Dimanche 21 septembre 2008
Le titre et pluriel parce qu'il ne faut pas faire de jaloux. Pour Saint Exupéry, c'est Punta Arena, au Chili (cf Terre des Hommes). Mais à l'époque (les années trente), peut-être que Puerto Williams n'existait pas... A l'heure qu'il est, les Argentins scandent que c'est Ushuaïa, où j'ai passé quelques jours, et les Chiliens hurlent que c'est Puerto Williams. Purement géographiquement, les Chiliens ont raison. Ceci dit, j'ai vu Puerto Williams du bateau (je vous raconterai), ça a plus l'air d'un lotissement moche que d'une ville...
Tout ça pour dire que je suis très contente d'avoir choisi Ushuaïa aux dépens de Puerto Williams. Ushuaïa est un joli bordel qui se jette dans la mer, ou plutôt dans le Canal de Beagle (qu'il est con ce Plutôt!) Un ville très très raide, qui s'est construite en suivant un tracé de rues assez régulier, mais pour le reste, de façon totalement anarchique: aucune cohérence dans le paysage urbain, dans les matériaux utilisés, des fils électriques dans tous les sens, un bitume déposé au petit bonheur la chance... Bref, du charme de l'ordre du déglingué, et de l'urbanisation à outrance. Je ne serais pas étonnée qu'un de ces quatre on annonce un glissement de terrain à Ushuaïa... 
Le problème d'Ushuaïa, c'est que c'est une ville à visiter l'hiver (comme tous les pays froids, à mon sens), mais que l'hiver, il y a pas mal d'Argentins qui viennent skier. Et le problème de l'Argentine, c'est définitivement les Argentins! Je me retrouve donc dans une auberge de jeunesse pour les amoureux de la glisse, baptisée du nom fleuri de "Freestyle backpackers"... Un nom qui fait rêver, n'est-ce pas? Le Lonely Planet m'avait promis un petit déjeuner inclus, et je n'ai pas été déçue! Le meilleur petit déj d'auberge que j'ai mangé jusqu'alors: du chocolat chaud ET du thé ET du café ET du jus d'orange. On peut prendre de tout et tout est à volonté: les petites viennoiseries, le pain, les confitures, le beurre, les croissants, la confiture de lait (dulce de leche)... et les frosties. Ca fait de belles économies: en se réveillant suffisamment tard, ça permet de sauter le déjeuner sans même y penser. Et je m'arrange pour toujours me lever vers dix heures pour éviter de croiser les trois mecs de mon dortoir. Mon dernier soir, l'inévitable se produit: je tombe sur mon voisin du dessus (c'est-à-dire le mec qui dort dans le lit au dessus du mien), il engage la conversation, d'où je viens, tout ça tout ça. Il me pose quelques questions sur la France et sur mon voyage. A un moment donné il me demande comment sont les baisers en France. Je lui fais répéter plusieurs fois, pas certaine d'avoir bien compris, mais il s'agit bien de ça. A ce moment-là, je précise, je suis dans mon pyjama bleu, avec rien en dessous, et je suis en train de faire mon sac. Alors je décide de faire l'oeuf: "ben ça dépend des régions: dans certaines régions, pour se dire bonjour, on se fait un seul bisous (région de Poitiers par exemple), dans les milieux plutôt friqués, il arrive qu'on s'en fasse quatre, mais la plupart du temps c'est trois. A Paris, en règle générale, c'est deux." Il a l'air un peu déçu par ma réponse, alors il insiste et me demande si j'ai déjà essayé le baiser argentin. Je réponds oui, j'ai déjà fait la bise à des Argentins pour leur dire bonjour. Toujours pas satisfait, il y va franco, demande si j'ai essayé le vrai baiser. Alors je change complètement d'expression, je prends mon air dédaigneux et méchant, et je réponds que je voyage pas pour ça, je suis pas comme ça, s'il a envie de se taper de la blonde, il a toutes les anglaises à dispo, moi j'ai juste envie qu'on me foute la paix." Tout ça sans m'énerver ni élever la voix, pour surtout éviter qu'il me trouve "charmante quand je m'énerve". Parce que vous savez que ce n'est pas le cas: quand je m'énerve, pour de vrai, je frappe. Fort. Pas très content de ma réponse, il sort de la chambre. Il est sans doute allé réfléchir à sa prochaine attaque qui s'avérera, vous allez voir, vraiment très ingénieuse. Il revient cinq minutes plus tard, je suis dans mon lit en train de lire Terry Pratchett (dans ces cas là faut pas m'emmerder), il se penche au-dessus de moi pour être certain que je ne puisse pas l'ignorer, et me dit que je ne veux pas essayer le baiser Argentin parce que j'ai peur de le préférer au baiser Français. Je décide de me lâcher un peu, et je dis que les Argentins, c'est les mecs les plus cons que j'ai rencontrés, dans mon long voyage, et de loin, et que pour rien au monde je n'essayerai leurs baisers, jamais je ne tomberai aussi bas. Ce serait sale. Il rit comme un con et lance alors sa dernière attaque. Gestes à l'appui, il me montre comment les Argentins se font la bise: un sur la joue droite, un sur la joue gauche, un sur la bouche. "Un, Dos, Tres", dit-il en accompagnant le geste de son index sur son visage. Et il m'explique ça en plusieurs fois, à peu près quinze fois il fait ce geste et pose son index sur ses lèvres, et une terrible envie de lui envoyer mon talon dans les couilles me prend, parce qu'il est juste au-dessus de moi et qu'il ne me laisse pas respirer. Alors je lui dis, "ouais, ça m'étonne pas. Toujours été persuadée que ton père t'embrassait sur la bouche pour te dire bonjour. Es escrito en tu cara! Now, fuck off!" (il ne parlait pas anglais, mais c'est international, tout le monde comprend). Il dit, choqué, non, c'est que avec les filles. Je réponds que si les Argentines font la bise comme ça c'est leur problème, mais moi je suis pas une pute. Je suis un peu allée loin, mais il aura fallu ça pour qu'il me foute la paix. J'apprendrai plus tard que les Argentines disent systématiquement non aux mecs de prime abord, pour dire oui après,  et que c'est pour ça qu'ils sont si insistants. Quelles connes! Quel pays de cons. Ce sont en tous cas les pensées qui m'habitaient quand je suis partie d'Argentine, soulagée. Enfin!

