Samedi 20 septembre 2008
Communiqué: Vous avez tous bien entendu pris connaissance des deux derniers textes (les seuls récents) de mon autre blog, http://asherette.over-blog.com. Vous avez tous bien évidemment versé plus d'une larme à la mort de Rick Wright et de son groupe avec lui. Vous vous souvenez aussi de mon texte au sujet du Nouvel Obs, et de la censure. J'avais écrit quatre commentaires, de chacun mille mots environ, et celui où je faisais allusion à Marcel Dassaut, le célèbre producteur de "La Boum 2", n'est pas passé à travers les mailles du filet de la censure. Et j'ai donc raconté tout ça sur mon autre blog. Aujourd'hui, je suis retournée sur les réactions à cet article du Nouvel Obs, pour voir si enfin quelqu'un avait réagi à mes commentaires, eh bien non. Et j'ai pu également constater que les trois commentaires qu'ils avaient daigné publier ont mystérieusement disparu de cette fenêtre! Comme c'est étrange. En revanche, on a laissé s'exprimer généreusement tous ceux qui réclament à cor et à cri le retour de la peine de mort. Et pour peaufiner cet épilogue en cul-de-sac, on remarquera que l'émotion pasée, on ne parle plus de Valentin et les indignés, qui ont bien montré leur indignation, ont cessé de s'indigner. On remarquera également qu'aujourd'hui, si je tape "meurtre de Valentin" sur google, les résultats nous ramènent à des articles datant de la fin du mois de juillet, ou du début du mois d'août. Aurait-on décidé qu'on en a assez vu? assez entendu, ou assez dit? Qu'est devenu ce fameux "couple de marginaux"? Ou bien peut-être qu'on en parle à la télévision uniquement, et comme je ne suis pas en France... Fin du communiqué.

Après ces quelques lignes dans les hautes sphères de la réflexion sur le monde contemporain, revenons sur le plancher des vaches françaises, et tapons du teuton!

Après mes deux semaines berlinoises, je m'étais dit que vraiment, les Allemands, ils étaient top. Mon opinion a mis du temps à s'effilocher, parce que je partais toujours avec un bon a priori, quand je me trouvais face à des Allemands. Tout ça a été définitivement remis en cause au Laos, vous vous souvenez peut-être, un Allemand bovin, je ne m'étais pas attardée sur lui. Je vous raconte vite fait. Les murs super fins, en écorce de bois. Mais les clients de l'auberge sont plutôt discrets et respectueux du sommeil des autres, pour une fois. Alors peut-être que les Allemands (ils étaient deux copains en fait) ont eu l'impression d'être dans des chambres insonorisées, mais ça pêtait et rotait bruyamment (sans deconner, vraiment super bruyamment) le soir et le matin. Le soir avant de revoir Phonesvan, ils dinaient sur la grand rue, d'une pizza chère mais sans doute très bonne. Je revenais du marché de nuit où j'avais mangé de la viande non identifiée sous forme de petites brochettes. Et ma foi, c'était bon, ça ne m'a rien coûté, et la dame au visage noirci par la friture était très gentille. Ils me proposent de m'asseoir avec eux, j'hésite, et puis je m'asseois, après tout ils sont Allemands, et j'ai encore quelques bons a priori. Et ça se lance dans un discours sur l'hygiène du marché de nuit (inexistante du point de vues des normes occidentales, mais vous voyez, je suis encore vivante et j'ai pas été malade, et je ne rotois ni ne pétais toute la nuit, moi!), les régiments de mouches qui s'ébattent autour de la viande crue des étals (ou bien ma vue baisse vraiment, ou bien les Allemands sont des férus de l'hyperbole), les mains sales des vendeuses, les enfants au nez qui coule, et j'en passe.

Ceux-là, j'ai réussi à les semer dans le marché de nuit, après. Et par la suite, je me suis arrangée pour éviter les Allemands, à part connivence évidente dès le départ (une fois, en Nouvelle Zélande, à Kaikoura). Mais dans mon cours d'Espagnol à Buenos Aires, pas possible d'éviter les teutons, et ceux-là valaient leur pesant de cacahuètes. Je me suis autorisées quelques grands instants de bonheur, j'ai cassé du Hamburger. Avec joie, un peu comme les sept nains sifflotent en cassant des cailloux. (atchoum, prof, grincheux, timide, simplet, dormeur, joyeux, de tête, sans vérifier sur le net, je vous défie d'en faire autant). 

