Samedi 29 mars 2008

Le dernier soir, je m'interdis de sortir: il faut que je me leve a six heures pour prendre l'avion pour le Vietnam, alors pas de betise. Je louperais volontiers mon avion si le billet ne m'avait pas coute si cher, et puis j'ai une longue escale a Kuala Lumpur. Je cherche un endroit pas trop cher pour diner a Shinjuku. Je trouve un tout petit restau, vide, la carte n'est pas tres chere et la patronne me sourit alors je rentre. Ils ne parlent pas un mot d'anglais, pas un mot de francais. Alors c'est a moi de jouer, et avec le peu que je sais du japonais et pas mal de signes, on arrive a se parler, a se raconter un peu de nos vies. Ils me trouvent drolement grande et me font passer derriere le comptoir pour prendre une photo de moi avec elle, de moi avec lui... Comme beaucoup, ils me felicitent sur ma facon de tenir les baguettes et sont fous de joie d'apprendre que je connais l'alphabet. Au final, alors que je demande l'addition, ils m'offrents des sashimis de viande de cheval (que j'adore). Qui a dit que les japonais ne t'adressaient pas la parole? N'etaient pas accueillants? Il suffit juste d'etre un tout petit peu souriant et de faire un tout petit effort langagier, il me semble, non? Ou bien vraiment j'ai de la chance, et dans des quantites astronomiques.



Trois jours plus tard, a Ho Chi Minh City. Je me sens mal dans cette ville, j'essaierai bientot d'expliquer pourquoi. Je suis debout au coin d'une toute petite rue, genre hutong, vous me suivez, qui donne sur une grande rue, et je regarde passer les gens, c'est le soir et c'est toujours autant le bordel. Quand on l'observe, c'est moins desagreable que quand on essaye de se faufiler dedans. Je prends mon mal en patience, et comme a mon habitude dans les moments d'ennui, j'attends que quelque chose se passe. A un metre de moi une jeune fille vend des nouilles, et alors une nana asiatique s'approche et s'adresse a elle en anglais. Je tente ma chance:

"vous etes japonaise?" "oui! oh vous parlez drolement bien japonais" "naaan! je le comprends juste un peu" "ah et vous etes de quelle nationalite?" "je suis francaise" "aaaah francaise! Paris! Mond Zan Mitchelu" "oui! exactement, bravo" L'achange que vous venez de lire s'est deroule exclusivement en Japonais. Et la elle voit mes chaussures de samourai, s'exclame avec des mots que je ne comprends pas donc on passe a l'anglais. "Je les ai achetees a Asakusa" "Asakusa? C'est la que j'habite!" "C'est vrai? c'est la qu'etait mon auberge de jeunesse!" On rigole, et elle me demande, comme si elle savait, avec l'air complice "et vous avez visite Roppongi" Je lui reponds avec le meme regard complice et beaucoup de malice dans le fond des yeux "tous les soirs!" Et on se met a rire aux eclats comme si on avait fait la fete ensemble un soir, a delirer sur les nuits de Roppongi, a se raconter nos vies... Et puis elle saute dans un taxi pour aller prendre son avion qui la ramenera chez elle, a Tokyo. Je ne l'envie pas qu'un peu.

Habituellement je ne crois pas trop aux signes du destin, d'ailleurs je ne crois pas vraiment au destin non plus... Mais quand meme, la, ca fait beaucoup. Quand je me languis du Japon, le Japon vient a moi, avec tout ce que j'y ai prefere.

Par Aude Sécheret
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Samedi 29 mars 2008

Prologue. Il faut etre honnete, j'ai oublie de mentionner un episode un peu limite que j'ai eu avec le Japon. J'etais en Chine, et je devais reserver ma place dans le bateau pour Shimonoseki, donc j'appelle le bureau japonais de Tsintao. Quand la nana apprend que je suis francaise, elle demande si je suis noire. "Non, pourquoi?" "Parce que si vous etes noire ca peut etre un probleme pour entrer au Japon". J'ai les cheveux blonds, la peau tres claire, et effectivement je suis une des seules personnes dont on ne fouillera pas le sac a la douane.




Arrivee  Tokyo, je me mets en quete d'un pub ou bosser un peu, donc je file a Shinjuku. Dans les mangas, c'est le quartier ou ils vont faire la fete. J'en trouve un qui me correspond a peu pres, les gens sont cool mais ils me disent que je vais galarer si je ne parle pas japonais, alors ils me conseillent d'aller faire un tour a Roppongi. J'y cours. Et la je tombe amoureuse. C'est un vrai quartier eclectique, avec des gens de toutes les couleurs et de toutes les nationalites, et c'est sans doute Roppongi qui m'a fait oublier pour un temps ce coup de fil bizarre, parce que voyant cela l'episode semblait desormais irreel.

Je cavale, je trouve un pub irlandais mais il n'ouvre que dans une heure, et je tombe sur un americain deconfit, Rob, qui boirait bien une Guinness. Alors on bouge et on tombe sur un grand pub, genre le Long Hop en vert et en bien mieux, qui s'appelle le Paddy Foley's. Comme l'ambiance est chouette, que le staff est sympa, que le patron est rigolo et qu'ils retransmettent le foot anglais, je me dis qu'il faut que je tente ma chance ici. Deux petites binouzes pour me donner du courage, mon plus beau sourire, une ou deux plaisanteries dans mon sac, je lance l'application AccentIrlandais v08, et tout a l'air de bien marcher. Eric est Australien, on rigole, on sympathise, tout le monde est enchante d'apprendre que j'ai etudie la litterature irlandaise. "Et tu as un visa de travail?" "ah heu... non. c'est indispensable?" Je lis sur son visage que oui, il m'explique que les controles sont tres rigoureux au Japon, mais que si je veux en faire un c'est possible. Juste pour le valider il faut sortir du territoire pour y rentrer de nouveau. C'etait exactement comme quand on coupe ta chanson preferee en plein milieu. Je me decompose, litteralement. Je finis la soiree ici et je rencontre plein de monde pour me remonter le moral. Et les barman font tout pour me faire rigoler. C'est bien l'Irlande!

Le lendemain, c'est la parade de la Saint Patrick sur la rue Omote Sando. J'y vais evidemment, je prends des photos (deja en ligne! avec Saigon, mon blog n'aura jamais ete autant a jour!). En tete de la parade, fanfaronne le patron du Paddy Foley's, j'apprendrai plus tard que le Paddy Foley's est le plus vieux pub irlandais du Japon, donc son patron est sans doute l'un des premiers expats irlandais a avoir vraiment monte sa boite (et pas bosse dans les ambassades comme la plupart). D'ou sa place d'honneur. Il y a plein d'irlandais, des setters irlandais, des pintes de Guinness humaines, bien sur, mais je suis fascinee par les japonais habilles en vert et avec des trefles sur les joues et des chapeaux Guinness sur la tete, par les japonaises qui dansent les danses irlandaises, c'est vraiment un melange tres inattendu... Vous verriez un englishman typique qui boit du the et lit le Times danser une danse africaine? Ben voila. Jusqu'alors, moi non plus. Et quand arrive le cortege du Paddy Foley's, ils me reconnaissent dans la foule et viennent me dire bonjour, me taper dans les mains, oui oui, ceux deguises en leprechauns. Donc evidemment, le soir-meme...