Je dois reconnaître que j'ai bien aimé Ushuaïa. J'ai fait un tour en bateau jusqu'au "Faro del fin del mundo", le phare du bout du monde, et vraiment, je m'y sentais, au bout du monde, surtout quand le mec a dit dans le micro: "là, de l'autre côté, c'est L'Antarctique. On a vu des phoques, des cormorans, et un instant je me suis sentie très conne, face à ces phoques: ils passent leur vie entière sur ce bout de caillou du Canal de Beagle, et ils s'en foutent. Ils s'en foutent d'avoir un ascenseur. Ils s'en foutent de la météo. Ils s'en foutent de publier un recueil de nouvelles sur le Myanmar... Je peux pas dire que je les envie. C'est simplement une réflexion que je me suis faite à les regarder tous, là, comme des cons, les jeunes cons qui se chamaillent par principe et les vieux cons qui font la loi, sur le bout de caillou. C'est pas si différent finalement. Je décide aussi d'aller faire une grande ballade à cheval dans les montagnes autour. Ce sera un moment fabuleux. Généralement près de l'océan, il n'y a pas beaucoup de neige, pas vrai? Ben là, à Ushuaïa, c'est une espèce de baie formée par des montagnes! Blanches. Pleines de neige. La neige et la mer. Il fait suffisamment froid pour que la neige tienne malgré l'océan. Ca donne des paysages fabuleux. Je n'ai pas énormément de belles photos parce que le cheval, ça bouge, mais vous verrez. Il y en a deux ou trois qui ont tout simplement l'air truquées. J'ai aussi fait de très jolies photos à Puerto Natales, une jolie petite ville tranquille de l'extrême sud. C'est là que les touristes qui ont du blé à claquer prennent le bateau qui remonte jusqu'à Puerto Montt. Moi je décide de prendre le bus, de toute façon je n'ai pas vraiment le choix: ni les moyens (c'est con j'aime bien le bateau, et c'est bon de faire la touriste de temps à autre), ni le temps d'attendre le prochain départ (dans huit jours). Seulement, le bus à cette saison c'est un peu rock'n'roll. Il n'y a pas de bus qui part de Puerto Natales vers le nord, il aurai fallu retourner à Punta Arena (où j'avais pas voulu m'arrêter parce que j'avais trouvé ça moche, carré, gris, pas accueillant) et j'avais pas envie, donc. Il a donc fallu que je prenne un bus aux aurores, qui m'a lâché en plein milieu de nulle part. Le lieu-dit était censé s'appeler Chorillo Las Latas, mais apparemment, ce lieu-dit, c'est juste un abribus. Et là, j'ai attendu le bus pour Puerto Montt. Une demi heure. Avec moi, une Chilienne de 19 ans, Jessica, morte de trouille parce que c'est la première fois qu'elle voyage seule, me dit-elle. Ca me fait tout drôle d'être plus à l'aise qu'elle, dans son propre pays. C'est très très bizarre. Le trajet en bus se passe bien: trente six heures à côté d'une vieille dame obèse qui sentait pas bon, des paysages splendides traversés, des lacs et des forêts, et j'arrive à Puerto Montt, même pas au milieu du Chili. Encore dans la partie sud. Je découvre une ville sans grand intérêt, à part être le carrefour pour visiter tous les jolis coins alentours. J'avais prévu plusieurs destinations dans le région, mais il fait un vrai temps de chiotte, de la pluie du genre qui dure un mois. Et ça fait un bout de temps que je suis sous la pluie, ça commence à bien faire. Je décide de remonter sur Santiago, où je retrouve mon Wee (vraiment très très wee) Free Man, et où je grimpe dans un bus pour Valparaiso. Dans le prochain texte, ma vie changera.
Par Asherette
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Commentaires

