmene voir sa Maman (j'ai cru comprendre que c'etait la doyenne) pour qu'elle me pardonne mes betises de l'annee passee, me souhaite longevite et une bonne sante pour toujours. Avec ses vieilles mains osseuses, a la peau tendue et cuite par le soleil, elle m'attache un bracelet blanc a chaque poignet (un morceau de coton avec un noeud au milieu).

Et puis on s'asseoit avec Phonesvan. Elle me donne son email et me raconte un peu ce qu'elle fait en ce moment. Elle s'occupe de l'orphelinat, et si je connais des gens qui veulent venir l'aider un peu ils sont les bienvenus. Je dis que peut etre je viendrai l'an prochain, j'ai prevu de revenir dans la region. Elle a l'air content. Elle me parle un peu de sa famille, et la le mendiant de cet apres midi se radine, toujours avec son air de se moquer de moi. Elle l'envoie voir ailleurs si on y est, et elle me raconte qu'elle l'a connu jeune, ce monsieur decharne. Il etait un garcon brillant, intelligent, en parfaite sante, un beau jeune homme. Il a ete le premier au Laos a avoir le brevet de pilote de ligne (ou de chasse je n'ai pas tres bien compris). "et puis il est parti dans le nord et il a ttrappe le paludisme qui tue les cellules du cerveau", raconte-t-elle, un peu triste. Je la relance sur sa famille, beaucoup de gens brillants (le premier anesthesiste du Laos, des medecins...). Elle, elle n'a pas d'enfants. Je lui dis que si, qu'elle a tous ceux de l'orphelinat! Elle rit et me dit que oui, C'est vrai! Et puis elle part sur l'histoire du Laos. "La Thailande ils ont toujours voulu un peu nous conquerir, parce qu'on est tout petits. Et puis comme on n'a pas la mer, ils se disaient que ce serait facile. Ils ont essaye de nous affamer, une fois, avec l'embargo. Et le monde entier a vu qu'on pouvait vivre sans eux. Et le Vietnam nous a aide, a envoye du riz." Ah tiens ils ont fait ca au Vietnam... et ils ont pas essaye de leurs vendre des copies des lonely planet et des faux briquets zippo au passage? Bizarre. Je lui demande de me parler du pourquoi des ressemblances entre sa langue et la langue Thaie, elle embraye sur l'histoire encore. "C'est les Siamois qui parlent comme nous. Ils en ont oublie leur langue quand ils ont essaye de nous envahir. Ils sont montes jusqu'ici, presque. Jusqu'au sud du Mekong, la, a Luang Prabang, et ils en ont oublie leur langue." Pause. "Et ils ont coupe les cheveux des femmes. Ma mere. Ma Grand Mere" Pause encore, j'aime mieux me taire. "mais encore une fois on a eu de l'aide. On a une base a Danang au Vietnam, et cette fois-ci Singapour est intervenu, et la ca a change les choses. Quand on a l'aide des avions, c'est autre chose que des camions du Vietnam, hein, ca en jette" et elle rit. Elle me demande si je suis allee arroser le Bouddha au temple. Je reponds que non, mais que j'ai vu les gens faire. "Mais pourquoi tu ne l'as pas fait?" "Ben je suis pas bouddhiste, et je ne voulais choquer personne!" Elle rit de nouveau, mais tout le monde peut le faire! "Alors vous m'emmenez?", "Oui, si tu veux".

Elle va chercher de l'eau qu'elle verse dans un saladier en etain, et elle met des fleurs dedans. Elle me colle le saladier dans les bras et embarque des batonnets d'encens et des bougies. On arrive au temple, elle dit bonjour a tout le monde, me presente comme son amie qui vient de France, je suis rouge de joie. On s'agenouille devant bouddha, et on prend chacun trois batonnets d'encens: un pour Bouddha, un pour le principe du bouddha, et un pour les bonzes. Il faut les allumer avec les bougies, que l'on colle ensuite sur la barriere autour de la statue. Vient le moment de la priere, mais elle ne me demande pas de prier, elle me demande de "souhaiter". Alors je me suis dit que tant que j'y suis, hein... Je colle mes mains l'une contre l'autre comme a l'eglise quand j'etais petite, et sans savoir trop a qui je m'adresse, je reclame plein de choses bien precises pour les gens que j'aime, tout coule de source. J'en oublie de demander quelque chose pour moi! Et je suis partie tellement loin dans mes pensees, qu'il faut que Phonesvan me reveille de ma torpeur pour aller faire couler l'eau maintenant parfumee sur Bouddha. Et puis on va recuperer de l'eau apres qu'elle soir passee sur la statue pour se la verser sur le front et la nuque. Au Laos bien plus que partout ailleurs je regrette de ne pas pouvoir prendre en photo les odeurs. Mais c'est l'heure de rentrer. On passe par des petites rues. "Tu vois celle-la, c'est mon pere qui l'a construite" (une rue pavee de briques rouges). "Quand l'UNESCO est venue pour Luang Prabang, ils l'ont copiee, cette rue, tu as vu, elles sont toutes comme celle-la!" Oui j'ai vu, et je vois surtout que Phonesvan est fiere de son Papa, alors ca me fait sourire, parce qu'a son age, je serai sans doute toujours aussi fiere de mon Papa, moi aussi! Il faut se dire au revoir, ce n'est pas facile, du moins pas pour moi, mais je suis contente, tellement contente de l'avoir revue! Sans ce moment je serais partie du Laos avec un sentiment d'echec vraiment lourd a l'esprit, qui m'aurait sans doute handicapee pour la suite des evenements.