J'ai des journees tres actives. Je marche beaucoup, dans beaucoup de quartiers differents, j'adore me balader dans Tokyo. Je manque de m'evanouir a Shibuya dans un embouteillage de pietons. A Asakusa, je trouve des pompes de samourai pour pas cher du tout, et une robe de chambre kimono en occaz pour que dalle. Quand j'ai besoin de repos je file au manga kissa de Kanda pioncer un peu, lire mes mails, voir Maman avec la webcam ("je t'ai dit que chez Catherine, j'ai vu Aude grace a la Oueb-Kam?"), lire le dernier HunterXHunter en Japonais (regarder les images en gros...). A Yoyogi Koen je vais a l'hopital faire soigner ma peau a la con qui va toujours de travers et je constate qu'en effet, on a beaucoup a apprendre des japonais en matiere de rapidite de prise en charge et d'efficacite du traitement (speciale dedicace a ma dermato qui m'aurait file un rendez-vous une semaine plus tard, trois cremes differentes et cheres pour trois semaines de traitement, alors que la j'ai ete prise en charge le jour meme et en trois jours c'etait gueri). Quand j'ai envie d'air je vais a Ueno dans les jolis parcs. Le midi, je bouffe des Ramen dans les restaus de Shinjuku la plupart du temps, et le soir, je mange ce que je trouve un peu eu hasard. Je me sens chez moi partout dans cette ville, et ce a tous les moments de la journee, c'est de la folie.

Pourtant, inlassablement, tous les soirs alors que je n'avais pas particulierement prevu de sortir, j'atteris au Paddy Foley's, ou ils sont si sympas. La plupart du temps je rentre a l'auberge et des gens qui viennent d'arriver me demandent si je connais un endroit ou regarder le rugby, le foot... Ou bien directement est-ce que je connais un pub irlandais? ou un chouette quartier pour sortir? Et je me sens tellement bien dans cet arrondissement cosmopolite que je ne manque jamais de faire le guide: alors la c'est Roppongi, vous prenez la sortire numero 3, au grand croisement vous tournez a droite vers la fausse Tour Eiffel et vous tomberez sur plein de pubs, mais je recommande le Paddy Foley's... ok, je vous accompagne! Et le must, comme partout, c'est quand les barman eux memes te proposent de les suivre dans un autre pub... Surtout au bout de si peu de temps! Et c'est le retour du cortege Paddy Foley's, mais a la sauce Roppongi, avec, encore une fois, tellement de diversite! Et les gens sont accueillants, et je precise: tous les gens, japonais et japonaises compris(es).

Je veux apprendre le japonais, mieux que ca. Le patron est d'accord, si l'an prochain je reviens avec le bon visa, j'ai un travail qui m'attend. Et si je me sens aussi bien dans cette ville, c'est sans doute parce que j'y ai trouve bien plus fou que moi.

Par Aude Sécheret
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Samedi 29 mars 2008

Yoshi est un ami de mon pote Koba qui a un restau a Etoile a Paris. Il habite a Kawagichiko, au pied du Mont Fuji. Je prends la bus e Shinjuku, et j'arrive toute pimpante un mercredi soir a la gare de Kawaguchi, ou Yoshi m'attend avec son parapluie, sa voiture, son anglais approximatif et son sourire.

Koba lui a visiblement donne des directives dignes du pire des dictateurs, parce qu'il insiste pour me payer l'auberge de jeunesse. Je me bats et reussis a m'imposer, mais mes deux nuits d'hotel seront finalement tout ce que j'aurai a payer sur mon echappee dans ce joli coin. Je pose mes affaires, et apres un court trajet en voiture on se retrouve dans un club de jazz, ou l'on grignotte en buvant des binouzes. Quatre amis de Yoshi nous rejoignent, dont un ancien footballeur professionnel qui se moque de moi parce que je bois beaucoup plus vite qu'eux et qu'il pense que je serai malade. Incessamment sous peu on file au Karaoke, on bouffe toujours, on picole toujours, et chacun son tour on pousse la chansonnette. Je chante Highway Star en duo avec Yoshi, j'imite Shakira et ca fait meme tout le monde, j'hurle un London Calling endiable, je me tape un splendide Wish You Were Here une fois que ma voix est suffisamment eraillee, tout ca bien sur entrecoupe de chansons japonaises auxquelles je ne pige rien mais qu'ils chantent super bien!
Une derniere! une derniere! Tatu Tatu! Je ne sais pas si vous vous souvenez, le clip avec les lesbiennes qui se roulent des patins, le refrain c'est "all the things she said... running through my head". Bref, ils sont tous bien bien emeches et decident de chanter ca pour finir. Ils enlevent leurs pompes, grimpent sur les canapes, fous d'excitation ils disent rien pendant les couplets, se contentent de guetter l'ecran comme un chat guette une souris, et quand vient le refrain ils explosent et chantent avec leur accent a couper au couteau "azazi chizai azazi chizai ranin srou ma hed..." Un moment magique. Il est une heure du mat il faut eponger tout ca, on va bouffer dans un restau japonais typique ou on enleve les pompes et on mange assis par terre. Ramen, Tempura, et surtout Viande de Cheval crue, en sashimis! Ils mettent du temps a comprendre que nous aussi on mange du cheval en France, et pendant vingt bonnes minutes il me disent "typical japanese, horsemeat". On aura bien rigole! Yoshi me raccompagne a l'auberge en taxi, apres que l'ex joueur de foot a vomi ses ramen, oui oui, lui qui se moquait de moi! Ha! Encore une victoire de soiffard!

Le lendemain j'ai mis mon reveil pour qu'on doit aller sur le Mont Fuji. Je me reveille un peu dans le pate, fonce a la salle de bains, c'est un vrai bain japonais (collectif, mais je suis la seule dedans) avec plein de baies vitrees, il fait je sais pas combien de degres dedans, et dehors... D'epais flocons de neige. J'eructe. Je me grouille, j'appelle Yoshi, j'avale un petit dej et c'est parti. Les acces au mont sont tous fermes car plus on s'en approche, moins les routes sont praticables. C'est une neige agreablem qui tient bien. On pose la bagnole et on decide de se mettre a marcher, mais apres quelaues centaines de metres on realise que la neige tombe tellement fort qu'on ne pourra sans doute pas bouger la voiture si on est partis trop longtemps, alors on rebrousse chemin. Je suis un peu decue mais contente davoir pietine dans une neige epaisse de cm environs, et puis Yoshi, pour compenser m'emmene au musee du Mont Fuji, et... chez les parents de Koba!