D'abord on était trois. Ou plutôt quatre. Le prof, Lucho, un petit Brésilien très rigolo, Estevan, et un Suisse-Allemand, Marius. Marius est persuadé qu'il parle couramment Français, mais son Français est loin, loin d'être aussi bon que mon allemand (qui est très basique, maladroit et saccadé). Quand il ne comprend pas un mot ou une règle grammaticale ni en Anglais (parce que le prof fait l'effort de parler parfois anglais pour Môôssieur Marius) ni en Espagnol, il m'arrive de lui expliquer en Allemand (pas parce que dans le fond j'ai envie de l'aider, juste pour qu'on passe à autre chose). Juste après un tel moment, j'étais déjà exaspérée par sa bêtise crasse, il a osé dire dans un Français de gnou "ach, zé dré choli che drouf gan oun fille ezéy (essaye, le connard!) te barlé aléman". Du tac au tac, vexée par le verbe essayer alors que son Français est à vomir, je réponds "Alors tu vois pour moi pas du tout! Le Français baragouiné avec un accent, et avec maladresse, je trouve ça pas joli du tout, et même plutôt ridicule". Et j'ai traduit en Espagnol, pour Lucho et Estevan, pour faire comme si c'était juste de la conversation, pas du tout un pétage de gueule en bonne et due forme. Ce jour-là, j'ai décidé que vraiment, j'allais aimer ces cours, pour plein de raisons. 

Marius avait la fâcheuse habitude de s'étaler, de prendre toute la place. Comme il a vu que je rigolais souvent avec Estevan, il a commencé, les cours suivants, à s'asseoir sur ma chaise, pour que nous ne soyions plus l'un à côté de l'autre. Alors un jour qu'il prenait toute la place avec ses feuilles éparpillées partout ET ses jambes allongées, et que moi je me pétais le dos pour surtout éviter tout contact physique, je lui ai demandé avec politesse s'il pouvait bouger un peu son bordel. Il m'a répondu que j'avais largement la place. Alors là ça m'a pas plu du tout. J'ai répondu sur un ton très sec une vanne extrêmement douteuse mais tellement jouissive: "Dis donc mon grand! Tu prends toute la place avec tes feuilles à la con pour faire croire que t'es un garçon sérieux alors que tu copies sur moi (véridique) depuis le début, tu prends toute la place avec tes jambes alors que tu m'arrives même pas à l'épaule, tu m'as piqué ma place pour je-ne-sais quelle raison, c'est quand, que t'as prévu d'annexer la Pologne?" A mon grand regret, il n'a pas compris la dernière allusion, mais il a compris que j'étais moyen contente, et il a un peu bougé son bordel et il s'est redressé sur son siège. Parce que oui, j'ai oublié de vous dire! Marius copiait sur moi! Des cours qu'on paye cher, tout de même, le but c'est de comprendre, non, pas d'avoir une bonne note, surtout quand il n'y en a pas, de notes! Un jour alors qu'il copiait, j'ai ri d'un rire méprisant qu'il a pris pour un rire de complicité, alors il a ri aussi. Donc j'ai décidé que ça suffisait, qu'il allait comprendre. Quand on a appris à utiliser "gustar", le prof m'a demandé si j'aimais bien Nicolas Sarkozy. J'ai pas eu le temps de répondre non, que Marius mouillait déjà son pantalon "ja! ja! me gusta nicolas Sarkozy mucho!" Je réponds en Espagnol "C'est normal, t'es Suisse". Et puis très régulièrement, Lucho nous pose des questions sur nos pays et villes d'origine. J'allais parler de Paris quand Marius qui y est allé une fois, pour deux jours, a dit qu'il trouvait que Paris était une ville très, très dangereuse" et bien entendu, j'ai répondu, je vous le donne dans le mille: "c'est normal, t'es Suisse". Justement. Le Suisse-Allemand commençait à s'essouffler, les vannes devenaient répétitives. Et puis il était très con, naïf, mais pas vraiment méchant, dans le fond.