Très chouette texte, je trouve.
Commentaire n°1 posté par Marthe le 27/09/2008 à 10h17
Merci! C'est pourtant pas le plus truffé de rebondissements...
Réponse de Asherette le 28/09/2008 à 18h29
Je suis assez choque par le comportement de ton voisin de chambree, je trouve son attitude completement contraire a l ethique des globe-trotteurs. Enfin, comme on dit au Bouthan "l habit ne fait pas le moine", et je crois que celui la n avait pas fait tous ses voeux, si tu vois ce que je veux dire...
Commentaire n°2 posté par Lulu le 03/10/2008 à 19h07
Tu serais pas un lecteur assidu du guide du routard par hasard, Lulu? Et accessoirement un fan des Journees mondiales de la Jeunesse?
Réponse de Asherette le 03/10/2008 à 19h12
Je viens de tomber sur cet article et je suis très choquée par les propos que vous tenez sur les argentins. Il s'agit d'un peuple absolument pas macho, les femmes sont féminines et belles et les garçons aussi. Oui, les gens ne pensent qu'a faire l'amour, ce que l'auteur de ce blog n'a pas l'air de faire beaucoup dans la vie au vu de la façon dont elle parle de la chose. Personnellement, j'adore en argentine pouvoir me promener et etre regardée par les garçons et pouvoir leur parler facilement comme cela, m'habiller sexy sans me faire traiter de pute comme c'est le cas a paris par je ne sais quelle racaille, 25 fois par jour abordée dans le métro par des types louches qui finissent toujour spar m'insulter... Imaginez un peu la réaction d'un garçon francais si vous lui aviez parlé comme ça! Je trouve ca incroyable que des voyageurs comme vous aient l'esprit si fermé et permettez moins l'expression, "coincé du cul". Il suffisait de lui dire: NON et il aurait laissé tomber... Vive l'argentine! Elodie
Commentaire n°3 posté par Elodie le 07/03/2009 à 23h24
Salut Elodie, je suis une habituée de ce blog.

A la lecture de ton commentaire, je n'ai pas l'impression qu'on ait lu le même texte. A aucun moment l'auteur ne dit que les hommes et les femmes sont laids en Argentine. Pour le métro parisien, tu n'as pas tort, mais à aucun moment il n'est dit non plus dans le texte que c'est mieux à Paris...

Ensuite, tu noteras qu'au départ, l'auteur n'a pas mal parlé au type en question, elle a commencé par essayer d'orienter différemment la conversation, puis quand il a complètement dévoilé son jeu, elle lui a dit qu'elle n'était pas là pour ça et qu'elle aimerait bien qu'on la laisse tranquille. Ce n'est pas mal parler à quelqu'un. Après, il a insisté. Donc oui, après, elle s'est un peu énervée. Et j'en aurais fait autant.

Pour ma part j'ai vécu quatre ans en Argentine, et je te le dis d'emblée: si, c'est un peuple complètement macho. Après, on a le droit d'aimer ou de ne pas aimer. Ou, si tu préfères, c'est une question de point de vue. Si toi tu aimes autant l'Argentine, rien ne t'en empêche! Vas-y aussi souvent que tu veux, mais ne t'offusque pas quand d'autres gens ne sont pas du même avis, et ont vécu des choses différentes!

Quant à tes allusions sur la vie sexuelle de l'auteur, ne t'en fais pas, je la connais bien, ce n'est pas une nonne, et tu auras du mal à la choquer avec ton expression finalement très "morale judéo-chrétienne qui se dévergonde" "coincée du cul".