Meme chose, un accueil vraiment genereux. Des gateaux, a boire, des sucreries japonaises... je suis un peu genee de me pas pouvoir leur parler dans leur langue, mais Yoshi interprete autant qu'il peut. Avant qu'on s'en aille. la maman de Koba me couvre de cadeaux et de bouffe. Je ne sais plus ou me mettre. On se retrouvera le soir poyr diner, et Yoshi qui commence a me connaitre m'emmene dans un restau ou ils font un plat vraiment inattendu et super bon; des asperges au fromage. Je suis comme une petite folle! Et les plats me cessent d'arriver, alors que je me disais que j'avais presque fini... delicieuse sensation de me retrouver en Mongolie, avec de la bouffe japonaise cette fois-ci. Pour finir dignement la soiree, ils veulent m'emmener dans un bar ou ils font des mojitos, mais le bar est ferme, alors on va a celui d'a cote pour papoter, et encore et toujours, manger. Ils ne s'arretent jamais! Ils me felicitent sur la facon dont je tiens mes baguettes et dont j'ecris et lis les hiragana. Mais j'ai bien conscience que j'ai encore beaucoup de travail avant de pouvoir suivre uneconversation en japonais, et encore plus pour pouvoir y participer.

On se quitte un peu triste, parce que vraiment on aura bien rigole, du coup a l'auberge je fonce sur l'ordi pour voir si des potes sont connectes. Personne. C'est la que je fais la connaissance de Britten, une americaine qui vit une sorte de relation d'amour/haine avec le Japon. Elle y travaille depuis six mois. Elle me raconte pourquoi elle deteste le Japon, tout a fait consciente que dans deux jours elle l'adorera pour le detester de nouveau quatre jours plus tard. J'entends parler d'occidentaux refuses dans les restos, par exemple, enfin de tonnes de situation dont je n'ai pas fait l'experience.

Soit j'ai de la chance, soit vraiment un bon sourire et plein de politesse ca fonctionne. On se balade avant le depart de mon bus, on va faire un tour sur le lac. Comme Amanohashidate, ca pourrait etre une vue splendide sans ces grands hotels, ces digues en beton, ces pedalos fluo. Enfin la vie est une question de priorite, au Japon, la priorite c'est manifestement l'economie et le commerce. Mais Britten ne reussit pas a entamer d'un pouce ma fascination pour le pays... Trois fois par an! C'est fascinant... Et en moyenne! Ca veut dire que certains couples le font encore moins souvent!

Par Aude Sécheret
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Vendredi 28 mars 2008

Eeeeh uiiii, Jules Edouard, apres le coup de gueule passe hier par Aude Secheret, la liste des inscrits sur son blog a explose: deux inscrits en plus, nous en sommes donc a huit, huit vrais amis, huit non faux-culs, huit personnes qui font preuve de suffisamment d'abnegation pour recevoir une alerte a chaque fois que la voyageuse a envie d'ouvrir sa gueule.

Mais le plus impressionnant est l'evolution dans la classification des inscrits. A present, la famille est a egalite avec les amis. Nous comptons Hernandez dans la famille, bien evidemment... Meme si... enfin vous voyez ce que je veux dire... Bref! Et au nombre de ses amis inscrits, donc 4, l'un d'entre eux (donc un quart, vous me suivez?) est originairement un ami de son frere. Ceci n'est absolument pas representatif de la realite, etant donne que notre globbe trotteuse abhorree a bien plus de nouvelles des amis de son frere que des amis qu'elle s'est faite toute seule comme une grande.
Que doit-elle en conclure?

C'est la question que se pose aujourd'hui notre correspondant international Gustave de Kervern en direct de chez les cocos.

Par Aude Sécheret
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Mercredi 26 mars 2008
Hop, suite de mes aventures.
 
Toute reboostee grace a Yumi et aux coups de theatres qui me sont tombes dessus, je fonce m'acheter un billet Kyoto Amanohashidate. Vous verrez les photos, mais en attendant, petite description. C'est un isthme ridiculement etroit (de la a la a peu pres) et relativement court (30 minutes de marche a bonne allure), plein de pins (environ 8000 qu'ils disent), avec du cote ouest de l'isthme des galets, et du cote est, du sable, la plage.
 
Ils appellent ca le pont vers le paradis, litterallement. Ca peut se comprendre si l'on observe tout ca de haut, la vue a effectivement quelque chose de mystique. C'est grand c'est beau c'est haut mais ca n'a pas necessairement la violence du vertigineux. Cette vue est douce, rassurante, reconfortante. Et c'est vrai que c'est une jolie promenade. J'ai neanmoins ete un peu decue par les a cotes...
 
Et dans ce que j'aurai vu du Japon, je me ferai toujours la meme reflexion: ca pourrait etre des paysages paradisiaques d'un bout a l'autre, mais il a fallu que l'industrie et l'economie y mettent leur nez. Que l'on regarde vers l'est ou l'ouest, il y a la mer et les montagnes (plus ou moins) mais entre les deux, des grands bateaux moches avec des grues dessus, des usines, des ports pas beaux, des hotels plein de beton. C'est pour ca que la prochaine fois, je me fais Hokkaido et Okinawa.
 
Quant a l'image du pont, voyons voir. Thoeriquement on arrive par le sud, donc cela signifierait que le paradis se trouve au nord de l'isthme... au nord, c'est magasins de souvenirs et temples a 6 dollars l'entree. bon mettons que le paradis soit a la potre sud... un parc d'attractions... bof. Comme paradis, d'un cote comme de l'autre, on a vu mieux, non? Je dois avouer que les grosses anericaines qui rient et parlent fort m'ont un peu gache le paysage aussi.
 
Je repars a Kyoto mi figue mi raisin. Contente malgre tout perce que j'ai eu beau temps et que les pieds dans l'eau, meme glacee, c'est bon! Contente parce que j'ai trouve un theme d'expo, eventuellement si ca interesse quelqu'un, pour certaines de mes photos. Contente malgre tout parce que le soir meme je grimpe dans le bus pour Tokyo, et surtout definitivement satisfaite de mopn propre jugement (hou les chevilles): le lonely planet c'est de la merde en papier.
 
 
Alors, ca vous a plu un texte qui fasse moins de 300 pages, les enfants?
Par Aude Sécheret
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Mercredi 26 mars 2008

Et le premier qui me dit "tu te rends pas compte de la chance que tu as", il est tricard.

Et vous lirez bientot la suite des aventures nippone.

Alors voila, je pense que la coupure avec le Japon a ete trop violente. Passer d'un pays ou je me plaisais a fond la caisse et ou tout etait tellement ordonne, au bordel d'Ho Chi Minh, c'est peut etre pas la meilleure idee que j'ai eues jusqu'alors. Mais enfin il fallait bien passer du nord au sud a un moment donne, non?