L'aeroport de Luang Prabang est minuscule et l'avion a des helices et la carlingue douteuse. Il atterira a Bangkok, et pour frainer il fera des derapages sur les cotes... Je l'aurais eue, mon aventure, pas besoin du Mekong, somme toute.

Et j'ai le coeur rempli d'amour.
Par Aude Sécheret
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Vendredi 25 avril 2008
J'erre dans Luang Prabang a la recherche d'une auberge. Le bus est arrive suffisamment tot pour que j'aie la chance de trouver une chambre de libre pour quatre dollars apres sept tentatives seulement. Paphai Guesthouse a un joli jardin et des murs en ecorce de bois, fins comme du papier a cigarettes. Apres une petite sieste, je sors me faire arroser. Il me semble qu'au depart j'avais prevu de prendre un petit dej, finalement j'ai achete un pistolet a eau d'une portee de quinze metres avec un reservoir monstrueux. Des gemins fabriquent des grenades avec des petits sacs en plastique. Le sac etanche qui devait me servir a ranger mon appareil photo et ma thune trouvera donc une autre utilite... Me voila armee comme John Rambo, je suis une vraie killeuse. Les annees de Hand Ball pour les grenades, et les annees de Bateau Ivre pour la Kalash m'interdisent de rater la moindre cible. Mais toujours avec le sourire et en disant "Sabadi Pii May!" (bonne annee). Mais bien vite, la fatigue me gagne. Une ecrasante majorite de toursites, bien pire qu'a Vientiane, jouent entre eux sans se preoccuper des gens qui habitent ici (qui voient plus qu'une bataille d'eau dans cette fete nationale), et la plupart d'entre eux ignore d'ailleurs le sens de cette fete, et tout compte fait s'en tamponnent. Je vais donc me poser a un balcon pour prendre quelques photos de la parade sans risquer d'abimer mon Lumix, en attendant que ca se passe. Je commence a perdre mon sourire.

Le soir, une fois les hostilites en standby jusqu'au lendemain, je rencontre une femme, Phonesvan. Elle parle un francais parfait. Elle a fait toute sa vie du volontariat, partout dans le monde, pour enseigner l'anglais et la francais a des enfants pauvres et a des orphelins. Je vous laisse imaginer que je bois ses paroles. Deux Belges s'incrustent, je les avais croises dans la journee et ils avaient l'air gentils. Mais la ils sont un peu emeches et un peu cons. Je m'absente quelques instants pour aller chercher dans mes bagages du collyre pour Phonesvan (qui se frottait l'oeil et qui avait comme un debut d'orgelet). A mon retour, elle est en train de parler des conferences de l'ASEAN, auxquelles elle est toujours conviee, et la, l'un des deux Belges lui demande "et vous etes allee aux Philippines?" Je commence a crquer doucement, je dis au Belge "attends, c'est pas une touriste comme toi ou moi!" Visiblement il ne m'entend pas et continue sur sa lancee "non parce que les Philippines c'est vachement bien" et il se met a raconter ses dernieres vacances aux Philippines... Je dis un bonsoir poli et m'eclipse, la mort dans l'ame.