Et là miracle. Un lundi, un Allemand pure souche débarque. Un grand con. Il faut que j'explique le grand con. Il y a deux catégories de grands mecs. Les grands, et les grands cons. Les grands sont grands, majestueux, éblouissants, puissants. Les grands cons sont des insultes à la grandeur. Ils ont de la longueur mais ne savent pas quoi en faire. On a sans cesse l'impression qu'ils vont se coincer une extrémité quelque part, qu'ils vont se casser en deux. Ils sont embarrassés d'être aussi grands, leurs gestes sont inélégants et saccadés, et la plupart du temps, ils oublient de couper leurs ongles de pieds, et ça, vraiment, c'est dégueulasse! Bref. Michael est un cadeau du ciel, une cible à vannes ambulante. Il a un grand cou de poulet, une coupe de cheveux ridicule à la Enguerran, un jean mal coupé, trop court et resséré aux chevilles (ce qui dans le cas de Michael, donne: resséré au bas du mollet), des chaussettes blanches en coton fin impeccables (je suis sûre que c'est pour compenser ses ongles de pieds), et des t-shirts, sans le moindre faux-pli, avec la trace du repassage. Je jubile. Et Michael ne me décevra pas! Ce mec est un festival. évidemment, je suis obligée de sélectionner les meilleurs moments, parce qu'il y en a tant. Mais dès le départ, il est très copain avec Marius: ils parlent Allemand et s'échangent les emails. Comme à l'école, la classe est donc divisée en plusieurs clans. sauf que le prof, qui a nos âges, prend parti pour le clan Estevan-Aude. Les deux Teutons se dépêchent tout le temps de finir les exercices et de copier ce qu'il y a au tableau et dès qu'ils ont fini jettent bruyamment leur crayon sur la table en soupirant et se renversent dans leur chaise pour signifier que vraiment ils sont très rapides (hin hin hin) et que les autres sont lents. Et peu importe si tout leur exercice est faux. Un jour, j'avais fini la première, j'ai fait pareil, mais en exagéré. C'est-à-dire leur petit menège, plus: secouer mon sac, tousser et me râcler la gorge, me dévisser la tête pour regarder par la fenêtre... Ca a bien fait marrer mon clan! 

Venons-en à l'Allemand. Vanne numéro un. Pareil que Marius, Michael est allé à Paris, une fois (deux semaines, dis donc dis donc!). On parlait de ce qui nous agaçait dans nos villes respectives. Pour Paris, j'ai eu du mal à trouver, mais au bout d'un moment j'ai dit qu'on s'emmerdait le dimanche. Rien à faire. Dans un pays qui se veut laïque... mais c'est un autre débat. Et la Michael a dit "mais si Paris, le dimanche, c'est super bien! on peut faire un pique nique!" Je l'ai regardé avec un air complètement consterné (j'étais bel et bien consternée), j'ai levé le pouce l'air de dire "super!", tout en poussant une espèce de rire bête à la François Hollande: "Euuuuh Heu!". Explosion de rire des autres, même Marius, et j'ai embrayé, pour pas qu'il se sente trop mal non plus, sur les raisons de ma consternation, en disant que oui, éventuellement au mois d'aout, il y a des chances que peut-etre un dimanche soit ensoleillé mais c'est très rare à Paris, et de toute façon l'été Paris est vide, il n'y a que des touristes, alors mon pique nique j'irais le faire toute seule, super (pouce), donc. En plus le dimanche, point de commerces ouverts, donc tu as intéret à l'avoir prévu à l'avance, ton pique nique..." etc.