Je ne vais pas y aller par quatre chemins. J'en ai assez des gens que je rencontre, de la facon qu'ils ont quasiment tous de me juger sur mon long voyage -pour eux ca veut dire que vraiment je suis pleine aux as- et sur ma facon de voyager. Tout ca en un an, je n'aurai pas le temps de tout faire, je verrai bien, ha (alors que justement je ne pourrai sans doute pas tout faire mais pour d'autres raisons). Et puis visiblement ca les depasse que je ne fasse pas les trucs a faire, que je ne voie pas les trucs a voir, en gros, que je contourne ce que le Lonely Planet appelle les incontournables. Moi, ce que j'aime, c'est me balader, me perdre et retrouver mon chemin par la force de l'esprit, la puissance de ma memoire, l'emplacament du soleil et mon sourire quand je demande aux gens de m'aider un peu. Ce qui me semble incontournable, a moi, c'est reussir a me fondre dans le decor, d'autant plus quand je n'y correspond pas du tout. Et ce qui pardessus tout me fait vibrer (vibrer: mot employe ici pour rendre hommage a Thierry Gilardi, vibrer etait un de ses mots favoris, en bon vendeur de Coca Cola qu'il etait), c'est de communiquer avec les gens, de leur parler dans leur langue, autant que faire se peut.

Je ne supporte plus de voir les gens dans les auberges de jeunesse rester entre eux et me regarder comme une alien parce que je sympathise avec des locaux, et parce que je sors seule, oui oui meme le soir, mais mon dieu Tokyo c'est dangereux! Je les rassure, je ne ferai pas pareil en Birmanie... Un demi "ouf"se lit alors sur leurs visages... mais ca ne dure pas longtemps: en Birmanie?!

Mais je crois que ce qui me pese le plus, c'est qu'a peu de chose pres, la seule personne que j'ai rencontree qui voyage seule (mis a part les expats et les business travallers), c'est moi meme. Et contrairement aux idees recues, les seuls cavaliers seuls que j'ai rencontres sont des cavalieres. Les mecs voyagent entre potes ou en couple. Et du coup ne se melangent pas. Et le plupart des nanas seules squattent des groupes. Je vais sans doute en faire autant en Asie du Sud Est pour des raisons de securite, mais bordel, pas a Tokyo. Voila, au yeux de ces gens la j'en ai assez de passer pour une weirdo, alors que j'ai justement le sentiment de n'avoir jamais ete aussi sincere avec moi meme.

Le schema qui me rappelle le plus au bon souvenir de ma bizarrerie, c'est les couples, parce qu'il n'y a que deux cas de figure possibles. Soit ils s'engueulent et c'est casse couille (mais c'est peut etre encore les plus sinceres), soit ils sont d'accord sur tout et du coup si tu veux te joindre a eux tu suis et tu fermes ta gueule. Et ca fonctionne aussi pour deux potes qui voyagent ensemble...

Ce qui me fait tout drole aussi, c'est que je me retrouve a nouveau dans cette configuration a la con ou je dois constamment faire gaffe a mes affaires, ou je dois me mefier. Pas trop, mais un tout petit peu sans cesse. Me mefier des gens que je rencontre et qui ont l'air gentils, et me mefier des gens que je croise dans la rue, rapport a mes poches et a mon sac. Et ca c'est tres pesant. Et puis c'est jamais rigolo d'etre considere comme "le touriste qui a de la thune a claquer". Ca vicie les rapports. Et moi j'aime bien rencontrer les gens, leur parler, alors dans une configuration ou j'ai toujours le doute qu'ils aient des arrieres pensees, je ne me sens pas vraiment a l'aise. Et c'est tout bonnement epuisant de regarder son sac toute la journee et a chaque debut de bousculade (10 fois par heure en gros a Saigon).

Si je devais faire un premier bilan, je dirais que j'ai ete extremement chanceuse. Que j'ai pu m'en tenir a peu pres a tout ce que je voulais faire, que j'ai plein de projets en tete pour les annees a venir, et que j'ai deja fait un joli bout de chemin, mine de rien. Mais je sais d'ores et deja que je serai obligee d'ecourter tout ca et que je ne pourrai pas tout faire pour des raisons financieres. J'ai envie de dire, comme mon ami Gerard Holtz, "mobilisez-vous" pour me trouver des plans taf au bout du monde si vous en avez, et ce serait vraiment du bonheur de pouvoir faire mon voyage en entier grace a ca, mais je doute fort que l'on ait du travail a m'offrir pour trois semaines ou maxi un mois. Donc pas glop.

Pour finir, les choses qui me manquent. Bien entendu en tout premier lieu et par dessus tout les gens qui me sont chers (et leurs animaux de compagnie), et fort heureusement certains d'entre eux (mais pas la majorite) me donnent de leurs nouvelles. Sinon pour le reste, les francais ne me manquent pas, ceux que je croise m'exasperent suffisamment comme ca, et les titres de Paris Match a l'aeroport m'ont donne envie de vomir (Carla Sarkozy recoit a l'Elysee...). La nourriture francaise me manque, surtout les petits plats de Maman, mais je pensais que ce serait bien pire. En fait a ma grande surprise je m'adapte tres tres bien a la cuisine de partout! Macintosh me manque, les claviers de chez nous me manquent (la j'ecris laborieusment sur un clavier que je reconstitie de memoire a chaque lettre: Seul le X est parfaitement visible, et evidemment, a, e, r, o, m, u, n, et j'en passe sont completement effaces). La vie nocturne parisienne me manque, mes petites habitudes, quoi, mais encore une fois pas tant que ca. A part vous ma famille et mes amis et mon chien ce dont je me languis le plus est l'outil qui me permet justement de formuler avec autant de precision mes sentiments presents. La Langue Francaise. Et par pitie faites comme s'il y avait une cedille. En anglais, je peux etre taquine, etre cynique, ironique, sarcastique, et plein d'autres choses en ique! Je peux plaisanter, faire preuve d'humour, debattre... Mais mes arguments ne seront jamais aussi bons que lorsque je les formule en francais, mon humour ne sera jamais aussi affute, les crocs de mon impertinence ne seront jamais aussi aceres. Et je crains desesperement que la fine lame de mon langage premier s'emousse a force de reposer tranquillement quelque part dans la poussiere et l'ombre de mon esprit, loin, trop loin, il y a trois mois.

Par Aude Sécheret
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Mardi 18 mars 2008

Non, Mark Knopfler m'a pas fait l'honneur de sa presence lors de mon arrivee a Kyoto. 

Comme je suis une voyageuse prevoyante, j'avais retire des yens juste avant mon depart de Pekin, pour avoir quelques sous en poche a mon arrivee au Japon, eh oui on me la fait pas a moi!

Je profite de Kyoto. C'est une ville fantastique, un vrai choc entre deux epoques, deux formes d'architecture. Les gros pates de maisons sont separes les uns des autres par de grandes arteres parfaitement perpendiculaires, mais les pates de maisons eux memes sont parcourus de toutes petites rues que l'on prend pour des impasses, au depart. La gare, un immense building ultramoderne, se situe a quelques centaines de metres au sud d'un temple immense.