Sur le chemin de l'auberge, des tonnes et des tonnes de viande saoule s'enfilant des Beer Lao pour pas cher, gueulent, puent, a l'occasion vomissent, et en tous cas ignorent completement leurs hotes. Ils auraient pu etre partout ailleurs, ils se bourrent la gueule comme a la maison, meme pire, parce que l'alcool ne coute rien. Des porcs et des truies. Un copain anglais rencontre au Vietnam me dira "mais c'etait exactement comme ca a Nha Trang et tu as bien aime". Il n'a pas entierement tort et sur le coup je me demande oui, pourquoi est-ce que je l'ai aussi mal vecu a Luang Prabang? Maintenant que j'y ai reflechi je peux formuler une reponse  claire precise et juste: a Nha Trang on buvait et on sortait le soir parce que ca s'y pretait (des tonnes de bars, des discotheques au bord de la plage... la ville est faite pour ca!) et aussi parce que les locaux sortent le soir, eux memes, tout simplement. A Luang Prabang, c'est different. Rien ne se prete a la biture a part le prix de l'alcool, et les gens de la-bas ne sont pas des clubbers. Mais alors pas du tout. Et quand je revois Phonesvan toute petite et toute propre (elle me fait penser a ma grand mere) ecouter parler ces deux Belges pleins comme des barriques, j'ai envie de gerber. Enfin maintenant vous pouvez raconter vos blagues sur les Belges sans culpabaliser: au moins pour ces deux-la ils le meritent. Ah oui j'ai oublie la facon dont ils imitaient les gens qui parlent Lao (a base de "tching tchong tchong") et les gens qui parlent francais ("bleuh bleuh bleuh").

Je prends mon bouquin, me couche, me dis que ca ira mieux demain. Le lendemain c'est pire. Je me remets a faire ce genre de reve que je fais parfois quand ca ne va pas, ou je reve que je fais une pause dans mon voyage pour rentrer a la maison vite fait et ou je me reveille avec un enorme sentiment d'echec. J'essaye de passer entre les gouttes, et ca marche. Visiblement, je ne suis que l'ombre de la guerillera (ca se dit?) que j'etais la veille. J'entre au cyber cafe et reclame l'attention de la famille, comme d'hab. Pas encore vraiment reveilles. Je retourne a l'auberge, je m'effondre, et je chiale non stop pendant trois heures, avec des sanglots d'une violence rare, j'etouffe et je me demande d'ou peuvent bien venir toutes ces larmes. Mon inconscient profite de ma faiblesse momentanee pour faire une percee dans mon conscient qui prend drolement cher, les barricades tombent de tous les cotes et les morts jonchent mes pensees. J'essaye de raconter cela avec humour, mais tout, tout, tout m'est passe par la tete pendant ces trois heures, absolument tout. Je ne suis jamais passee aussi pres de la folie. Tout se melangeait dans mon esprit, que je ne controlais plus, mais alors plus du tout. Je rassemble le peu d'energie qu'il me reste, et me force a m'arreter de pleurer. Je suis seche et vide comme une noix creuse. Je vais me passer de l'eau sur le visage et m'asseoir, la gueule rouge et bouffie, en haut des marches de l'auberge, qui donne sur la rue ou la fete de l'eau va bon train. Un allemand m'accoste, qui s'averera du meme acabit que les belges, et au meme moment, la proprietaire de l'auberge me donne un verre de biere avec un grand sourire en me souhaitant bonne annee. J'ai du mal a refrener un gros sanglot, et un tremblement du menton accompagne mon "merci". Cette scene de l'Allemand bovin et de la gentille dame est l'illustration parfaite de ce pourquoi je me sens si mal ici.

Je retourne sur Internet, et la miracle les freres et soeurs me repondent. J'arrive brievement a leur expliquer pourquoi ca va pas. C'est Disneyland. Les touristes sont la pour s'envoyer de l'eau sur la gueule et draguer des meufs, et les meufs sont la pour se taper un beau voyageur bronze. La parade va bon train, pendant le rut des touristes. Les filles portent leurs robes legeres, s'enfuient en courant (mais pas trop vite quand meme); quand un mec les arrose dans le bas du dos, et elles poussent des petits cris aigus, comme un prelude aux cris rauques qu'elles pousseront cette nuit-la. (Parce qu'evidemment, quand c'est un lao qui les arrose elles ne crient pas vraiment et ont l'air plus embetees qu'autre chose!) Mieux que Disneyland, c'est le Club Med. Pour les touristes, le Fete de L'eau est la parade au fait qu'il n'y a pas de plage a bikinis au Laos. Et pourtant c'est le 15 Avril. C'est comme si minuit durait 24 heures, le 14, parce que selon les bouddhistes le 15 n'appartient ni a l'annee qui s'acheve, ni a la nouvelle annee. C'est un concept qui me fascine litterallement, moi qui suis une inconditionnelle de la notion de seuil. Durant cette journee ecran, j'aurai pete les plombs. J'attends avec impatience le lendemain, quand les hostilites auront cesse et que les porcs iront polluer ailleurs. Et ca ira mieux. Ca ira mieux. Ca ira mieux. Ca ira mieux.
Par Aude Sécheret
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mardi 22 avril 2008
Le moral est monte tres haut, est descendu tres bas, et de facon extremement violente, et puis est remonte encore une fois grace a un coup du sort. Bordel j'ai vraiment une chance de cocu. Vue la configuration actuelle de ma vie privee ca ne me pose aucun probleme. Maintenant que vous savez le denouement vous n'avez plus envie de lire ce long texte n'est-ce pas? Vous rateriez de l'inoui, des eclats de rire, des torrents de larmes, des moments d'epiphanie.