Et ah oui! Non, tu n'as pas à venir accuser de ceci ou cela des gens que tu ne connais pas, sur un blog que tu ne connais pas, et sur lequel on ne t'a pas demandé ton avis. Il y a un contexte à ce blog que tu ignores, et s'il est aussi mal référencé, c'est un parti pris: il était destiné aux connaissances de la voyageuse en question, des gens avec lesquels elle peut s'exprimer comme elle l'entend, et qui ne vont pas la juger ni jeter des conclusions hâtives sur sa personne à la lecture d'un texte parmi d'autres, un samedi soir, quand on a une vie sexuelle tellement active qu'on reste chez soi devant son écran.

Tu es sur un blog basé sur le principe de la réaction à chaud. Où par conséquent, la moindre petite joie devient un bonheur absolu, et où les petites contrariétés prennent une ampleur qu'elles ne méritent pas. C'est ainsi que fonctionne ce blog, si tu n'aimes pas ça, libre à toi, juste ne nous ennuie pas, nous qui prenons plaisir à lire ces mots, nous qui rions à ces coups de gueule de maniaque, nous qui avons tout lu depuis le début et qui suivons ces aventures avec délice parce que ça fait du bien, pour une fois, de lire des textes pas bien pensants, sans embages, bruts, humains.

Et si vraiment tu y tiens, vive l'argentine! Mais en réalité on s'en fout. Il n'y a pas un pays qui vale mieux qu'un autre. Pas un peuple supérieur en quoi que ce soit. C'est juste une affaire de points de vue.
Bien à toi

Julie
Commentaire n°4 posté par Julie le 08/03/2009 à 00h48
Bon eh bien tout est dit, je n'ai rien à ajouter!

Merci Julie! Je t'ai trouvé gentille dans ton cassage pour une fois. En tous cas bravo, tu aurais pu entrer dans son jeu, à savoir essayer d'appuyer ton point de vue avec de coups bas... Au lieu de ça, tu as monté un bel argumentaire, bien mené, juste, et beau, chapeau!

Elodie: je ne vais pas m'offusquer de tes allusions débiles à ma vie sexuelle - merci je vais très bien, et je n'ai pas besoin de m"habiller sexy", comme tu dis, pour ça. Cela dit, et là tu as raison, ça n'emêche pas les connards du métro parisien, et même de la rue, de me traiter de pute ou de salope régulièrement. Contrairement à toi apparemment, je n'ai pas aimé l'Argentine, je n'ai pas aimé les Argentins en règle générale, mais j'ai eu la chance de rencontrer quelques exceptions, des gens bien, là-bas aussi. Eux-mêmes étaient les premiers, mecs y compris, à me dire de faire bien attention aux Argentins, qu'ils ne lacheront rien, qu'ils sont casse-couilles avec les gonzesses. Je n'ai rien inventé tu sais. J'ai juste constaté par ma propre expérience ce que les gens qui connaissent bien l'Argentine, et même certains Argentins considèrent comme un état de fait. Je te souhaite de continuer à prendre toujours autant de plaisir à aller, là-bas, sincèrement. Si c'est un endroit dont tu penses qu'il te correspond, c'est tant mieux.

Tu vois, il y a des pays que j'ai aimés énormémént durant ce long voyage. Mais je serais incapable d'incendier quelqu'un qui critique un pays que j'aime sous prétexte qu'il/elle y a eu une mauvaise expérience! Et surtout, je n'ai pas trouvé le pays parfait. Il n'existe tout simplement pas. Alors je conçois qu'on aime ou qu'on n'aime pas. Je conçois que tu aimes l'Argentine, je ne vais pas te sauter à la gorge, ni te traiter, à l'inverse, de trainée, pour cela. Si je reste en France, c'est parce que j'y ai ma famille et mes amis. Ce n'est pas parce que c'est un pays que j'aime plus que les autres.

Enfin, ce que tu dis, sur ma fermeture d'esprit, je te ferais remarquer que justement, moi (et je ne dis pas ça pour toi, mais pour la majorité des voyageurs), j'essaye d'aller vers les locaux, quand je voyage. Alors je parle, j'engage des conversations, à mes risques et périls. Ca donne des moments fabuleux! Mais c'est une grande minorité, étant une nana qui préfère, justement, voyager seule. Je voyage pour les gens. Les cultures. Je voyage pour les différences. Et - j'espère que tu comprendras où je veux en venir - j'aime autant une relation conflictuelle et une incompatibilité totale qu'une osmose de l'ordre de l'amour. Parce que c'est passionnant. Et parce qu'on en apprend beaucoup, autant sur soi que sur les autres, sur l'Humain en général.

Cordialement,
Aude
Réponse de Asherette le 08/03/2009 à 01h20

Ah d'accooooord...

En fait le bec du canard, c'est pour se gratter le cul!

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