Kyoto est une ville touristique. A mon arrivee, j'essaye trois guesthouses, toutes pleines a craquer. Le boss de la troisieme me voyant si decouragee m'en recommande une qui ne se trouve dans aucun guide, Costa Del Sol. J'arrive vers 14 heures, je sue, je pue, mais ils ont de la place pour moi, alors j'attendrai que ma chambre soit prete, une heure plus tard, pour prendre un bonne douche bien meritee. Ah... on me fait signe que non. L'eau chaude, c'est seulement a partir de 20 heures. Qu'a cela ne tienne, je depose mon sca a l'auberge, me munis de ma splendide serviette de toilette pepsi, de ma trousse de toilette et de quelques pieces, et je fonce aux bains publiques, a une minute a pieds.

Personne ne prete vraiment attention a moi, c'est du bonheur a volonte. J'essaye tous les bains, et je peux rester aussi longtemps que je veux. Ici pas de pudeur, tout plein de grand meres toutes nues qui ont tellement fait ca toute leur vie qu'elle papotent comme les anglaises autour d'une tasse de the en nettoyant leur peau fletrie. Ca a un cote apaisant... No complex, les mamies! Je sors, vais pour m'habiller. Quand je commence a me secher les cheveux, les regards changent du tout au tout. Une blonde! J'ai l'impression de me retrouver a la ville frontiere entre la Mongolie et la Chine, ou bien a Qingtao, ou les cheveux blonds font tourner les tetes et ralentir les velos. Et la les conversations s'engagent. Et d'un seul coup elles realisent qu'elle m'arrivent touters plus ou moins au coude, on se compare dans le miroir, elle rigolent toutes aux eclats, et cerise sur le gateau, je suis francaise, alors elles me disent avec un accent a couper au couteau : "mond sain mitcha"? et la avec un papier et un crayon, en dessinant ma region, j'arrive a leur expliquer que je suis nee tout pres de la, que oui ca appartient bel et bien a la normandie (na!) et que non, ce n'est pas vraiment un chateau de guerre, mais plutot un genre de monastere. Elles adorent! L'attroupement de toutes petites vieilles autour d'une grande francaise aux cheveux blonds se dissout petit a petit, elles se sont bien amusees, elles ont gagne leur journee, on se dit a bientot. J'ai deja plein de copines!

Je passe mon temps a me balader, et Kyoto est une ville qui s'y prete! Une petite creve m'empeche d'avoir des journees de folie, donc quand je fatigue un peu je vais au cyber cafe mettre mon blog a jour, c'est la que vous avez eu les nouvelles de Mongolie et de Pekin. Et si je remettais des sous sur mon compte? Tiens c'est bizarre, le site de ma banque bugge, je ne peux pas confirmer le virement. tsss. Le lendemain, meme chose. Bon, ca commence a bien faire. Tant pis pour le decouvert, faut que je retire de l'argent, il ne me reste meme pas de quoi payer une nuit en guesthouse. Je passe les deux journees suivantes a faire toutes les banques de Kyoto, toutes les demarches possibles et imaginables, rien ne marche. La panique s'ijnstalle petit a petit, j'alerte ma famille, qui se renseigne et trouve une societe generale a Tokyo. Je suis un peu triste, je voulais decouvrir un peu le nord du Kansai, mais je n'ai pas trop le choix. Je fais mon sac, et la mort dans l'ame me dirige vers la gare pour prendre le train pour Tokyo, parce que jusqu'ici, si je ne peux pas retirer de cash, je peux encore payer avec ma carte. 

Je passe vite fait par un cyber cafe, le site de ma banque fonctionne de nouveau, chouette je fais le virement. J'arrive a la gare, et avec mon plus belle accent je demande un billet pour Tokyo. Carte refusee. Le cauchemard continue. Je retourne au centre d'information pour touristes, ils commencent a me connaitre, ils sont gentils et tout et tout. Il se fait tard, ils vont bientot fermer, personne ne trouve de solution, ni le consulat, ni l'ambassade, ni telle ou telle organisation. L'un des guichetiers me prete de l'argent pour que j'appelle ma banquiere, qui rappelle aussi sec et prend les choses en main. Mais tout ca ne pourra etre resolu que demain. En attendant je n'ai nulle part ou dormir ce soir. Une jeune fille d'un organisme international de Kyoto, a qui j'expose mon probleme au telephone, reflechit cinq minutes et me propose de dormir chez elle. J'ai un quart de seconde d'hesitation et puis j'accepte. Elle me donne rendez vous dans le nord est de Kyoto, j'utilise mes derniers yens pour m'acheter un ticket de metro. Je la retrouve un peu plus tard, elle s'appelle Yumi et avait quelque chose d'un ange. Elle me prete un petit coin de son velo pour que je pose mon sac et nous marchons ainsi jusqu'a chez elle, en papotant comme si cette situation etait des plus normales. 

J'essaye de m'arreter a une epicerie pour acheter a manger, ca ne marche toujours pas, j'ai honte de ne meme pas pouvoir participer aux frais boustifaux. Elle le voit bien, ma petite Yumi, mais elle ne me fera jamais me sentir mal. On arrive chez elle. Elle habite dans une impase qui mene litteralement a la maison de Totoro! Une entree a la japonaise, des escaliers en pierres a n'en plus finir jusqu'a un temple, tout la haut. Je suis sur le cul. Je veux habiter la. Chez elle, c'est tout petit, elle vit en colocation avec une autre jeune fille. Mais c'est tellement accueillant. Pleine de presence d'esprit et de tact, Yumi me propose de prendre une douche. Quand j'en sors, le diner est servi, monstrueusement bon, un genre de ratatouille mais en meilleur et en moins liquide, des nouilles avec des especes de haricots verts bizarres et des oeufs, et puis du riz. Je me regale, et comme d'habitude je passe pour une morfale, mais Yumi a l'air ravie que j'apprecie sa cuisine. On se raconte nos vies, et puis finalement on va dormir. Le lendemain, bon pied bon oeil, on fonce a la banque, j'en ai des sueurs froides, si ca ne marche pas la, je ne sais plus quoi faire. Et la miracle le clapet s'ouvre avec trois jolis billets de 10000 yens. "yattaaaaaaaaaaa!" Les guichetiers se retournent, rigolent, je suis une pile electrique qui vient de recharger ses batteries au maximum. Je dis au revoir a Yumi, en la remerciant de toutes les facons possibles et imaginables, et je fonce a la guesthouse, poser mon sac, puis a la gare pour rembourser les gens qui m'avaient prete des sous pour telephoner, je leur offre une tablette de Cote D'Or tout le monde est content, et puis comme Yumi me l'a fait promettre, je cours ecrire un mail pour rassurer tout le monde notamment ma Maman qui s'etait probablement ronge les ongles jusqu'au coude.