Vanne numéro deux. On parlait des choses insolites qu'on a mangées les uns et les autres. Quand j'ai dit que j'avais mangé du chien mais que j'avais pas aimé, il a fait plein de mouvement nerveux avec son horrible thorax et ses horribles bras, et un visage crispé comme s'il venait de manger un truc acide. J'ai donc jugé bon, pour ne pas choquer les âmes sensibles, de préciser que ce n'était pas fait exprès. J'avais désigné la photo d'un plat qui avait l'air tout à fait normal, le mot chien était sans doute écrit quelque part mais je ne lis pas le Mandarin... Ah, d'un seul coup a allait mieux. J'ai repris la parole: "en revanche, un truc super bon, c'est le cheval!" Ca intéresse les autres, à base de "ah bon?, "et c'est préparé comment?", "et ça a quel goût?"... Je réponds aux questions du mieux que je peux, en faisant aussi allusion aux sashimis de cheval à Kawaguchiko (mmm, que rico!), et pendant toute cette conversation, qui doit durer une minute trente à peu près, Michael reprend son petit manège: thorax tordu, bras, bras, plein de bras tordus qui bougent, rictus horrible, tronche en biais, un ver de terre sous amphètes! Alors je décide de couper court et je demande, sans aucune retenue, avec l'air de vraiment le prendre pour un con, en Espagnol: "mais pourquoi réagis comme ça? pourquoi tu fais cette tete-la? (et, en prenant un air tres tres niais) parce que le cheval il est tres tres gentil?" Rires autour, mais là il a vraiment compris qu'il m'indispose. Et je lis sur son visage qu'il se sent con.

Mais le meilleur moment, le clou du spectacle, c'est la vanne numero trois, qui n'est pas une vanne. C'est-à-dire que je n'ai rien eu à faire, ni à dire, pour que le plus long fou rire de l'histoire de mes cours d'Espagnol prenne vie. On apprenait le nom des animaux. Michael a voulu savoir comment on disait un cochon. Suivez-moi bien. Lucho parlait à quelqu'un d'autre, et Michael a tout de même posé sa question, sous la forme suivante: "Como se dice" + bruits typiques du cochon (reniflements bruyants, "gron, ron, ron, gron..."), sauf que comme Lucho n'a pas tout de suite prêté attention, Michael a continué à faire le bruit du cochon pendant environ dix secondes. Et dix secondes, quand on fait le bruit du cochon, c'est une éternité. Il y eut un silence. Il y eut la voix tremblante de Lucho qui répondit "cerdo". Il y eut un autre silence, et puis des respirations saccadées. Et puis des éclats de rire discrets, nerveux, des yeux baissés et des épaules secouées pendant plusieurs minutes. Des larmes sont tombées. Et le phénomène s'est reproduit plusieurs fois jusqu'à la fin du cours. Michael nous regardait rire tous les trois, l'air bienveillant et con. Et Marius se retenait de rire, par solidarité, feignant de ne pas comprendre. C'était encore plus drôle comme ça. 

Un vendredi, Michael a dit (lire à voix haute sans rouler les r): "Jo no qiéro continouar dé aprèndère, porké jo piènso ké mi castijano éstâ souficiamènté bouéno". Michael avait décidé de ne pas revenir le lundi suivant. Et je pense en toute bonne foi que ça n'a rien à voir avec moi. Je pense qu'il croyait vraiment qu'il parlait suffisamment bien espagnol. Je dois admettre qu'en matière de ridicule, ce pauvre Marius ne lui arrivait pas à la cheville (tout comme son jean, d'ailleurs). Alors les cours étaient moins drôles, alors je me suis parfois sentie un peu nerveuse. Plus d'émerveillement devant le sens de l'humour de la Nature (Michael est la preuve vivante qu'elle est blagueuse, merci Dim), plus personne sur qui taper. Je me suis énervée sur Marius, un jour. On jouait au pendu, il ne restait qu'une lettre à trouver, c'était sûr à 100% un infinitif, mais aucun d'entre nous ne semblait se souvenir du verbe. Nous avions donc le choix entre a, e, et i. Ce con de Marius a proposé u. Mais putain! Tonto! T'as déjà vu un infinitif en ur, en espagnol? Bref. C'était plus pareil, sans Michael.

Comme quoi, les Teutons ont beau être des cons, ils sont vachement plus attachants que les Tommy!

 
Par Asherette
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Ah d'accooooord...

En fait le bec du canard, c'est pour se gratter le cul!

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