J'ai rapidement trouve une auberge de jeunesse a Vientiane, ou je me suis ecroulee comme un dechet apres mes deux jours de bus pourrris, vous vous souvenez? Je me reveille le lendemain matin (je m'etais couchee vers 17h) a moitie fraiche, le sort me laisse encore une journee de repit avant la fete de l'eau, d'apres mon calendrier. Je visite donc des temples, je flane dans la ville et au bord du Mekong, tout ceci entrecoupe de frequntes haltes a l'auberge parce que la chaleur est epuisante, bref, une arrivee en ville tout ce qu'il y a de plus normal. Rien a voir avec le Vietnam. Personne ne me harcele pour me vendre des merdes, personne ne fait tres attention a ses affaires et personne ne se fait rien voler, les conducteurs sont courtois et klaxonnent peu. Je commence a me renseigner pour aller a Luang Prabang, c'est la bas parait-il que la fete est la plus intense. Tout le monde essaye de m'en dissuader, me disant que je n'ai pas le moindre espoir de trouver un lit. Visiblement c'est plein a craquer. Ca aurait du me mettre la puce a l'oreille sur la quantite de touristes qui s'y trouvera, mais comme une idiote je me dis que c'est parce que Luang Prabang est sans doute une ville un peu reculee, avec pas trop d'auberges...

Mais revenons a nos moutons. Vientiane, donc... une ville pleine de surprises, ou je commence a comprendre que l'Asie du Sud Est est un genre de grand reseau a touristes, tout le monde va aux memes endroits. Tiens, je t'ai vue a Saigon. On s'est pas deja rencontres a Nha Trang? Tu etais dans le bus pour Vinh, non? Et tu es descendue a cet arret au milieu de nulle part pour aller dircet au Laos... Et ce n'est que le debut. Mais ca fait quand meme plaisir d'en retrouver certains.

Debut de la fete de l'eau le lendemain, le 12. Evidemment j'ai mis mon pantalon blanc et mon t-shirt jaune du centre de plongee... De toute facon, tout le monde est loge a la meme enseigne, trempe des pieds a la tete, comme sous la douche. Je me pose au Full Moon bar, ou on danse sur le trottoir en se lancant ds caseroles d'eau dans la figure. Une grande majorite de Lao. Et la Beer Lao qui coule a flots, tant et si bien que vers huit heures du soir je cours dans ma chambre pour aller cuver tout ca. Je me reveille a quatre heures du matin avec une furieuse envie de boire le Lac Baikal tout entier, je cours au robinet mais me ravise, personne ici ne boit l'eau du robinet. Je descends, un des deux hollandais que j'ai rencontres dans le bus pour le Laos fait dodo sur le trottoir, une de ses tongs en guise d'oreiller, tout le monde a passe une bonne journee visiblement. Tous les magasins sont fermes et les rues sont desertes. Je croise un mec en tuk tuk, non il ne sait pas ou je peux trouver de l'eau. Je continue a marcher, certaine que ma bonne etoile va, comme d'habitude, venir a mon secours. La voila qui se radine sous la forme d'un djeunz Lao en scooter rouge qui me demande, avec des gestes - alerte soit par le mec en tuk tuk, soit par le saint esprit et je commence vraiment a me demander - si je cherche de l'eau. Je dis oui et souris comme un clebs devant un nonos avec ma bouche ultra pateuse. Il me dit de grimper, et il m'emmene a l'autre bout de la ville ou une mamie, sur un genre de marche de nuit, a plein de petites bouteilles qui degoulinent de fraicheur. C'est trop beau pour etre vrai, j'en achete trois, et mon sauveur nous ramene chez moi, moi et mon estomac qui fait flip flop, du coup. Je lui demande combien je lui dois, il me rit au nez en me disant que ce n'est rien, en gros, si j'ai bien compris. Bienvenue au Laos.