Et la c'est le retour de Tiger. Je m'achete un billet de train pour Amanohashidate, mes aventures peuvent reprendre. Il etait temps. Un reel cauchemard s'est transforme, en quelques minutes, en l'un de mes meilleurs moments depuis le debut de mon voyage. J'ai le sentiment d'etre extremement chanceuse depuis le debut. Quoi qu'il en soit, si quiconque a la moindre question au sujet de l'emplacement d'une banque a Kyoto ou bien des services qu'offrent les banques, je suis la personne a contacter: je les connais toutes par coeur, emplacement, horaires, nombres de guichets... C'est l'essentiel, aurait dit mon Grand Pere!

Par Aude Sécheret
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Mercredi 12 mars 2008

Disons les choses franchement, ne tortillons pas du popotin pour ch... droit, ne refrenons pas notre souci d'honnetete sous pretexte que la famille lit ce blog... Si j'etais a Pekin au moment du festival des lanternes, en ce qui me concerne ce fut un festival de debauche. Tellement contente de trouver chez Poule Au Riz un pote et un visage connu, j'ai fete ca dignement et assidument.

La Ville Frontiere

Ce fut mon premier contact avec la Chine et les Chinois chez eux. J'etais veritablement une bete curieuse. Les gens s'arretaient, me tournaient autour, approchaient leur visage a 20cm de mon nez, regardaient mes cheveux blonds, encore te toujours. Et ils sont vraiment blonds, etonnant, non? La ville frontiere est le paradis du tout a pas cher... du stylo bicau frigo americain, tou est a des prix defiant toute concurrence, et tout ceci sur quelques grandes arteres parfaitement paralleles et perpendiculaires, et toutes ensablees d'un sable un peu rouge. Des petards explosent un peu partout: c'est la fete des lanternes, et des cerfs volants envahissent le ciel. Un avion de chasse survole la ville, me fonce dessus... ah, on me fait signe que non, c'est un cerf-volant, une superbe imitation.

Bienvenue Au Pays Des Copieurs

De magnifiques vraies fausses Rolex pour deux euros, de splendides sacs Prada, Vuitton,Chloe pour une bouchee de pain, non, rien n'est tmbe du camion, tout est fabrique ici, en Chine. Et le plus rigolo dans tout ca c'est les fautes d'anglais. Sur un faux survetement kappa, on verra ecrit "fahion" au lieu de fashion, il parait qu'a noel des panneaux vous souhaitaient un merry chistmas, et enfin, sur une immense PLV de plusieus metres carres, une phtot fait la reclame du "tample of heaven". Cherchez l'erreur...

Ville du Nord

C'est ce que signifie Bei Jing. Pekin est une ville divisee en plusieurs epoques, plusieurs eres, meme. Celle que l'on voit en premier lorsqu'on arrive, c'est l'ere des fastfoods, des grandes bretelles routieres et des grands buildings futuristes, de toutes les formes et de tous les styles. Dans la prolongation de ce style urbain, les infrastructures en construction pour les Jeux Olympiques fleurissent un peu partout et en grande quantite, modifiant a jamais je pense la face de la ville. Parmi ces buildings excentriques se dressent des immeubles de logement, qui rappellent si je ne me trompe les grandes heures du communisme. Comme autant de parasites, des appareils a climatisation surplombent chaque fenetre, tant et si bien qu'a force cela fait mal au yeux... Trop de symetrie et de repetitions. Le reste de Pekin, c'est des temples et des palais imperiaux, tous toujours un peu les memes. Les puristes et connaisseurs crieront au scandale, mais pour un oeil non-averti, les toits qui rebiquent avec un cloche au bout, la couleur rouge, les jolis arbres zen et les peites rivieres qui coulent au milieu... C'est toujours un peu pareil. Et pourtant, malge mon impiete, j'ai prefere certains de ces endroits a d'autres, comme quoi il y a bien une difference, mais que je suis incapable de formuler. L'endroit ou je me suis le mieux sentie, C'est le temple de Confucius. J'aurais pu y passer des heures. Je m'y sentais comme en apesanteur. Le temple du Ciel (Tample of Heaven) arrive en deuxieme position, parce que tout de meme, il a quelque chose de grandiose, voire de rock'n'roll. Je me comprends. Et tout le reste, pas de hierarchie, egalite. Bravo, l'essentiel c'est de participer. Tous ces beaux endroits sont entoures de toutes petites rues dignes des traboules lyonnaises (que je n'ai jamais vues, mais je m'etais jure de placer ca a un moment donne dans mon texte): les hutongs. Les hutongs, pardon lecteur assidu, ne se racontent pas. Avec des mots, les hutongs ne sont rien de plus que des petites rues ou les gens vivent et font leur petit commerce. Mais il faut le voir et s'y promener! Si l'on veut une journee animee, c'est dansles hutongs qu'il faut aller se perdre.

A Propos D'Animation

Il fallait y venir. A Pekin, je suis principalement sortie dans deux quartiers: Goulo Dong Daijie dans le joli centre avec les lacs et les deux tours et SanLiTun, le quartier des ambassades. Il me sera difficile de faire un classement objectif des bars, car plein trop de criteres rentrent en compte... Si je devais elire le meilleur mojito, je choisirais celui du Vics, mais pour les reste le Vics est une boite merdique. Si je devais choisir l'endroit ou j'ai bu pour le moins cher, je choisirais le Heihei, mais c'est sans doute l'un des bars les plus chers ou je sois allee (le boss nou avait a la bonne), et ca reste un boite de nuit (pas gegene), et on buvait du Chivas (c'est pas bon). Si je devais choisir l'endroit qui m'a le plus fait penser au Bateau, je choisirais chez Anna et Martin (mais je ne m'y sentais pas tres bien). Si je devais choisir le seul endroit ou on a danse la macarena et ou ils ont diffuse "dans la vallee" de Manau, je choisirai le Shooter (mais justement ca s'appelle le shooter). Donc soyons subjectifs, l'endroit ou je me suis sentie le mieux, c'est au Salud, un bar francais (mea culpa), ou les mojitos sont bons, ou ils ont un vin blanc sec tres correct, ou la musique est chouette, et ou je suis passee derriere le bar. Comme a la maison. On attend les photos de Ien-Ien. Ils ont des tapas pour eponger tout ca, et surtout beaucoup d'humour et de potentiel festif! Bravo! En deuxieme position le Shooter pour y avoir joue aux des des parties acharnees, avec une mention speciale pour les musiques qu'ils passent (de la vraie daube comme on aime), et en tyroisieme position, tous les autres: Chez Anna et Martin, le Vics, le Cheers, Le Barblu, le Heihei, le Nanje, et j'en passe.

Le Taxi

D'habitude ca se passe bien. Pour aller du Salud a la maison de Poule, le taxi c'est 4euros, en gros. Ce soir-la, le taxi ne connaissait pas l'endroit ou je voulais aller. Donc il conduit comme un con, et arrive a 7 euros, enfin, il s'arrete pour demander son chemin a quelqu'un. A 10 euros, je pete un plomb. Je l'insulte en francais mais je crois qu'il comprend, il ralentit, j'ouvre la portiere, il panique et s'arrete, pas content, il sort je sors en beuglant des jurons bien de chez nous, et reussis a placer pou tchine quaille dong lou? Pou quouaille! Il veut crier plus fort que moi, je m'approche de lui et alors, il realise que je lui regarde le haut du crane, du coup il rentre dans son taxi en ronchonnant. Je vois un macdo au loin, je fais comme si c'etait celui qui est pres de chez Poule, et la miracle, je retrouve mon chemin toute seule comme une grande. Apres un quart d'heure de marche, je peux enfin m'ecrouler!

Les Caupains

Selon les dire des langues de putes, des uns et des autres, et selon mes propres conclusions sur les gens, mon institus d'observation sociale personnel en est arrive a classifier les francais que j'ai rencontres de la facon suivante.
L'alcoolique. Il me semble normal, par pure politesse, de commencer par celui qui m'a invitee chez lui, j'ai nomme Pouloriz Mangerah. Il est celui par qui la plupart des bonnes soirees commencent... et finissent: quand il n'en reste plus qu'un, il s'agit de Pouloriz.
La fille facile. Claire, c'est la premiere copine de Poule que j'ai rencontree. Elle est a la fois fille facile, chaudasse (les instigateurs de ces surnoms pour le moins degradants ne sweront pas nommes ici), bien evidemment blonde avec des meches, et adooore parler de sexe. Truc de fou: elle a un mec et elle est fidele. Cherchez l'erreur.
L'organisatrice (qui merde parfois). C'est vrai quand meme Caro, aka Miss Logistic, en plus de faire la bouffe, d'organiser le trip, de motiver les troupes et de tracer l'itineraire, tu pourrais au moins dire au brouillard de choisir un autre jour!
La chieuse. Tu l'as voulue, ton insulte? Tu l'as eue! Les mauvaises langues s'etaient jusqu'a present tues a ton sujet, c'etait sans compter sur les fouteurs de merde professionnels! Bravo Anne Claude, et rendez-vous a Haiti j'espere!
Le relou de service, double d'un fasciste macho, triple d'un imbecile profond qui croit avoir invente la poudre, quadruple d'un parano persuade que le monde entier est aussi bas que lui, quintuple d'un pauvre type, finalement, qui fait plus pitie qu'autre chose. Il m'a dit que j'etais vulgaire, oui je suis souvent vulgaire dans la forme de mes paroles. Mais lui est obscene dans le fond de sa pensee. 
La meuf qui a une relation bizarre avec mon pote. Comment dire... C'est difficile de trouver autre chose comme definition, pas vrai Rajaa? Du moins si je veux m'en tenir, comme pour tout le monde, a autant d'objectivite que possible ;-)
Le mec qui croit que ses jeux de mots sont trop droles. 
Le mec qui a le pouvoir magique de faire durer les vacances plus longtemps s'il a envie de faire un detour par Shanghai, qui aime les helicopteres (d'ou Bollore?) et les films hongkongais kitsch, les chemise Paul Smith et le gel coiffant Studio Line, et l'enculade. Oui Martin, l'enculade je l'ai gardee pour toi, parce que personne a part quelques elus ne sait pourquoi je peux affirmer sans mentir que tu aimes l'enculade. Gwahahahahaha!

J'oublie sans doute du monde. L'erreur sera reparee des que possible, si c'est le cas. Bisous a tout le monde, et vive la liberte d'expression!

Par Aude Sécheret
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Dimanche 9 mars 2008

Le Cheval.

Il est petit, nerveux, et s'il est mal nourri en hiver, il tombe sous le poids de l'homme. Mais la bas, pas de pitie pour les animaux. Le cheval a terre, le regard plein de souffrance, se prend en plus de vilains coups de botte. Il est un moyen de transport et rien d'autre, m'expliquera-t-on. On tire sur sa bride, on le malmene, et finalement il se releve, mais nous refusons de lui remonter sur le dos et preferons rentrer a pied. On n'avait plus trop le coeur a ca. Les films ou l'homme est veritablement l'ami des animaux, chiens ou chevaux, font marrer les Mongols. Pour eux, c'est inconcevable. Le cheval sert a se deplacer, le chien garde le maison et jamais le chien ne dormira a l'interieur. Quant au sport en lui meme, quand on a la chance de tomber sur un cheval valide, on se pete le cul a part quand on est au galop. Pour les faire avancer, on leur dit Tchou! tchou!, et la d'un seul coup ca va mieux. Parce que le trot enleve, sur un petit cheval comme ca qui a un pas et un trot ultra rapides et assez irreguliers, on oublie. 

Le Loup.

Je montais un cheval en pleine forme, justement, quand mon guide stoppa et me montra un truc dans le ciel. Je forcai mes yeux au maximum mais ne vis keud. Il me fait signe de prendre des jumelles, je n'en ai pas, alors je sors l'appareil photo et je zoome autant que je peux dans la direction qu'il me montre et la je les vois tourner, les vautours. Comment il a fait pour les voir? On prend la direction du point qu'il survole, et sur le chemin on croisera des copains de mon guide qui ont vu la meme chose (ils ont tous les yeux d'Oumpah Pah ou quoi?). Apres la longue traversee d'une plaine, nous penetrons dans un fourre, et il est la tout beau, tout frais, le cadavre du petit cheval... Et quelques metres plus loin, un autre. C'etait la fin de la balade, la nuit commencait a tomber, alors on se presse pour rentrer, on galope dans la plaine, et la meme chose, un chien, et un veau, ou plutot ce qu'il en reste, et c'est encore et toujours le Loup. De retour a l'auberge de jeunesse, je demande des renseignements sur les loups en Mongolie. On m'explique qu'il y a encore quelque temps le gouvernement en butait quelques uns pour limiter leur population, mais que cette epoque est revolue et qu'ils se multiplient comme des lapins! Visiblement c'est un vrai probleme...

Le Froid.

J'etais confortablement assise dans le vanette, il pelait, et on traversait le Semi Gobi quand je vis un troupeau de chameaux! Je demandai au conducteur de s'arreter, et sautai hors de la voiture avec mon appareil photo, pas le temps de mettre mes gants, tant pis. Je prends mes photos, je suis restee dehors maximum une minute trente. De retour dans la caisse je ne sens plus ma main droite. Je la mets sur mon ventre nu et theoriquement chaud, je lui passe de la creme chauffante dessus, et cinq minutes plus tard, elle me brule comme si elle etait posee sur une plauqe chauffante. Et mon index me fait mal comme si l'ongle etait coince dans un etau. Heureusement ca ne dure pas longtemps. Je manque de m'evanouir de douleur, je ne hurle pas parce que je n'en ai pas lq force tellement j'ai mal; mais bientot nous arrivons a la yourte ou nous passerons la premiere nuit... Et finalement on n'aura pas a me couper la main.