Le lendemain rien ne se passe au Full Moon bar, alors j'erre sur la rue principale (celle qui longe le Mekong) pour trouver un coin qui bouge. Ca bouge, en effet, mais deja c'est tres different d'hier. Une ecrasante majorite de touristes jouent a se balancer de l'eau entre eux, ignorant completement leur hotes. Bon, je retrouve ce mec qui animait le bar d'hier, un type avec qui j'ai pas mal deconne, qui n'a plus de jambes et dit a tout le monde que je suis sa fiancee. On se partage des clopes et a  l'occasion on discute, alors comme ca t'as saute sur une mine? Super naturellement! Ce mec a une joie de vivre qui me coupe le souffle. Au Vietnam il serait en train de me harceler pour que je lui achete une merde. Ici, il m'offre de la biere et on discute pour de vrai. Je tombe de tres tres haut sur le sol rapeux et dense de la realite. La dessus se ramene un type avec deux moignons a chaque bras: un pour le radius, un pour le cubitus, de chaque cote. Meme chose, il ne demande rien. Il veut juste se trouver sous le jet d'eau et faire les quatre cent coups avec nous. J'ai enormement de mal a y croire. Ce soir-la, je pars pour Luang Prabang parce que j'en assez de voir autant de touristes qui ont oublie ou ils etaient (si j'avais su ce qui m'attendait la bas...), mais pour la premiere fois de mon voyage, j'ai vraiment vu quelque chose qui me semblait ne pas pouvoir exister.

Je grimpe dans le bus bonde encore trempe, alors quand le pneu crevera sous la pluie, et quand il pleuvra dans le bus, ca ne changera pas grand chose pour moi. Et comme a son habitude, le couple de francais (il y a toujours un couple de francais dans tous les bus) se plaint. Du prix, du pneu, de la pluie, de l'etat des routes, je suis a l'autre bout du bus et je les entend d'ici. Mais tout va bien, je papote avec la japonaise assise a cote de moi.
Par Aude Sécheret
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mardi 15 avril 2008

Wayne, anglais, la quarantaine, rencontre a Saigon (sur la mendicite): "J'ai passe quatre mois au Vietnam, la derniere fois que j'y suis alle. Comme en Inde, tu passes ton temps a dire non aux mendiants. Toute la sainte journee, 'no thanks man, no thanks man...' Et un jour, apres plusieus mois de 'no thanks man', je tombe sur ce garcon, la vingtaine, qui n'avais plus de pieds et plus de mains. Je dis 'no thanks man' comme d'habitude, mais tout le reste de la journee, je ne pense qu'a ce pauvre garcon. Je me dis sans cesse 'poor boy.... poor boy...' C'etait pourtant pas le premier que je voyais dans cet etat, j'ai meme vu pire, si l'on peut etablir une echelle de la souffrance passe un certain stade. Mais ce garcon est devenu une obsession: la nuit suivante, je n'en ai pas dormi, j'ai pleure, pleure, comme ca ne m'etait pas arrive depuis l'enfance. A cinq heures du matin je renonce et me mets a arpenter la ville dans tous les sens, hagard. A deux heures de l'apres midi je le retrouve, le meme jeune homme, qui me reconnait. Et la je lui donne ue grosse somme d'argent, qui pourra sans doute lui tenir plusieurs mois. On ne peut pas aider tout le monde, mais si l'on choisit d'aider quelqu'un, autant le faire pour de vrai, non? Il me remercie, et les fois suivantes ou je le croiserai il ne me demandera rien. Il se contentera de me saluer discretement."

Marinella (italienne) et Jacquot (francais), la quarantaine, habitent a Nha Trang (sur l'amour). Trop complique a retracer avec guillemets et tirets, je resume les points de vue. En ce qui me concerne, je ne sais absolument pas qui a raison. Ils sont simplement d'accord sur une chose: les vietnamiens sont incapables d'amour. Pour Marinella, c'est l'Orient. Un melange entre un sang qui est incapable de bouillir, une resignation millenaire, la force de la raison froide et determinee. Pour Jacquot, la passion est le privilege des riches. Les Vietnamiens, eux, sont en mode survie, alors l'amour est secondaire. Quand une Vietnamienne epouse un blanc, elle aime en lui le fait que ses enfants auront a manger et que sa famille est financierement a l'abri. Je me demande quand meme, c'est tres repandu, pourtant, ls vietnamiennes qui sortent avec des blancs... En choeur, les deux repondent a mon faible doute: "elles veulent la maison". Et ca fait treize ans et plus qu'ils vivent la. Alors, la passion est-elle le privilege des riches? L'Amour n'a-t-il encore jamais coule dans les veines orientales? Avant d'y etre allee, j'aurais considere que les deux protagonistes de ce debat sont aussi cons l'un que l'autre. A l'heure qu'il est je suis juste capable de dire que je ne sais absolument rien.

Moi, epilogue sur le Vietnam. J'achete un ticket de bus, soi disant direct pour Vinh (en 18 heures), pres de la frontiere du Laos, et soi disant couchette. Je paye le prix fort, vingt dollars. Le bus fera deux escales de respectivement deux heures et cinq heures, et ne sera couchette que durant la premiere partie du trajet. Evidemment meme la couchette est trop petite pour mes jambes... On me traite comme du betail, sans doute parce que je suis la seule blanche a voyager seule. Et tellement d'histoires autour de moi de caucasiens jetes du bus au milieu de nulle part, que je ne bronche pas, meme pas du regard. Pendant la pause de cinq heures a Hue, je quemande l'attention de mes freres et soeur sur internet, je crque, je pue, je pleure. Ils repondent, ils sont bien mes freres, et ils me remontent le moral: Nico me raconte sa vie, et je suis fiere de lui, comme un paon, et Laurent me rassure, non, il ne s'est pas coupe les cheveux trop courts... Je repars apres avoir bouffe un morceau, on me jette dans le bus comme une merde en me disant de me depecher alors que j'ai 25 kilos de bagages et que je suis en tongs sur les cailloux. A une pause du bus a cinq kilometres au sud de Vinh (apres un jour et demi de route), j'apprends que d'ici une heure et demie arrive ici, sur ce "relai d'autoroute" (ha ha), un bus qui va directement a Vientiane, au Laos. Je saute sur l'occasion, j'achete un ticket, et deja. le conducteur, originaire du Laos, est tout simplement gentil. Gentil. Apres quarante-cinq heures, donc, en tout depuis Nha Trang, j'arrive a Vientiane, la capitale du Laos, ou personne n'essaye de me vendre quoi que ce soit, et ou les gens te sourient et t'adressent la parole sans intention de te soutirer du pognon. Je respire. Je suis detruite mais je respire.

Par Aude Sécheret
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mardi 15 avril 2008

Non, il faut etre honnete, Nha Trang, c'est pas exactement le paradis, mais ca l'a sans doute ete il y a quelque temps. Comme a Saigon, des gens essayent de vous vendre des merdes et de faire vos poches, mais d'une part ils sont beaucoup moins nombreux, et d'autre part la vie y est a greable alors ca compense: la plage a 100 metres de l'hotel a cinq dollars la nuit, c'est tout de meme un argument de poids. Il y a des iles au large, j'apprends que pour sept dollars tu vas les visiter en bateau, nager dans la grande bleue avec un masque pour voir les poissons... Finalement ce sera une sortie style Club Med assez pourrave mais qui m'aura donne envie de m'approcher un peu plus du fond des oceans. Donc je me mets bientot en quete d'un club de plongee pas trop cher, mais tout me semble assez cher, et les mecs qui m'accueillent a chaque fois ont l'air de bien aimer mes cheveux blonds et ma peau blanche et apres je sais plus combien de temps en Asie, je sature un peu. En plus, c'est cher, ca fait un argument de plus pour ne pas le faire. Mais quand on me demande avec un accent bien de chez nous "woudiou laillke tou daillve?", je m'arrete, parce que ici au moins ils en auront rien a secouer de ma peau, et avec un peu de chance comme beaucoup de francais ils ne la trouveront pas suffisamment exotique... trop blanche comme un cul, disons-le. Le lendemain je me retrouve a faire mon bapteme, il y a plein de coraux partout et les poissons ont l'air aussi bons les uns que les autres. Beaux? Oui oui, beaux aussi... enfin sans doute plus beaux une fois dans l'assiette! Pour ceux que ca interesse, je suis incapable de vous dire les especes que j'ai croisees sous l'eau, mais on s'en fout, non? Le principal, c'est que le lendemain je commence ma formation de plongee et que ca durera trois jours. On plonge le matin, et l'aprem c'est sieste, glande, plage, soleil... Je profite aussi pas mal de la bouffe Le homard a dix dollars c'etait a la fois un luxe et une obligation, non? Oui oui, entier!

Au depart j'avais prevu d'aller sur un peu toutes les villes de la cote, mais je me plais tellement ici que je n'ai plus envie de bouger. Et puis de voir les touristes descendre de Hoi An tous tres fiers de leur robe/fringue sur mesure pas cher, ca me donne justement pas envie d'aller en faire faire pour moi. Et puis j'ai peur de me retrouver dans la configuration de Ho Chi Minh City (ville de merde, en gros), et puis j'ai rien a prouver a peronne, le reste du Vietnam je le ferai une autre fois, ou pas. La Baie d'Halong, c'est comme le Machu Pichu, je les emmerde, et je vous emmerde vous qui considerez que c'est indispensable d'y aller. Pour moi l'indispensable d'un voyage, c'est de desobeir au Lonely Planet, guide toujours aussi merdique, d'ailleurs.