Le Vieux Con
 
Premiere nuit en yourte. Pas de chiottes, caca dans la nature a moins 35 ou moins 40, on sait pas trop. Du coup on s'eloigne au maximum, mais les gens ont l'habitude, ils ne regardent meme pas. Un bon rocher pour se tenir et hop, c'est parti. C'est pas si terrible en fait. J'ai pas beaucoup plus froid les fesses a l'air... Comme quoi, le bon gras normand... Je fais mon affaire devant l'un des plus beaux couchers de soleil sur des montagnes dressees au milieu d'un espace desertique. Je rentre me "laver" les mains et je ressors prendre cette vue en photo, elle s'appelera "ce que je voyais quand je faisais caca en Mongolie" et vous croirez que la photo est truquee et que j'ai des hallucinations!
C'est Tsakan Saar, encore et toujours, donc le chef de famille sort se bourrer la gueule dans une yourte pas loin. Quand il rentre, nous dormons tous mais il allume la lumiere et parle fort. J'ouvre un oeil discret, et je vois sa femme, une petite vieille adorable avec qui j'ai trait une vache et rentre les chevres, le regarder apeuree, et lui faire une remarque d'une voix douce et tremblante. Il la bouscule, alors la mort dans la voix elle nous montre d'un bras, se protege de l'autre, lui demandant sans doute de ne pas la battre devant des inconnus... Il gueule, il sort et ne reviendra pas avant le matin.

Le Vide

Dans tous ces textes, il me semble que j'ai oublie de dire a quel point j'ai aime le Mongolie. Il ne faut pas aller en Mongolie pour visiter des temples somptueux, il n'y en a pas. Il ne faut pas s'attendre a une vieille architecture typique ou je-ne-sais-quoi: tout a ete detruit par Staline en 37, et de toute facon les gens vivent dans des yourtes depuis toujours, a ce que je crois savoir... Il faut aller en Mongolie pour faire l'experience de l'infiniment grand, de l'infiniment vide, de l'infiniment beau (les paysages), et de l'infiniment petit (soi-meme). Et puis en Mongolie, on a tendance a redescendre sur terre d'un seul coup, et c'est bon. Mais si on s'attendait a des vacances club med, meme un tout petit peu, l'atterrissage peut etre violent. J'en connais qui n'ont pas aime qu'il n'y ait "rien a voir" selon eux, alors que justement j'ai l'impression de ne m'en etre jamais mis autant dans les yeux. Et a part le vieux con, les gens que j'ai rencontres sont gentils, rient quand ils en ont envie, et tolerent tes incomprehensions. Je me suis sentie bien malgre ma non-appartenance totale, et toute petit malgre ma hauteur, et ca a quelque chose d'a la fois vertigineux et de profondement rassurant.

Par Aude Sécheret
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Dimanche 9 mars 2008

L'espece de vanette russe cahotte sur les pistes. Habituellement les pistes sont des routes pas encore goudronnees, non? La, la piste, c'est nous qui la creons, libre au goudron de nous suivre. Nous arrivons dans la premiere yourte. Le bonjour traditionnel, on tend les deux bras et on attend de voir ce qui se passe, en general tout va bien on t'attrappe les bras et on te dit  "sembeno!", aka bonjour. Il faut tourner uniquement dans le sens des aiguilles d'une montre, et interdiction de passer entre les deux poteaux du milieu de la yourte. Et surtout, surtout... Il faut manger tout ce qu'on t'offre. C'est impoli d'en laisser. C'est la que les ennuis commencent. 

Les petits raviolis fourres au mouton, j'en raffole! Les Mongols appellent ca les bouzes, et je me plais a dire a tout bout de champ que j'adooooore manger des bouzes! J'apprends meme a le dire en mongol: bi booz torte. Au depart j'avais meme prevu d'ecrire un texte uniquement consacre a la bouze, et truffe de jeux de mots plus fins les uns que les autres, mais je manque de temps. A part ca, on mange du mouton. Au centre de chaque yourte, il y a un dos de mouton entier. Ils en coupent des tonnes et nous il faut qu'on mange, vous comprenez on est les invites. Quoi? Tu ne manges pas le gras? Mais c'est le meilleur le gras! Allez hop! Du gras! Miam! Au depart j'en raffole, et je me dis que vraimebnt la cuisine lyonnaise c'est de la cuisine de tantouze! Ca durera trois jours et demi environ. Apres plus de 72h de mangeage de gras non stop, mon corps a juste fait nan, la c'est plus possible. C'est meme pas que j'aime plus ca, c'est juste que quelque chose m'empeche d'en manger. Je passe pour un cuistre, mais pas trop le choix. Je tourne ca facon humour. L'humour pipi caca marche du feu de dieu dans tous les pays que j'ai visite jusqu'ici. Ca tombe bien, c'est un domaine ou je masterise! Non et puis le probleme c'est qu'on ne faisait que ca, manger... Mais a priori c'est normal, pour Tsakan Saar.

Tsakan Saar, la fete de la lune blanche. J'ai lu sur le web, avant de venir, les betises que racontent les agences de voyages, a savoir que c'etait le nouvel an mongol... Alors bille en tete je commence a donner dans le happy new year des que quelqu'un parle anglais. Je comprends rapidements (regards consternes, l'air de dire on n'est pas des chinois) que je fais fausse route. On m7explique enfin. Tsakan veut dire blanc, et saar, c'est la lune. C'est le moment de l'annee ou la lune est toute blanche dans le ciel bleu, toute la journee. Et pour feter ca ils boivent et ils bouffent. Tout le temps. Gras. La boisson basique, c'est du the au lait sale. J'aime pas ca, evidemment, mais je m'y fais par politesse. Mais le lait de jument, j'ai beau me forcer c'est pas possible. Ca n'as pas le gout de lait du tout! Et c'est acide, d'une acidite sale, comme un vieux fromage industriel. Sinon, heureusement, les shots de vodka vont bon train. Et puis bien entendu, comme ils voient que tu as une bonne decente, ils te sortent l'alcool local, un truc ultra violent avec des especes de morceaux qui apprennent la brasse dedans, et fait a partir de (je vous le donne dans le mille) lait de jument. Ca a juste exactement le meme gout, la violence de l'alcool en plus. Berk. Berk. Pouah.

Mais grosse recompense, le cadeau de depart. Dans ma culture, quand on est invite quelque part, il est d'usage d'offrir un petit cadeau a ses hotes. Ici, c'est l'inverse: avant que tu ne partes, tes hotes t'offrent un petit truc, de la carte postale au porte cles genghis kha, en passant par... la thune! Un petit billet de 50 tugrik en cadeau, ca m'est arrive une fois. Et pourtant c'est sans doute le cadeau le moins cher que j'ai recu. Le plus cher, c'etait chez lepion deMongolie de lutte, c'etait du lait de toilette et du toblerone, petite pensee pour Grand-Pere.

La suite, la suite...

Par Aude Sécheret
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Ah d'accooooord...

En fait le bec du canard, c'est pour se gratter le cul!

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