Je commence a avoir mes petites habitudes a Nha Trang, donc. Je fais connaissance avec des gens qui habitent la depuis longtemps, et c'est toujours interessant d'avoir leur avis sur le Vietnam. Et puis je m'entends bien avec les mecs du club de plongee. C'est fou le nombre d'europeens qui se sont installes ici. Dans le lot un francais de Falaise qui connait Beaumont en Auge (le boss du club de plongee). Une Italienne tellement typique qu'elle en devient atypique, et qui est ok pour m'embaucher l'an prochain quelques mois si je veux. Plein de francais, plein plein plein! Mais des francais plutot sympa, parmi les seuls voyageurs francais sympas que j'ai rencontres, bizarrement. Quant aux Vietnamiens, pour la majorite c'est comme a Saigon, rapport de thune. Mais comme il y a moins de monde, que tout va moins vite, on a quand meme le temps de papoter un peu, comme avec ta boulangere. Aude est impossible a prononcer, alors au Cabanon, le bar ou je prends mon petit dej, on m'appelle "Ous". Mark, un anglais que j'ai rencontre, est rebaptise "Ball". Vous savez tous ce que ca veut dire en anglais n'est-ce pas? Bref... au moins ils essayent, ils se souviennent de ce qu'ils pensent etre nos prenoms, c'est deja ca.

Et puis si, j'ai pu parler pour de vrai avec des gens de la bas. Dont une heroine des temps modernes qui s'appelle Kim. Elle s'occupe des enfants de la rue, leur donne a bouffer, leur apprend l'Anglais et fait la guerre aux pedophiles. Un petit monsieur m'accoste en francais a la plage. Il me voit lire un bouquin, me demande si je n'en aurais pas a lui ceder: il les revend mais les lit avant pour garder son francais intact. Mais je n'ai pas fini mon bouquin et j'ai renvoye ceux que j'ai finis en France... mais on papote quand meme. Il me met surtout en garde contre la criminalite ici. Mais je suis deja au courant, j'ai vu saigner des blancs, et j'ai entendu a peu pres cinq histoires par jour, toutes differentes, de poches eventrees et de portables voles. En meme temps faut etre con pour emmener son portable a plage, ou ses papiers importants quand on sait qu'on va rentrer minable de sa soiree, non? Moi il ne m'est rien arrive. J'ai envie de dire "je touche du bois", mais je pense vraiment qu'il suffit de ne pas etaler sa thune. Pour les photos, je me suis donne une journee, le reste du temps l'appareil etait bien au chaud dans ma chambre.

Je pars finalement de Nha Trang apres dix jours, parce qu'un jour de plus et je m'y installais pour de vrai. Et envie de le faire en entier, ce putain de voyage. Mais j'ai plein de souvenirs dans la tete, et des bons: le homard, des araignees qui butent les moustiques, des geckos qui bouffent les araignees une fois qu'elles ont fait leur boulot, le plateau de fromage (un vrai, qui pue), deux moutons (baba et babi), la femme de Bronski, John Baker, de CHiPS, une suedoise en porcelaine et un sermon sur le pourquoi des vacances et sur que les francais (surtout Jeremie) sont des mecs biens, du sable entre les orteils, un dos qui pelle, des tonnes de boutons de moustiques, des lendemains difficiles, mais des veilles qui valaient le coup!

Par Aude Sécheret
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Mercredi 9 avril 2008
Comme je le disais il y a cinq minutes, je ne sais pas par quoi commencer, en ce qui concerne le Vietnam, alors je vais commencer par la conclusion, qui n'en est pas vraiment une etant donne que mes idees sont tres confuses. Le Vietnam est un pays a la fois extremement fatigant et extremement reposant. Et tout est comme ca, tout est tres ambivalent. Les gens sont souriants et ont l'air accueillants, mais on s'apercoit bien vite que pour eux nous les touristes "riches" ne sommes que des porte-monnaies geants, alors un sentiment de degout s'installe. Mais a bien y reflechir, ces gens ont vecu dans le sang et la pousiere pendant des annees, c'est miraculeux que le sourire reste malgre tout accroche a leur visage, et au dessus du degout quotidien et concret plane finalement une sorte d'admiration, que je dois avouer, j'aimerais mieux ne pas ressentir: je n'aime pas qu'on ne voie en moi que mon fric, je n'aime pas que l'on soit gentil avec moi uniquement pour me vendre quelque chose, parce que moi, je suis gentille gratuitement. Mais etre gentil gratuitement est peut etre le privilege des riches... et voila, on part dans des considerations sans queue ni tete, et a l'heure qu'il est, malheureusement, mon sentiment a l'egard des Vietnamiens est proche de l'indifference absolue.

Je suis arrivee a Saigon la bouche en coeur, pleine des descriptions feeriques sur les paysages (et sur les gens!) que m'avaient faites des imbeciles sans recul qui voient dans tout ce qui ne ressemble pas a leur pays un endroit magnifique, dans toute culture qui n'est pas la leur quelque chose de cent fois mieux, et qui finalement sont une sorte de coquille vide qui suinte du miel. A l'aeroport je tombe sur un petit monsieur qui parle francais, il m'aide a negocier avec le taxi, et avant que je grimpe dedans me dit une derniere fois "pas plus de dix dollars, hein!" Evidemment le taxi qui etait d'accord au depart trouve des taxes en plus a me faire payer, mais je tiens bon, lui mets le nez dans son caca avec une franchise qui lui fait manifestement peur: "n'essayez pas de profiter du fait que je sois une touriste, que je ne parle pas votre langue et que je ne sois pas au courant des tarifs pratiques ici". Il cede finalement, ce sera dix dollars. Je me dis que vraiment, le taxi, c'est un bel encule. Compare aux gens que je vais croiser par la suite, le taxi est un ange.

Je resumerai Saigon en quelques mots qu'il vous faut prendre au pied de la lettre. Des gens essayent de vous vendre quelque chose (location de mobilette, bouffe, bijoux, trajet en pousse pousse, velos) absolument tous les cinquante centimetres quand vous avez le malheur de vouloir sortir de l'auberge pour visiter leur ville. C'est-a-dire que meme s'ils vous ont vu refuser poliment a un mec qui vend la meme chose a un metre, ils viendront vous harceler quand meme. Certains veulent vous vendre quelque chose de bien precis "buy clothes?" "buy cigarettes?"... Mais la plupart scandent "buy something!" Et ca me met hors de moi. "Buy something!" signifie "achete quelque chose alors que tu n'as besoin de rien, juste pour le plaisir de claquer ta thune dans une merde". "Buy something, same same, lucky for you, lucky for me, you're beautiful" est aussi l'un des couplets qu'ils voius chantent. "Hey! How are you today!" Analyse de la question. Comment vas-tu aujourd'hui signifie que l'on s'est vus la veille, non? Alors comme je suis une jeune fille bien elevee qui n'aime pas faire de peine, je prends mon plus beau sourire et fait semblant de le/la reconnaitre, et retourne la question. Et la, ils essayent de te vendre un truc, comme d'habitude.

Un mec a l'air sympa te demandera "where are you from". Toi, sur de ton effet, tu repondras "France" avec un petit sourire. "oh! I have a french friend!". Toi, toujours poli, tu ne reponds pas "moi j'en ai 54, mec!", tu dis "ah bon? il habite ou?" Et la il te sort un calepin avec ecrit dans toutes les langues du monde un petit mot disant que ce garcon a qui vous etes en train de parler, je vous jure, est un type super sympa! qu'il va vous faire decouvrir tout plein de coins extraordinaires ou il n'y aura que vous comme touriste, et qu'il conduit vraiment tres prudemment. Je dis non merci, il me course, s'accroche a moi, je fais gaffe a mes poches, j'ai envie de gerber. Je sature completement. Le prochain qui me demandera d'ou je viens, je lui repondrai cash "I am French, and I already know that you have a french friend, I also know that he wrote something nice in your little book over there, but no thanks, really, I do not need your service!" Et si les yeux du mec avaient ete des mitraillettes, je serais morte. Plus le bordel monstrueux, des klaxons incessants, les gens ne savent pas conduire, c'est chacun pour sa gueule, et c'est l'anarchie sur la route. Peut etre aussi que la coupure avec le Japon aura ete trop violente et que cela aura joue en la defaveur de mon opinion sur Saigon, mais je ne m'y sens pas bien, alors apres avoir tente plusieurs fois de sortir de l'auberge, je me resigne et passe mes journees sur internet, Mon blog et mes photos n'ont jamais ete autant a jour que quand j'etais a Ho Chi Minh, vous vous souvenez? C'est aussi la que je vous ai envoye un mail incendiaire... Voila.

Je me casse, dans mon guide on me parle d'un petit bled, et apres un bref calcul sur la carte je me rends compte que l'auberge la moins chere est a cent metres de la plage. Banco, Nha Trang me voila, les vendeurs de mobilette n'ont qu'a bien se tenir. Deja dasn le train, je me sens soulagee. Je le suis un peu moins quand j'apprends que ce meme train arrivera a 4h30 du matin. La suite au prochain episode.
Par Aude Sécheret
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander

Ah d'accooooord...

En fait le bec du canard, c'est pour se gratter le cul!

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus